Le livre des règlements de la NBA compte 68 pages. Celui de la NFL, 80. Le baseball majeur ? 162. La LNH ? 163. La FIFA ? 210 !

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Un gros ménage s’impose. Il faut séparer l’essentiel du superflu. Je propose de suivre la méthode de la papesse du rangement, Marie Kondō.

— Est-ce que cette règle est utile ?

— Est-ce que cette règle fonctionne ?

— Est-ce que cette règle m’apporte de la joie ?

Si une réponse est non, remettez la règle en question. Comme viennent de le faire les fondateurs de la XFL, cette nouvelle ligue de football qui a entamé ses activités la semaine dernière. Ils ont révisé le livre des règlements de la NFL. Effacé des règles. Ils les ont remplacées par de nouvelles qui rendent le jeu plus excitant.

Le résultat ? Franchement intéressant.

Un exemple : les bottés de transformation après un touché. Abolis. Avec raison. Dans la NFL, le pourcentage de réussite de ces bottés est de 92 %. Ennuyant. Dans la XFL, les clubs ont trois options : un converti des lignes de 2, 5 ou 10 verges. Pour 1, 2 ou 3 points. Au cours de la première semaine, les équipes n’ont réussi que 36 % des conversions de 1 point. Celles de 2 points ? 38 %. Personne n’a essayé celle de 3 points.

Autre innovation remarquable : la prolongation. Le principe est le même que les tirs de barrage dans la LNH. Chaque équipe possède cinq chances. Chaque fois, elle doit franchir cinq verges en un essai. Celle qui réussit le plus souvent gagne.

J’adore.

Quelles autres pages des livres de règlements pourraient être arrachées ? Sortez votre bac de recyclage, on en aura besoin !

Hockey

Le dégagement en infériorité numérique

Une règle illogique. Pensez-y : lorsqu’une équipe est punie, elle obtient un avantage. Celui de pouvoir dégager la rondelle. Ce geste devrait plutôt être sanctionné. C’est le cas aux États-Unis chez les moins de 14 ans, et au Québec dans la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS). Le premier dégagement provoque un avertissement. Le deuxième, une punition pour avoir retardé le match. J’ai assisté à un tournoi où cette règle était appliquée. Au début, c’est déroutant. Mais les jeunes s’habituent. Conservent la rondelle plus longtemps. Créent de nouvelles stratégies pour sortir de leur zone. Et les équipes en supériorité numérique ont plus de chances de compter. Comment être contre ça ?

Les bagarres

Au baseball, au football, au soccer, au basketball, au handball, au volleyball, au rugby, à la crosse, au curling, au cricket, au water-polo et au ultimate frisbee, un joueur ne peut en battre un autre à coups de poing pour « changer le momentum » d’une partie. Et les rares fois où ça se produit, l’athlète est expulsé sur-le-champ et suspendu pour les rencontres subséquentes. La même règle devrait s’appliquer au hockey. (La LHJMQ tiendra d’ailleurs un vote en ce sens ce jeudi. J’y reviendrai.)

PHOTO JEFF MCINTOSH, LA PRESSE CANADIENNE

Au baseball, au football, au soccer, au basketball, au handball, au volleyball, au rugby, à la crosse, au curling, au cricket, au water-polo et au ultimate frisbee, un joueur ne peut en battre un autre à coups de poing. Pourquoi est-ce permis au hockey ?

Football

Le botté d’envoi

Touché. Transformation. Pause publicitaire. Botté d’envoi. Pause publicitaire. Puis l’action reprend. Il y a une action de trop dans cette séquence. Le botté d’envoi. Dans presque tous les cas, ou bien le botteur catapulte le ballon sur les lignes de côté, ou bien le receveur se fait plaquer après un retour de moins de cinq verges. Une action aussi inutile que dangereuse. Les bottés courts ? Le pourcentage de succès dans la NFL est de moins de 10 %. Les équipes devraient simplement amorcer leur séquence à l’attaque à la ligne de 25. Sauf dans les cinq dernières minutes. L’équipe qui vient de marquer un touché pourrait garder la possession du ballon grâce à un jeu spécial. Un seul essai, 15 verges à franchir. Concrètement : moins de bottés, plus de passes et de jeux au sol.

