Le cancer lui a volé la majorité de l’année 2019. Et la pandémie mondiale de COVID-19, la moitié de l’année 2020.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Maxence Parrot n’a pas une seconde à perdre. À quelques mois des qualifications olympiques pour les Jeux de Pékin, il travaille d’arrache-pied afin d’être au niveau le plus élevé possible au moment de renouer avec la compétition, probablement en décembre.

Le médaillé d’argent des JO de PyeongChang a même fait l’impasse sur un camp d’entraînement en Suisse, alors que les paysages des Alpes tapissent les comptes Instagram de ses collègues planchistes et skieurs acrobatiques. L’envie de voyager et de retrouver la routine du circuit mondial est bien réelle. Et le besoin de « rider de la neige » se fait de plus en plus cruel.

Mais partir en Europe et en revenir, c’était aussi accepter une quarantaine de 14 jours en rentrant au Canada. Et ça, il n’en était pas question.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Maxence Parrot

« Je ne peux pas me permettre de perdre deux semaines d’entraînement », tranche Parrot au bout du fil. La rampe d’entraînement d’où il s’élance trois fois par semaine, dans les Laurentides, a beau être « géniale », « ce n’est pas aussi le fun » que le contact de la neige. Mais il insiste : « Je suis capable d’attendre ! »

Parrot, rappelons-le, revient de loin. À la fin de l’année 2018, on lui a diagnostiqué un lymphome de Hodgkin, cancer qui s’attaque au système immunitaire. En juillet, le jeune homme annonçait avoir vaincu la maladie. À peine quelques semaines plus tard, à sa première compétition, il remportait une médaille d’or au grand saut (big air) des X Games d’Oslo, en Norvège. Pas une seconde à perdre, là non plus.

Il y a maintenant un an, en septembre 2019, des tests sanguins ont révélé que tout était revenu à la normale pour lui. Il a encore quatre ans de suivi devant lui avant de crier à la victoire totale. « Mais il n’y a vraiment pas de problèmes », dit-il. Et la maladie qui l’a pris d’assaut, assure-t-il, n’a pas laissé son système immunitaire affaibli ; il n’est donc pas au nombre des personnes les plus à risque s’il devait contracter la COVID-19.

Pause… ou presque

Si, de son propre aveu, il ne s’est pas accordé « une seule journée de pause » avant de remonter sur sa planche après avoir retrouvé la santé, il ne pouvait rien contre le confinement provoqué par la pandémie le printemps dernier. Comme tous les athlètes de la planète, il a été contraint à l’arrêt, sans savoir quand la vraie vie, ou sa plus pâle imitation, reprendrait.

À ce sujet, Parrot raconte d’abord avoir embrassé l’idée d’un peu de repos. « J’ai allumé la télé et fait beaucoup de Netflix ! », ricane-t-il, saluant une rare occasion de décrocher, de se « ressourcer ».

Mais plus la conversation avance, plus on constate que la télévision n’a pas été allumée longtemps. Les passe-temps – rénover la maison, travailler sur le terrain, renouer avec la guitare – ont rapidement fait place aux choses sérieuses. Comme multiplier les lectures sur la Bourse et les investissements immobiliers, une nouvelle passion. Et tenir, avec ses partenaires d’affaires, d’innombrables réunions en ligne pour préparer l’ouverture estivale de leur nouveau restaurant, le Numéro 7 – Brasserie moderne, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

J’ai toujours eu beaucoup de misère à m’arrêter. Je suis allé une seule fois dans un tout-inclus, et après deux jours, j’en avais assez ! Je suis une personne qui mange des projets, qui adore m’embarquer dans toutes sortes d’affaires.

Maxence Parrot

En fin de compte, Parrot convient que de s’éloigner de sa planche quelque temps lui a fait du bien. Mais l’attente a maintenant assez duré.

Il prévoit d’en savoir davantage sur sa saison 2020-2021 au cours des prochaines semaines. « Plusieurs sports ont recommencé, je ne vois pas pourquoi on ne serait pas capables », souligne-t-il, à plus forte raison à l’approche d’un hiver préolympique. « J’ai bon espoir que ça va marcher », dit-il.

Puisqu’il lui faudra bien goûter un peu à la neige, il prévoit de s’envoler pour le Yukon en novembre en prélude à ses premières compétitions.

Les longues pauses, rappelle-t-il, l’ont toujours fait aimer encore plus la planche à son retour. « T’es excité, t’as de nouvelles idées, t’es plus concentré, les entraînements sont meilleurs, énumère-t-il. Quand ça fait un bout que t’en as pas fait, t’en manges ! »

Raison de plus pour ne plus gaspiller d’occasions d’en profiter. Pas même une seconde.

« La raison pour laquelle je suis encore là »

Pour la deuxième année, Maxence Parrot sera ambassadeur d’Illumine la nuit, activité caritative organisée par la Société de leucémie et lymphome du Canada (SLLC). La présentation habituelle de cet évènement est centrée autour d’une grande marche, mais, COVID-19 oblige, il s’agira cette année d’une rencontre en ligne, le 24 octobre prochain. Les personnes désireuses d’y participer sont tout de même invitées à créer des groupes qui, en d’autres temps, auraient pris part à la marche. Et, bien sûr, à amasser des fonds pour la recherche. « La recherche, c’est littéralement la raison pour laquelle je suis encore là aujourd’hui, raconte le planchiste. En 1960, le taux de survie de mon cancer était de 10 % ; il est aujourd’hui de 85 %. Mon but, c’est de faire monter ça à 100 %, alors je vais inviter le plus de monde possible pour y arriver. »

CONSULTEZ le site de la SLLC : https://www.sllcanada.org/