Dès jeudi, en zone rouge, fini les matchs de hockey. De soccer. De football. De basketball. De volleyball. De ringuette. Fini aussi les entraînements. Sauf pour la très petite minorité d’athlètes dans un programme de sport-études.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Une très mauvaise nouvelle.

Pourquoi ?

Parce que le reconfinement va plomber un bilan déjà désastreux. Celui de l’activité physique chez nos jeunes. Les statistiques sont décourageantes. Seulement quatre ados québécois sur dix sont « actifs ». C’est-à-dire qu’ils atteignent le seuil minimum recommandé d’activité physique.

Je répète : le minimum.

Si on isole les filles, c’est encore pire. Seulement une sur trois est active. C’est – de loin – le pire bilan au Canada.

Lisez l’étude

Attendez. Ça, c’était il y a cinq ans.

Depuis le mois de mars, plus de 100 000 Québécois ont quitté le sport organisé. Dont 67 000 au soccer seulement. Le nouveau reconfinement – s’il se prolonge au-delà d’octobre – éloignera encore plus de jeunes du sport.

Le problème, c’est le même que le décrochage scolaire. Une fois que les ados partent, c’est difficile de les raccrocher. Depuis 10 ans, j’ai passé 3000 jours dans l’entourage d’équipes de hockey, de baseball, de crosse et de soccer.

Je ne me souviens pas de cinq enfants qui sont revenus après une année d’absence.

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Pendant la campagne électorale de 2012, François Legault a présenté un plan ambitieux. L’école obligatoire, de 9 à 5. Pas d’heures de cours supplémentaires. Plutôt des activités artistiques et sportives. Pour contrer le décrochage scolaire, qu’il qualifiait de « drame humain ».

« Les enfants passent du temps entre le moment où ils arrivent de l’école et le souper à jouer au Nintendo, ou à vedger », déplorait-il.

Aujourd’hui, pandémie oblige, il y aura moins d’arts. Moins de sports. Parce que pour combattre la transmission de la COVID-19, le gouvernement et la Santé publique veulent réduire le nombre de rassemblements. C’est vrai qu’une partie de hockey, avec les joueurs, les entraîneurs, les officiels, la famille et les amis, ça peut rassembler une centaine de personnes. Ce qui dépasse largement la limite souhaitée – et souhaitable.

Mais un entraînement sans contact ?

À 15, 10 ou 5 athlètes ?

Est-ce vraiment si dangereux ?

Si c’est le cas, je me rangerai derrière la décision du gouvernement. Or, ça va prendre des chiffres pour me convaincre. Et je doute que la Santé publique ait ces données. Cet été, j’ai demandé le registre des éclosions liées au déconfinement du sport au Québec. « On n’a pas ça », m’a-t-on répondu.

Depuis, je consigne tout. J’ai recensé une dizaine d’éclosions dans le milieu sportif. Ça peut sembler beaucoup. Sauf que c’est difficile d’établir un lien direct entre l’activité physique et la contagion.

Prenons les cas les plus publicisés.

– À Mirabel, au moins 15 personnes ont été contaminées à la suite d’un tournoi de hockey-balle. Les joueuses – des adultes – avaient fraternisé sur la terrasse après les matchs.

– À Pointe-Saint-Charles, au moins huit hockeyeurs – aussi des adultes – ont contracté le virus. Les joueurs se sont changés dans des vestiaires exigus. « Les gens sont devenus fatigués [du virus] et moins vigilants. Surtout que tout allait bien. Nous avons vu les deux vestiaires. Nous n’aurions pas dû entrer. Nous l’avons fait [quand même] », a admis un participant à la Gazette.

– À Saint-Jérôme, la semaine dernière, il y a eu plusieurs cas au sein des programmes sportifs de l’école secondaire Saint-Stanislas. La cause ? Un party rassemblant des jeunes de l’école, m’a confirmé une source digne de confiance.

Chez les pros ? C’est vrai, il y a eu beaucoup de cas à l’extérieur des bulles. Une quarantaine dans la LNH. Une centaine dans le baseball majeur. Il y a eu des cas avérés de transmission d’une équipe à une autre. Entre les Marlins de Miami et les Phillies de Philadelphie. Entre des clubs de soccer européens. Mais surtout, encore, des éclosions dues à des activités extérieures. Souvenez-vous des joueurs des Marlins, qui ont reconnu avoir ignoré les règles de distanciation à l’extérieur du stade. Ou de ceux du Paris Saint-Germain, partis fêter à Ibiza…

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Jusqu’ici, le Québec comptait parmi les États les plus progressistes dans le déconfinement du sport. Dans 48 heures, nous passerons à l’autre extrême.

Un choc.

Tout le monde reconnaît que la situation est exceptionnelle. Mille nouveaux cas chaque jour, c’est significatif. Je comprends aussi que la situation soit délicate à gérer. La ministre Isabelle Charest l’a d’ailleurs reconnu lundi, lors de l’annonce du reconfinement.

« Je suis tout à fait consciente qu’il s’agit de mauvaises nouvelles, qui vont en décevoir plusieurs. Je vous assure que ce n’est vraiment pas de gaieté de cœur que je suis devant vous aujourd’hui. Je sais à quel point le sport est important. Pour la réussite scolaire. Pour la santé mentale. Pour la motivation. Et, bien sûr, pour la forme physique. »

Il reste que le gouvernement Legault a fait un choix. Sacrifier aussi le sport pour ralentir la contagion. Un gain sanitaire évident à court terme. Mais qui aura des conséquences à long terme. Surtout si Montréal et Québec restent en zone rouge tout l’automne.

Car l’adolescence est un âge crucial pour intégrer l’activité physique dans la routine quotidienne. Surtout chez les jeunes filles. « Les efforts déployés pour augmenter la pratique d’activité physique chez les jeunes méritent d’être maintenus, voire accentués », recommandait l’Institut national de santé publique… en mars dernier.

À partir de jeudi, que restera-t-il aux adolescents de la zone rouge ?

Les cours d’éducation physique. Et encore. Dans les cégeps, tous les cours sont maintenant donnés à distance. En 4e et 5e secondaire, les élèves n’iront à l’école qu’un jour sur deux. Donc deux fois moins de cours de gym. Sachez que pour beaucoup de jeunes, ce cours est leur activité physique de la semaine. D’ailleurs, sans ce cours, le tiers des ados québécois seraient considérés comme « sédentaires ». C’est trop.

Le gouvernement suggère de se tourner vers des sports en solo et en duo. Sauf que nous ne sommes ni en Californie ni en Arizona. Les grands froids s’en viennent. Dans quelques semaines, ce ne sera plus plaisant de courir dehors. Ni d’aller à l’école en vélo. Les avirons seront rangés. La natation ? En bain libre. Le tennis ? Bonne chance pour trouver un terrain intérieur. Surtout après la fermeture des clubs privés.

Bon. C’est correct, les enfants.

Vous pouvez sortir le Nintendo.