Chaque semaine, les journalistes des Sports de La Presse répondent à une question dans le plaisir, et un peu aussi dans l’insolence

La Presse

Mathias Brunet

Nous sommes à Pittsburgh, en 1998, en pleines séries éliminatoires. Je suis installé dans les gradins du Mellon Arena à observer l’entraînement matinal des Penguins lorsque le centre défensif du Canadien Marc Bureau m’apostrophe avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles. Il me fait rougir de honte en me rappelant mon lapsus de la veille dans le journal, pendant que les deux ou trois coéquipiers qui sont avec lui, je ne sais plus trop lesquels, sans doute ses potes Patrick Poulin et Jocelyn Thibault, rigolent ferme. Je me précipite vers les coupures de journaux de la journée (l’internet n’existe pas encore). Voici ce qui aurait dû être écrit : « Bureau devrait en principe jouer ce soir, même s’il a quitté l’entraînement tôt, hier. Sa blessure au sacrum, subie lors du dernier match à la suite d’une chute, le fait encore souffrir, mais il faudrait l’attacher pour l’empêcher de participer à un match… ». Voici maintenant ce qui a été écrit en page G2 de La Presse du samedi 25 avril 1998 : « Bureau devrait en principe jouer ce soir, même s’il a quitté l’entraînement tôt, hier. Sa blessure au scrotum, subie lors du dernier match à la suite d’une chute, le fait encore souffrir, mais il faudrait l’attacher pour l’empêcher de participer à un match… » Le sacrum est un os du bassin situé à l’extrémité de la colonne vertébrale. Le scrotum est le sac de peau qui soutient les testicules. Bureau a joué presque 15 minutes ce soir-là, mais le Canadien a perdu 4-1 pour provoquer l’égalité 1-1 dans la série. Mais au moins, le sacrum a tenu le coup…

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Extrait du numéro du 25 avril 1998 de La Presse

Miguel Bujold

Ce que je vais vous raconter est assez difficile à croire. Je n’en croyais moi-même pas mes yeux lorsque j’avais ouvert mon journal en buvant mon café ce matin-là. C’était en 2012, à l’époque où nous avions encore une édition papier. En envoyant mon texte au bureau la veille, j’avais joint le mauvais document à mon courriel. Puisque le cahier des Sports était souvent envoyé en impression en début de soirée certains jours, le pupitreur qui faisait la mise en page de mon texte l’avait lu très rapidement. Et il ne s’était pas aperçu qu’il datait de… deux ans auparavant. Deux ans ! Il était notamment question du botteur Damon Duval, qui avait quitté les Alouettes après la saison de 2010. De Scott Milanovich, qui n’était plus le coordonnateur offensif des Alouettes comme je l’écrivais, mais plutôt l’entraîneur-chef des Argonauts de Toronto. Certains lecteurs étaient convaincus que je n’avais pas encore réalisé que Duval était à la retraite et que Milanovich était l’entraîneur des Argos. Mais la cerise sur le gâteau était la partie sur Jamel Richardson. Dans ce texte vieux de deux ans, je racontais que le receveur avait été limité à 30 verges de gains à son dernier match quelques jours plus tôt, alors que dans un autre texte (sur la même page !), j’écrivais que Richardson effectuerait un retour au jeu après avoir raté le dernier match des siens (ce texte-là était bon)… Le pupitre nous sauve souvent de gênantes erreurs, mais cette fois-là, je ne peux pas dire qu’il m’a aidé. Appelons ça une double faute, la mienne et celle du pupitre. On peut en rire près d’une décennie plus tard, mais disons que je ne l’avais pas trouvée très drôle à cette époque.

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Page S2 du numéro du 5 septembre 2012 de La Presse

Simon-Olivier Lorange

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Extrait du numéro du 22 janvier 2008 de La Tribune

Je souffre d’un bien vilain défaut pour un journaliste : l’absence totale de mémoire des noms. Ça se manifeste d’une part dans la manière de les écrire – mon patron corrige quasi systématiquement une coquille dans mon texte du jour, au point que je trouve suspecte sa connaissance fine de la graphie de TOUS les noms des joueurs de la LNH, mais c’est là un autre sujet. D’autre part, et c’est bien là le pire, je bute sur les noms eux-mêmes. Comme lorsque j’ai rebaptisé l’oncle Jacques Villeneuve du prénom de son défunt frère Gilles deux fois dans le même texte. Ou lorsque j’ai totalement changé le nom de l’entreprise d’un mycologue qui recyclait des vêtements grâce à des champignons. Le message que le chercheur a laissé sur ma boîte vocale au petit matin était très aimable. Mais disons que cet accomplissement n’apparaît pas en haut de mon CV. Au moins, grâce à la magie de l’internet, l’erreur n’apparaît plus dans le texte en ligne.

