Chaque semaine, les journalistes des sports de La Presse et un invité spécial répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence. Notre invité cette semaine, Enrico Ciccone, ancien joueur de la LNH, analyste sportif et député de Marquette à l’Assemblée nationale sous les couleurs du Parti libéral du Québec.

La Presse

Comme à notre habitude, nous voulons recevoir vos suggestions ! Quelle personnalité sportive pourrait selon vous diriger le pays ? Et pourquoi ? On attend vos idées avec impatience (100 mots maximum).

Écrivez-nous

Enrico Ciccone, député de Marquette

Si l’ex-champion du monde de boxe Lucian Bute décidait un jour de faire de la politique, il aurait mon vote sans aucune hésitation. Arrivé au Canada au début des années 2000, ce Roumain d’origine est un véritable modèle d’intégration. Lucian a rapidement appris le français et a adopté nos valeurs sans retenue. Il n’a pas eu un parcours facile et il a dû, à plusieurs reprises, faire preuve d’une grande résilience.

Il est aussi un gars d’équipe. Lucian a bien compris qu’on ne peut avancer bien loin tout seul. Il a toujours su bien s’entourer et la politique, c’est justement un sport d’équipe. Tout le monde connaît, par l’entremise des médias, le garçon humble qu’il est, malgré tous les succès qu’il a connus dans le monde de la boxe. Pourtant, en personne, il est de ces hommes qui ont une prestance qui se remarque à leur seule présence. Tous veulent être son ami. Je n’ai pas connu beaucoup de gens qui ont un tel effet quand ils entrent dans une salle. Au hockey, on dirait qu’il est un « Jean Béliveau » par son respect d’autrui et sa stature. Sa grande sensibilité et son souci d’aider les autres en feraient un politicien très apprécié. Et pourquoi pas un premier ministre ?

Miguel Bujold

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Jonathan Toews

On n’aurait pas à chercher très loin pour trouver des candidats de choix. Notre invité de la semaine Enrico Ciccone, Sylvie Bernier et Laurent Duvernay-Tardif feraient tous de bons premiers ministres. Mais je serais également très confiant en ayant Captain Serious aux commandes du pays. Sur le plan du leadership, Jonathan Toews a fait ses preuves depuis longtemps. Bilingue, le Franco-Manitobain a participé à de nombreuses compétitions internationales, remportant notamment des médailles d’or aux Jeux olympiques de 2010 et de 2014, en plus d’avoir soulevé la Coupe Stanley trois fois à titre de capitaine des Blackhawks de Chicago. À la fois calme et intense, stoïque et généreux, Toews aurait certainement le bon tempérament pour l’emploi.

Frédérick Duchesneau

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Clara Hughes

Premier critère : un ou une athlète qui a démontré dans le passé son souci des autres, et ce, en s’engageant concrètement dans la communauté à plus d’une reprise. Une personnalité bilingue. Ce pays, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, est bilingue, officiellement du moins. Et, pour ma part, une femme. Le Canada a été dirigé par une femme pendant quatre mois et des poussières (Kim Campbell, en 1993). Quelque 4 mois en 154 ans d’histoire. Well… Il y aurait d’autres candidates, mais je n’en vois pas de meilleure que l’Olympienne Clara Hughes. On ne fera pas sa biographie ici, en quelque 100 mots, mais elle remplit tous ces critères. Et, accessoirement, l’ex-résidante de la région de Sutton est également très sympathique. Elle aura 50 ans l’an prochain. Un bel âge pour faire le saut en politique, me semble-t-il.

Richard Labbé

PHOTO FOURNIE PAR LA WWE

Rick Martel

L’État du Minnesota a déjà eu un célèbre ex-lutteur professionnel à titre de gouverneur, et puisque cette folie a déjà été possible, je pose la question : pourquoi est-ce que notre Rick Martel bien à nous n’a jamais occupé un poste d’une telle importance à la tête de notre beau et grand pays ? Gérer le Canada est sans doute moins compliqué que gérer le Minnesota, et si Jesse The Body Ventura a pu atteindre un tel sommet, pourquoi pas Martel ? On oublie que cet ex-lutteur québécois a naguère été avantageusement connu un peu partout sur la planète, et que son charisme inégalé a fait de lui un favori des foules. Entre conquérir le monde de la lutte et le monde de la politique, il n’y a qu’un pas, qui peut sans doute être franchi à la suite d’un saut de la troisième corde, naguère une spécialité de Martel, au même titre que le lancer du parfum. En tout cas, moi, je voterais pour lui.

Guillaume Lefrançois

PHOTO SERGEI GRITS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Gerard Gallant

Un bon premier ministre doit avoir la capacité de rallier des gens aux intérêts divergents à sa cause et de les mener à y croire. En ce sens, les entraîneurs dans les sports collectifs qui connaissent du succès feraient de bons politiciens. Si on regarde les entraîneurs de hockey, Jon Cooper serait le choix idéal, d’autant que sa formation d’avocat fait de lui un tribun hors du commun. Mais un bon politicien n’a pas toujours besoin d’être un grand orateur ; il peut aussi être près du peuple, et en ce sens, Gerard Gallant serait parfait. Surnommé Turk parce qu’il courait après les dindes que la famille élevait dans le sous-sol de la maison à l’Île-du-Prince-Édouard, il insiste pour se faire appeler par son surnom. Imaginez-le à sa première rencontre avec Emmanuel Macron dans un sommet du G7. « Oh, hello, Prime Minister Gallant ! » « Nah, call me Turk. » Je paierais pour voir ça. Du reste, Gallant a toujours eu l’instinct protecteur, que ce soit avec ses coéquipiers quand il jouait, ou avec ses joueurs maintenant qu’il est entraîneur. Voilà une autre bonne qualité à posséder dans l’arène politique.

Jean-François Tremblay

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Laurent Duvernay-Tardif


En lançant le sujet du jour, on a bien ri en disant : « Ne prenez pas tous Laurent Duvernay-Tardif », avec le résultat que personne n’a pris Laurent Duvernay-Tardif. Alors moi, je vais le prendre. C’est l’avantage d’être le patron. Dans mes années de couverture, j’ai rarement croisé quelqu’un d’à la fois aussi éloquent, engagé et charismatique que LDT. Ajoutez à ça une formation comme médecin et, accessoirement, une bague du Super Bowl. LDT a toutefois toujours pris un soin jaloux de ne pas dévoiler ses allégeances politiques, sinon pour affirmer logiquement qu’il est considéré comme un liberal aux États-Unis (la définition américaine évidemment, qui est à l’opposé des conservatives sociaux). On s’en doutait. Mais dans un pays comme le Canada où tous les partis sont à divers degrés plus liberal qu’aux États-Unis, où loge-t-il exactement ? Parions qu’on va bien finir, un de ces jours, par le savoir. Et que ce jour, LDT aura tout pour faire un excellent premier ministre.