Voici de nouveau ce moment de l’année où, dans un exercice périlleux, je dépoussière ma boule de cristal : que nous réserve la prochaine année sportive ? Sortons le champagne, elle s’annonce moins chamboulée que celle-ci.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

1. Le retour de la normalité…

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Bonne nouvelle pour les amateurs de sports : l’année 2021 sera celle du retour à la normalité, croit notre chroniqueur. Il faudra du temps avant qu’une tranche suffisante de la population soit vaccinée pour redonner le plein accès aux stades et aux amphithéâtres, mais un accès limité, s’élargissant progressivement, deviendra possible plus tôt.

C’est bizarre le nombre de choses qu’on tenait pour acquises… avant ! Oui, avant la grande pandémie. Des choses simples comme une saison de la LNH qui débute en octobre (remarquez que l’ami Gary, avec sa philosophie de négociation digne des années 1950, en a retardé plus d’une). Ou un Super Bowl dans le vif de l’hiver, des Internationaux d’Australie à la mi-janvier, des Jeux olympiques tous les deux ans, des Grands Chelems de tennis et de golf aux dates habituelles…

Qui aurait pensé que notre calendrier sportif, comme tout le reste de notre vie, serait ainsi bousculé ? L’année 2020 nous a fait découvrir le concept de « bulles », brillante initiative dans les circonstances, mais on s’en serait bien passé.

Bonne nouvelle, l’année 2021 sera celle du retour à la normalité. Les vaccins seront bientôt distribués à grande échelle et notre monde deviendra moins angoissant. Avec un peu de chance, le sport de participation retrouvera aussi ses droits. La perspective de retrouver les amis et amies des ligues de toutes sortes ou d’accompagner ses enfants à l’aréna n’a jamais paru si emballante.

2.… mais attention : patience recommandée

Désolé, mais c’est inévitable. Il faudra du temps avant qu’une tranche suffisante de la population soit vaccinée pour redonner le plein accès aux stades et aux amphithéâtres.

Les Alouettes, avec des matchs en extérieur jusqu’à l’automne, semblent les mieux placés pour profiter d’une saison à peu près normale. Ça risque d’être plus serré pour le Grand Prix du Canada en juin, peut-être un peu moins pour la Coupe Rogers de tennis en août. Le calendrier de notre club de soccer s’échelonnant sur trois saisons, on peut espérer un retour progressif vers l’ordre habituel des choses.

Quant aux évènements présentés à l’intérieur, comme au Centre Bell, difficile d’imaginer des gradins entièrement pleins avant de nombreux mois si l’opération vaccination prend du temps à être terminée. Mais un accès limité, s’élargissant progressivement, deviendra possible plus tôt.

3. Les Jeux olympiques auront bel et bien lieu

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le comité organisateur et le Comité international olympique ont investi plus de 25 milliards US pour que les Jeux olympiques soient présentés à Tokyo l’été prochain.

Malgré les réserves d’une partie de la population japonaise, inquiète de voir débarquer des milliers de visiteurs en plein été, les Jeux olympiques seront présentés à Tokyo l’été prochain. On y a investi trop d’argent (25 milliards US, selon certaines estimations) pour qu’ils soient annulés. La distribution d’un vaccin diminuera aussi les inquiétudes de dérapage sanitaire.

Cela dit, l’expérience pour la « famille olympique » sera moins amusante qu’à l’habitude : nombreux contrôles et stades moins pleins. Devant notre télé, on devrait toutefois vivre de beaux moments. J’ai hâte de voir les nouvelles épreuves : escalade, surf et skateboard. Le karaté fait aussi son entrée aux Jeux, mais a déjà été recalé pour ceux de Paris en 2024. Le retour du baseball/softball sera aussi court.

À l’approche du grand rendez-vous de juillet prochain, deux questions surgissent. D’abord, le manque de compétition au cours des derniers mois aura-t-il nui à la préparation des athlètes ? Ensuite, les tests de dopage ayant été moins fréquents aux quatre coins du monde durant la pandémie, les cas de tricherie augmenteront-ils ?

4. Nouveau contrat pour Marc Bergevin

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Geoff Molson, président et chef de la direction, et Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal

Geoff Molson apprécie son DG, peu importe les résultats décevants du CH au cours des dernières années. Il lui accordera une prolongation de contrat. L’entente actuelle de Bergevin prend fin après la saison 2021-2022. Il serait étonnant qu’il amorce ce calendrier sans nouvelle entente en poche, ce qui lui enverrait un mauvais signal.

5. Les Alouettes en séries

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le nouveau trio à la tête des Alouettes de Montréal : Mario Cecchini, président, Gary Stern, l’un des deux propriétaires, et Danny Maciocia, directeur général

Comme l’impression que l’effervescence ressentie chez les Alouettes en janvier dernier aura traversé avec succès la pandémie. Le président Mario Cecchini et le DG Danny Maciocia ont hâte de démontrer leur valeur. J’aime la manière dont ils ont géré l’annulation de la dernière saison, prenant les moyens pour demeurer dans l’actualité. Pour reconquérir le public, les Alouettes doivent multiplier les contacts avec la communauté montréalaise. L’aventure est bien partie.

