(Londres) La course la plus attendue de l’histoire perd de sa saveur. Attendu comme un affrontement alléchant entre deux légendes de la course à pied, le marathon de Londres comptera dimanche sur le Kényan Eliud Kipchoge pour faire oublier le forfait de l’Ethiopien Kenenisa Bekele, annoncé vendredi.

Robin GREMMEL
Agence France-Presse

Déjà chamboulé par la crise sanitaire, le marathon de Londres fait face à un nouveau séisme avec l’abandon dans la dernière ligne droite de Bekele, blessé au mollet gauche.

Un duel épique était promis depuis des mois entre ces deux géants de la course, d’autant plus attendu depuis septembre 2019 lorsque l’Éthiopien avait approché à Berlin le record du monde du Kényan (2 h 1 min 41 s contre 2 h 1 min 39 s pour Kipchoge à Berlin en 2018).

PHOTO BOB MARTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Kényan Eliud Kipchoge à l’entraînement dans la bulle créée pour les athlètes d’élite se préparant pour le Marathon de Londres programmé le 4 octobre.

Londres devra se « contenter » d’Eliud Kipchoge, qui, après une carrière aboutie sur la piste (deux médailles olympiques, deux médailles mondiales, dont un titre), est devenu sans contestation le meilleur marathonien de l’histoire : il compte onze victoires en douze courses, dont le titre olympique en 2016, huit succès répartis entre Chicago, Berlin et Londres, le record du monde, et il a réussi à briser la mythique barrière des deux heures sur une course non officielle en octobre 2019 à Vienne (1 h 59 min 41 s).

« Une course de transition »

Grand favori de la course, Kipchoge verra deux autres Éthiopiens essayer de le pousser dans ses derniers retranchements, un an après qu’ils se soient déjà inclinés face au maître à Londres.

Mosinet Geremew (28 ans) était devenu le 4e performeur de tous les temps à cette occasion (2 h 2 min 55 s, à 18 secondes de Kipchoge), Mule Wasihun (26 ans) le 8e (2 h 3 min 16 s).

« Peut-être que ce sera une course de transition avec une possible victoire des jeunes parce que l’âge, irrémédiablement, devrait commencer à jouer un rôle », relève pour l’AFP l’entraîneur spécialiste du marathon Jean-Claude Vollmer, alors que Kipchoge fêtera ses 36 ans en novembre.

La course aurait dû être comme de tradition saluée par la foule devant les plus emblématiques monuments londoniens.

Mais la pandémie de nouveau coronavirus, qui a repoussé la course d’avril à octobre, a contraint les organisateurs à prévoir un parcours alternatif, une boucle de 2,15 km autour du parc St. James, devant le Palais de Buckingham, qui n’accueillera aucun spectateur.

« Pas dans les eaux du record du monde »

La question du record du monde se pose forcément, malgré l’inconnue du parcours et l’âge de Kipchoge.

« Je pense qu’au niveau performance, il ne faut pas s’attendre à de grands miracles. Ils ne seront pas dans les eaux du record du monde en raison de cette préparation tronquée (à cause du confinement) et du fait que c’est un circuit avec des virages et qu’il risque de pleuvoir », explique M. Vollmer.

La pluie pourrait en effet s’inviter avec une température fraîche (environ 10 degrés), d’autant plus pour la course féminine qui s’élancera à 8 h 15, trois heures avant les hommes.

Un duel est attendu entre la recordwoman du monde kényane Brigid Kosgei (2 h 14 min 4 s) et sa compatriote championne du monde Ruth Chepngetich.

Dans un deuxième peloton, la vedette britannique Mo Farah servira de lièvre de luxe à quelques dizaines de coureurs à la recherche des minima pour les Jeux olympiques de Tokyo (2 h 11 min 30 s), repoussés à l’été 2021.

Après avoir été gelé depuis avril en raison de la crise sanitaire, le processus de qualification pour les Jeux a repris en septembre pour le marathon et la marche, et reprendra le 1er décembre pour les autres disciplines de l’athlétisme.