Simon Drouin

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Extrait du numéro de La Presse de 2015

À ma grande honte encore à ce jour, j’ai interverti le deuxième et le troisième du classement dans mon compte rendu du Grand Prix cycliste de Montréal en 2012. Mes excuses à Moreno Moser, à qui j’avais attribué la troisième place plutôt que la deuxième au profit d’Alexandr Kolobnev. Je doute que l’Italien m’en ait tenu rigueur. Au moins, j’avais le bon gagnant (Lars Petter Nordhaug). Dans un autre registre, j’avais rebaptisé le père d’une joueuse de l’équipe canadienne de handball, Kim Barette St-Martin, aux Jeux panaméricains de Toronto en 2015. Il s’appelle Pierre St-Martin et non Patrice, comme je l’avais malencontreusement écrit à la deuxième phrase. Membre du Temple de la renommée du handball canadien, il avait été le plus jeune membre de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. J’avais pourtant bien noté son nom et même fait une recherche dans l’internet à son sujet. Dans le grand ordre des choses, ce n’était pas dramatique, mais je m’en suis voulu d’avoir un peu gâché cette rare fenêtre de visibilité pour un sport tombé en désuétude au Canada. Quelque part, un rectificatif disgracieux ternit peut-être un montage sur la carrière de la sympathique Kim Barette St-Martin… au patronyme de qui j’avais ajouté un « r », réalisé-je aujourd’hui. Ouf, ce n’était pas ma journée. Mes excuses encore.

Richard Labbé

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Brodeur

C’était en grande finale de la Coupe Stanley au printemps 2000, et, de toute évidence, l’air un peu trop lourd du New Jersey avait commencé à me monter à la tête. Sur la glace, les Devils et les Stars de Dallas s’accrochaient comme s’il n’y avait pas de lendemain, et le moindre but prenait des proportions titanesques. Lors du deuxième match, les Stars ont gagné 2-1, les deux buts réussis par Brett Hull, un tireur d’élite qui n’en était pas à son premier rodéo. Après le match, j’ai eu la bonne idée de demander à Martin Brodeur, le gardien victime des buts de Hull, s’il n’avait pas été un peu faible. « C’est une bonne question, ça faisait un bout que personne ne m’avait demandé ça », a-t-il répondu en tournant les talons, et en suggérant tout haut que ce serait une bonne idée de réviser à l’avance les questions d’après-match. Le lendemain, à ma grande surprise, plusieurs médias avaient repris cette histoire, en prenant bien soin de rappeler – et de me rappeler aussi – que le gars qui avait battu Brodeur à deux reprises était tout de même Brett Hull, façon à peine voilée de dire à toute l’Amérique que ma question était un tantinet niaiseuse. Heureusement, la série s’est ensuite déplacée à Dallas, où les bars de danse en ligne ont pu me faire oublier cette gaffe impardonnable.

Guillaume Lefrançois

PHOTO GEORGE WIDMAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ed Snider

J’aurais aimé avoir une histoire aussi divertissante que cette ancienne collègue, dont on préservera l’anonymat, qui avait écrit un « i » à la place du « u » dans Mighty Ducks. Mais bon… C’était dans mes premiers quarts de travail comme journaliste, en 2006. Je faisais alors du pupitre au site web de Radio-Canada, et notre patron actuel aux sports à La Presse, Jean-François Tremblay, avait eu le mandat de me former. Prenant son rôle à cœur, il relisait pas mal tout ce que j’écrivais après publication, même les textes écrits tard le dimanche soir, que bien peu de gens devaient lire. La nouvelle portait sur Ed Snider, défunt propriétaire des Flyers de Philadelphie, que j’avais malheureusement rebaptisé Dan Snyder. Pour ceux qui l’ont oublié, Dan Snyder est cet ancien joueur que Dany Heatley a tué en 2003 en perdant la maîtrise de sa voiture, qu’il conduisait bien au-delà de la vitesse permise. Bref, Jean-François m’a appelé pour me souligner la bévue. Heureusement que l’erreur n’est pas restée en ligne bien longtemps ! Pas la meilleure coquille à faire pour un petit nouveau…