6. Deux fois d’affilée pour les Chiefs

PHOTO DAVID J. PHILLIP, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

En février 2020, Patrick Mahomes a été le grand artisan de la victoire des Chiefs de Kansas City en finale du Super Bowl.

Quelle équipe ! En fait, quel quart-arrière ! Patrick Mahomes donne un grand spectacle à tous les matchs, ou presque. La victoire des Chiefs au dernier Super Bowl, c’est lui qui en a été le grand artisan. Obtenir un deuxième championnat de suite est un défi redoutable. Mais je ne parierai pas contre ses chances.

Résultat final en février prochain : Chiefs 31 – Rams de Los Angeles 24

7. Bryson DeChambeau remportera le Tournoi des maîtres

PHOTO MATT SLOCUM, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Bryson DeChambeau fera partie des favoris en avril prochain, pour remporter le Tournoi des maîtres.

Bon, choisir le gagnant du Tournoi des maîtres est une entreprise à haut risque, on le sait tous ! DeChambeau fera partie des favoris en avril prochain, mais ne sera pas LE favori. Ce gars-là ne fait pas l’unanimité dans le golf et peu de gens ont versé une larme quand il a éprouvé des ennuis au tournoi de novembre dernier. Mais en gars intelligent, il aura tiré des leçons de ses ennuis et abordera le parcours avec un meilleur sens tactique.

8. Les « vieux », encore…

PHOTO LIONEL CIRONNEAU, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Roger Federer et Rafael Nadal

Dominic Thiem est le seul membre de la nouvelle génération à avoir remporté un titre du Grand Chelem en 2020 (Novak Djokovic a gagné en Australie et Rafael Nadal à Paris ; le rendez-vous de Wimbledon a été annulé). Comme l’impression que la domination des « vieux » se poursuivra en 2021.

Après plusieurs mois de repos en raison d’une blessure à un genou, Roger Federer n’a pas dit son dernier mot. Djokovic demeurera longtemps formidable et Nadal est imbattable sur la terre battue. La course au plus grand nombre de titres majeurs servira aussi de motivation aux trois champions (20 pour Federer et Nadal, 17 pour Djokovic). Ensemble, ils gagneront au moins trois des quatre titres majeurs.

9. La nouvelle rivalité

PHOTO ANDY BROWNBILL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Naomi Osaka a remporté les Internationaux des États-Unis en septembre dernier.

Une rivalité formidable définira le tennis féminin au cours des prochaines années : Bianca Andreescu et Naomi Osaka. Pour cela, il faudra qu’Andreescu se remette entièrement de sa blessure à un genou et qu’Osaka, malgré sa fortune, conserve le goût de gagner. Des dizaines de millions vite encaissés peuvent en effet réduire l’appétit de victoires d’un jeune athlète. Tenez, je suis convaincu que même s’il s’en défend, Rory McIlroy est victime de ce phénomène.

Andreescu et Osaka sont deux joueuses spectaculaires, chacune avec un style bien défini. Elles nous offriront des matchs d’anthologie au cours des prochaines années.

10. Oui, oui, les Pays-Bas

PHOTO CZAREK SOKOLOWSKI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Quelques-uns des membres de la sélection nationale des Pays-Bas

À la même époque l’an dernier, j’ai prédit que les Pays-Bas remporteraient l’Euro. On connaît la suite : le tournoi a été annulé. Nouveau coup d’envoi : le 11 juin prochain.

Je persiste et signe avec les Pays-Bas, d’autant plus que les toujours dangereux Allemands sont soudainement ébranlés. En novembre dernier, ils ont encaissé une dégelée de 6-0 contre l’Espagne. Attention aux Français, capables de briller quand ça compte vraiment, comme on l’a vu à la dernière Coupe du monde.

En passant, avec les séries éliminatoires de la Coupe Stanley, celles de la NBA et l’Euro, juin s’annonce emballant !

11. Donald Trump foutra le bordel en prétendant que…

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Donald Trump, 45e président des États-Unis

Quoi, il ne sera plus là après le 20 janvier ? C’est vrai. Mais je ne minimiserai pas son potentiel perturbateur jusque-là. Et il continuera de débiter mensonges, insultes et âneries au cours des mois suivants, à propos du sport comme du reste. Au moins, sa tribune n’aura plus le même rayonnement.

12. Retour du baseball : une année-clé

La convention collective dans le baseball majeur prend fin à l’issue de la saison 2021. Dans les faits, le projet de garde partagée Tampa Bay-Montréal ne peut fonctionner sans l’accord des joueurs. Si les deux parties n’en discutent pas durant leurs pourparlers afin de renouveler l’entente, il faudra conclure que le dossier ne compte pas parmi leurs priorités, un très mauvais signe. De plus, à Montréal, il faudra statuer sur le développement du bassin Peel (avec ou sans stade de baseball). Bref, des échéances se profilent au cours des prochains mois.

Conclusion

Là-dessus, bonne année à tous, je nous la souhaite sereine et pleine d’optimisme. Et, pourquoi pas, une Coupe Stanley avant longtemps !