Si elle était une athlète comme les autres, on n'en ferait pas un plat: 2:01,79 sur 800 mètres, c'est bien, très bien même pour un début de saison, mais on ne parle quand même pas d'une future finaliste aux championnats du monde. Tenez, deux Canadiennes ont fait un peu mieux en 2013.

Simon Drouin LA PRESSE

Mais Karine Belleau-Béliveau n'est pas une coureuse comme les autres. À 29 ans, elle commence seulement à mesurer l'ampleur de son potentiel. Venue à l'athlétisme sur le tard et un peu par hasard, cette agente administrative à l'hôpital Notre-Dame en est encore à faire ses gammes.

Où cela la mènera-t-il? Aux championnats du monde et aux Jeux olympiques, espère-t-elle. Déjà, l'aventure en vaut plus que la chandelle.

«J'adore ce que je fais en ce moment», lance Karine Belleau-Béliveau, de retour à Montréal après un séjour de deux mois aux États-Unis et en Guadeloupe. «Dans ma tête, je fais juste commencer à découvrir quelque chose de vraiment trippant. Dans mon coeur, tant que je vais avoir du plaisir, je pense que les performances vont suivre.»

La dernière en date, à Los Angeles la semaine dernière, fut carrément la meilleure de sa jeune carrière. Dans la deuxième vague, la moins forte, Karine Belleau-Béliveau a franchi les deux tours de piste en 2:01,79, améliorant de deux dixièmes son record personnel qui datait de l'an dernier.

Comme souvent quand tout se déroule à merveille, elle est persuadée qu'elle en avait encore sous la semelle. «Je sentais que j'avais encore beaucoup de jus à la fin.» Cette prestation s'ajoutait à une deuxième place surprise et un temps de 2:02,63 réussi une semaine plus tôt lors d'une rencontre internationale en Guadeloupe.

De quoi lui donner des idées pour les championnats canadiens de Moncton (20-23 juin). Une victoire et un standard B (2:01,50) lui vaudraient une sélection pour les Mondiaux de Moscou, l'été prochain.

Un potentiel qu'elle ignorait

Pas mal pour une fille qui s'est convertie à l'athlétisme à 24 ans, à l'âge où la majorité des coureurs d'élite ont déjà rangé leurs crampons. Une première course de 5 km par simple curiosité et la rencontre de l'entraîneur Jean-Yves Cloutier, un collègue de travail, lui ont permis de développer un potentiel qu'elle ignorait.

Sa progression constante a retenu l'attention du milieu. Son histoire, racontée dans La Presse en décembre 2011, a touché Claude Roy, président de Mediagrif (LesPACS). Une rencontre a suffi pour qu'il décide de la commanditer pour cinq ans.

Ne serait-ce que par sa durée, l'entente est exceptionnelle pour une athlète québécoise, surtout de ce calibre. «C'est une commandite de rêve, convient Karine Belleau-Béliveau. Claude Roy, Hélène Hallak [VP] et toute leur équipe croient en moi, me font confiance. C'est extraordinaire. Ce n'est pas seulement un support financier. Ce sont des gens qui veulent ma réussite et qui vont tout faire pour m'aider à atteindre mes objectifs.»

En congé sans solde pour six mois, la coureuse a pu s'offrir un stage de trois semaines en altitude à Flagstaff, en Arizona. Elle a appris en côtoyant des athlètes de son calibre. Elle a peaufiné sa technique et a apprivoisé la routine d'un coureur de pointe. «J'arrive du milieu du travail et je n'ai jamais eu vraiment un horaire pour l'entraînement d'élite, relève-t-elle. Plus on avance, plus on veut s'améliorer. J'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Quand même, je trouve que j'ai monté une grosse marche cette année.»

«La forme pour être en avant»

À la fin du mois d'avril, pour la première fois, elle a défendu les couleurs de son pays à titre de membre du relais 4 X 800 m aux célèbres Penn Relays, à Philadelphie. Devant des milliers de spectateurs, dont sa mère qui la voyait pour la première fois en compétition internationale, elle a contribué à un record canadien. Sa rencontre avec le vétéran Diane Cummins, 39 ans, a aussi été inspirante. «Elle n'a jamais arrêté de s'entraîner. C'est vraiment dans la tête que ça se passe.»

Peut-être victime du syndrome de l'imposteur, Karine Belleau-Béliveau n'a pas réussi à se rendre justice aux sélections olympiques de Calgary, l'été dernier. Larguée dans le premier tour, elle a été incapable de remonter. Elle a ruminé sa déception tout l'hiver.

«Il faut que je change mon attitude dans la course, il faut que je me laisse aller dans le premier tour, pense la représentante du club Les Vainqueurs. J'ai la forme pour être en avant. [...] Déjà, mon attitude a changé. J'ai plus de confiance. Je me sens plus comme une athlète confirmée.»

Elle n'imagine pas encore le jour où elle plafonnera. Elle rêve de briser la barre des deux minutes, mais «n'aime pas trop s'avancer là-dessus». Comme le veulent les enseignements de son entraîneur Jean-Yves Cloutier, «monsieur marathon», elle progresse à son rythme. En savourant chaque foulée. «Je me sens privilégiée de vivre tout ça, dit-elle. Je sais que ça ne dure pas éternellement. Déjà, ça fait cinq ans, et j'ai l'impression d'avoir commencé hier. Je suis sûre que les cinq prochaines années vont passer aussi vite.»

________________________________________

La progression de Karine Belleau-Béliveau

2008  -  2:11,35  -  Windsor (CAN)

2009  -  2:05,88  -  Castres (FRA)

2010  -  2:05,90  -  Forbach (FRA)

2011  -  2:02,23  -  Milan (ITA)

2012  -  2:02,04  -  St. Pölten (AUT)

2013  -  2:01,79  -  Los Angeles (É.-U.)