Katerine Savard et Ariane Mainville ont vu ensemble, pour la première fois, le film Nadia, Butterfly, dans lequel les nageuses incarnent les deux premiers rôles. Avec quelques appréhensions et beaucoup d’émotions.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Pendant le tournage de Nadia, Butterfly, qui s’est bouclé l’automne dernier à Tokyo, Katerine Savard et Ariane Mainville s’étaient promis de vivre l’aventure ensemble jusqu’au bout.

Mardi soir, les deux amies se sont donc rejointes avant de se rendre au Cinéma du Musée, à Montréal, pour assister au premier visionnement du film. Règles sanitaires obligent, la quarantaine de membres de l’équipe, menée par le réalisateur Pascal Plante, s’est dispersée dans la salle de près de 300 sièges.

Savard et Mainville, qui incarnent les deux premiers rôles, se sont permis une petite entorse, s’asseyant côte à côte dans la quatrième rangée. Bras dessus, bras dessous, les deux nageuses ont vécu en fusion cette expérience un peu surréaliste : se voir sur grand écran quand son métier n’est pas celui d’actrice.

Pierre-Yves Cardinal, premier rôle masculin, avait d’ailleurs prévenu ses collègues néophytes l’an dernier : ça peut parfois être douloureux.

« Ça fait un an qu’on est prêtes à ça », a souligné Mainville, mercredi, durant son heure de lunch.

« Finalement, à notre grande surprise, on ne s’est pas du tout trouvées malaisantes ! Peut-être qu’on avait trop d’appréhensions, mais on s’est trouvées pas pire. Le film est super beau. On a pleuré, on a ri et la réaction a été à la hauteur des attentes de Pascal. »

Designer d’intérieur « pour payer la natation », Ariane Mainville craignait surtout d’avoir « l’air d’une non-actrice ». La réponse dans la salle l’a réconfortée : « C’est sûr que les gens vont deviner qu’on n’est pas des actrices, mais je pense que la chimie entre Katerine et moi a beaucoup aidé à rendre ça vraiment naturel. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Ariane Mainville (à droite)

Malgré une sélection officielle pour le Festival de Cannes, le plus prestigieux du cinéma, et quelques critiques favorables dans des médias spécialisés, Katerine Savard demandait à voir pour se rassurer.

Jusque-là, son jugement reposait essentiellement sur la bande-annonce, qu’elle n’avait vue que sur son écran d’ordinateur.

« Il y a des bouts où je me disais “j’ai de l’allure”, d’autres où je ne sais pas », a fait savoir la médaillée olympique de Rio, qui revenait d’une école primaire de Parc-Extension, où elle entreprend son dernier stage pour son baccalauréat en enseignement.

« C’est vraiment spécial de se voir. Moi, j’étais beaucoup dans l’analyse et la critique de moi-même. J’imagine que plus je le verrai, plus je serai capable de l’apprécier ! Mais c’est vraiment le fun. J’ai très hâte que les gens dans mon entourage puissent le voir aussi. »

Authenticité

Une chose est certaine, le sport de la natation est bien représenté dans ce long métrage qui raconte le parcours de Nadia (Savard), tiraillée par des questionnements au moment de sa dernière compétition, les Jeux olympiques de Tokyo.

Le réalisateur Pascal Plante, lui-même ancien adepte, en avait fait une priorité, d’où son choix de se tourner vers de véritables athlètes de pointe.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Pascal Plante

« Tout est authentique de A à Z », a témoigné Mainville, qui s’est inspirée de sa sœur aînée, Sandrine, une autre médaillée de Rio, qui a joué le rôle de consultante sportive pour le film. « On est dans la bulle de quelques nageurs qui vont aux Jeux olympiques de 2020. C’est comme si on y allait pour vrai et que la caméra suivait. C’est ça, le film. C’est pur, pur. »

Celle qui incarne Marie-Pierre, meilleure amie de Nadia, n’avait pas tout saisi lorsque Plante l’a pressentie sur le bord du bassin pendant une compétition à Québec. « Au début, je pensais que j’embarquais dans une émission à VRAK.TV… Finalement, c’est un film qui aboutit à Cannes ! »

Le réalisateur ne lui avait pas dit non plus que Savard auditionnait pour un rôle. Les deux amies n’ont appris l’implication de l’autre qu’au moment où elles ont été convoquées ensemble pour une audition « de chimie ».

Ils nous ont fait venir pour voir si on s’entendait bien. On était mortes de rire ! Pas que c’était dans la poche, mais on avait un gros avantage par rapport à ça.

Ariane Mainville

Malgré leurs dénégations par rapport à leur statut de non-comédiennes, les deux coéquipières du club CAMO ont été embauchées sur-le-champ.

D’abord considérée pour le rôle de Nadia, Mainville se félicitait d’avoir finalement obtenu celui de Marie-Pierre. « Pascal a vraiment fait un bon casting. Kat est capable de jouer des émotions un peu plus profondes dans le film. Mon personnage vient casser un peu la lourdeur d’un événement avec un punch line, par exemple. C’est ce qui ressortait dans la salle. »

« Un film artistique »

Savard invite les spectateurs à être attentifs à l’évolution psychologique de Nadia : « S’ils veulent vraiment apprécier le film, ils doivent réussir à comprendre toute la gamme d’émotions vécues par Nadia. En les décodant, on comprend ce qu’elle vit. C’est ce qui fait la beauté du film. »

Mainville pense que l’œuvre plaira à un large public : « C’est vraiment un film artistique qui rend hommage à la natation. C’est peut-être surtout ça qui lui a permis de se démarquer pour Cannes. C’est plein d’émotions, dans la beauté. C’est difficile à décrire. »

Présenté en première mondiale en ouverture du Festival de cinéma de la ville de Québec, le 16 septembre, Nadia, Butterfly sortira en salle deux jours plus tard. Pour l’heure, l’immense affiche mettant en vedette Katerine Savard bat au vent sur un mur du Cinéma Beaubien. « C’est malade ! », dit celle qui se pince encore.