Le simple

Au football canadien, il est possible d’inscrire un point en bottant le ballon hors des limites dans la zone des buts, ou en plaquant le receveur du botté derrière la ligne des buts. Un placement raté peut ainsi valoir un point. C’est... spécial. Quel autre sport récompense une action ratée ? Au soccer, au hockey ou au handball, le tireur qui atteint le poteau n’est pas crédité d’un demi-but !

L’immunité

Toujours dans la LCF, lors d’un botté, le receveur a droit à une zone de protection de cinq verges. « Mais tu calcules ça comment, cinq verges ? C’est très approximatif. Il y a bien trop de punitions », peste mon collègue Miguel Bujold, qui est affecté à la couverture des Alouettes. Sa solution : imiter la NFL. Le receveur veut l’immunité ? On la lui donne, mais il ne peut pas courir. Il la refuse ? Qu’il en assume les conséquences. Tout simplement.

Baseball

Les lancers d’échauffement

Pendant les séries de 2016, les Giants de San Francisco ont utilisé cinq lanceurs en neuvième manche pour préserver une avance. C’est trop. Le baseball majeur met fin à cette pratique cette saison. Les releveurs sont désormais obligés d’affronter au moins trois frappeurs ou de terminer une manche. J’applaudis. Prochaine étape : limiter les lancers d’échauffement. Lorsqu’un releveur se présente au monticule, il a déjà effectué une vingtaine de relais dans l’enclos. Il est prêt. Pour citer RBO : « Faisons comme le bourreau et enchaînons ! »

La troisième prise échappée

Un frappeur peut courir vers le premier but si le receveur échappe une troisième prise. Euh… pourquoi ? Peut-être qu’en 1874, c’était la seule façon pour un mauvais frappeur de 9 ans de se rendre sur les sentiers. Mais dans le baseball majeur ? Vraiment ?

Basketball

Les temps morts

La NBA possède le plus petit livre de règlements des quatre grandes ligues nord-américaines. Chapeau. Peu de règles à modifier. Il y a juste un irritant : les temps d’arrêt. Les deux dernières minutes de jeu peuvent durer une demi-heure. C’est insupportable. « ENCHAÎNE », crierait Denise Filiatrault.

Soccer

Le retour en zone défensive

Jusque dans les années 90, un gardien pouvait capter la passe d’un coéquipier avec ses mains. Ça tuait le jeu. Alléluia, c’est maintenant interdit. Poussons le concept plus loin. Quoi de plus frustrant que de voir une équipe à 20 mètres du but adverse faire circuler le ballon vers l’arrière jusqu’à son gardien pour relancer l’attaque sur l’autre flanc ? Si le club franchit la ligne médiane avec le ballon, il devrait être contraint de rester en zone adverse. S’il ne réussit pas, qu’on lui enlève le ballon. Comme au basketball.

30 secondes pour sortir de la zone

Une autre règle inspirée du basketball : l’équipe en possession du ballon doit avoir un incitatif pour sortir de sa zone. « Rien de plus ennuyant que de regarder deux défenseurs centraux s’échanger le ballon pendant une minute », fait valoir mon collègue Pascal Milano. Solution : 30 secondes pour sortir le ballon. Sinon, il est remis à l’autre équipe.

Les tirs de pénalité

Pas de flafla : le joueur victime d’une faute devrait toujours être celui qui prend le tir de pénalité.

Le hors-jeu

Oui, le hors-jeu. Il ne me procure aucune joie et je remets en question sa pertinence – au soccer comme au hockey. Si une équipe veut planter deux attaquants à côté du gardien adverse, pourquoi pas ? À l’autre formation de s’ajuster.

Pascal Milano n’est pas certain.

« Tu vas vraiment écrire ça ?

— Oui. Explique-moi pourquoi ça existe.

— Tu sais quoi ? Mon garçon pense comme toi. Il a d’ailleurs enlevé l’option « hors jeu » sur FIFA 20.

— Génial !

— Mais je reste en désaccord. Je suis un ancien gardien. J’ai grandi avec le hors-jeu. L’enlever, ce serait… un sacrilège. »

Et vous, êtes-vous pour ou contre l’abolition du hors-jeu ? Des dégagements en infériorité numérique ? Des bottés de précision ? Quelles règles devraient être modifiées ou abolies ? Écrivez-moi. Je suis curieux de vous lire. On s’en reparle dans quelques jours.