Après avoir remporté trois de leurs quatre premières rencontres à Athènes, Guylaine Dumont et Annie Martin se rapprochaient de plus en plus du carré d’as et de leur objectif de podium olympique. Mais devant elles se dressait le meilleur duo féminin au monde, celui des Américaines Kerry Walsh et Misty May. Récit d’un match quart de finale au dénouement affligeant, mais qui a conclu un parcours ô combien mémorable

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À quelques jours du moment où le tournoi olympique 2020 de volleyball de plage devait s’amorcer, Sportcom vous propose le deuxième d’une série de trois textes sur les deux volleyeuses qui ont gagné le cœur des Québécois et qui, encore aujourd’hui, marquent le sport à leur façon.

Revenons en arrière. À la suite d’une excellente ronde préliminaire, Dumont et Martin accèdent aux huitièmes de finale, où les confrontations futures sont décidées par un tirage au sort.

Et après s’être défaites des Cubaines en deux manches âprement disputées, le fameux tirage fait en sorte qu’elles affrontent Walsh et May, à l’occasion des quarts de finale. Une charge qui s’annonçait aussi colossale que la stature de leurs opposantes.

« C’est la seule équipe que nous craignions véritablement. Elles étaient grandes et puissantes. Dans notre tête, nous nous disions elles vont être difficiles à battre », se rappelle Dumont.

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Guylaine Dumont le 15 juillet 2004, avant son départ pour Athènes.

« C’était fou ! Elles formaient une équipe vraiment hors du commun. Elles étaient comme les Michael Jordan du volleyball de plage », renchérit quant à elle Annie Martin.

C’est pourquoi leur entraîneur de l’époque, Vincent Larivée, également conjoint d’Annie, a usé d’imagination et de créativité à l’aube de cet affrontement.

« Avant d’aller jouer, Vincent nous avait fait un genre de schéma avec deux faces de Mickey Mouse afin de les dépersonnaliser. Il voulait nous rappeler que ça se jouait entre les lignes et que nous avions nos chances. Il ne fallait pas se fier à leur histoire. On connaissait leurs tendances et nous devions nous préparer pour ça », explique Martin.

Le point qui fait la différence

Sur papier, Guylaine Dumont et Annie Martin n’avaient pratiquement aucune chance de venir à bout des Américaines. Après tout, elles étaient invaincues depuis plus de deux ans et n’avaient échappé aucune manche depuis le début du tournoi olympique.

PHOTO D’ARCHIVES BERNARD BRAULT, LA PRESSE

La Canadienne Annie Martin retourne le ballon lors de leur victoire face a la Norvège dans le groupe D le 18 août 2004.

Pourtant, le duo québécois est encore une fois parvenu à tirer son épingle du jeu dès le début du match, si bien que les deux équipes se sont retrouvées à égalité à 19 partout.

« Nous étions vraiment dans le coup ! On les tenait et on était à deux petits points de leur soutirer la manche. C’était vraiment tout un match », raconte Dumont, avec un brin de nostalgie.

C’est à ce moment précis qu’est survenu le tournant de la rencontre. À la suite d’une bonne frappe diagonale des Canadiennes, les Américaines se sont retrouvées en mauvaise posture. Misty May a cependant sorti un lapin de son chapeau pour marquer le point et, éventuellement, remporter la manche.

« Elle (Misty May) a sorti le bras au tout dernier instant ! Ce n’était vraiment pas un geste contrôlé et le ballon aurait très bien pu se retrouver à l’extérieur du terrain. Les Américaines faisaient ce genre de choses qui tournent l’allure d’un match », concède Martin.

Malgré le déficit et la pression constante de leurs adversaires, les Québécoises n’ont pas abandonné. Elles ont poursuivi leurs efforts jusqu’à ce que la réalité les rattrape en milieu de deuxième manche. Les représentantes des États-Unis ont finalement filé avec le set au compte de 21-14. Du même coup, le rêve de Guylaine Dumont et d’Annie Martin se terminait au cinquième rang de la compétition.

« C’était la fin. C’est sûr que nous étions déçues après la défaite, mais nous leur avions donné tout un match. Elles ont simplement été plus fortes que nous », avoue Dumont.

Un véritable exploit

Nul ne sait ce qui aurait pu arriver à l’issue d’un tirage au sort différent, mais une chose demeure certaine : les négligées canadiennes ont été les seules à soutirer 19 points aux grandes favorites lors d’une manche disputée au tournoi olympique.

PHOTO D’ARCHIVES SERGIO MORAES, REUTERS

Annie Martin (à droite) et Guylaine Dumont célébrant un point contre les Cubaines.

« À la fin du match, lorsque nous nous sommes serré la main, j’ai senti beaucoup de respect de la part des filles. Nous étions quand même très fières de ce que nous avions accompli », commente Martin.

Quelques jours plus tard, Walsh et May ont complété un tournoi parfait pour remporter l’or contre les Brésiliennes. Sur la troisième marche du podium se retrouvait le seul autre tandem à s’être imposée face aux Québécoises, soit celui des Américaines Holly McPeak et Elaine Youngs.

Mais aux dires de Dumont, ce n’est pas avant leur retour en sol canadien qu’elles ont véritablement réalisé l’ampleur de l’engouement qu’elles avaient créé un peu partout dans la nation pendant ce tournoi olympique.

« Nous étions dans notre bulle. Nous ne nous rendions pas compte de tout ça. À l’époque, il n’y avait pas de réseaux sociaux et c’est seulement quand nous sommes revenues au Québec que nous avons réalisé à quel point les gens étaient derrière nous. La plupart étaient surpris de notre cinquième place, mais nous, nous savions que nous allions avoir un bon tournoi. »

Jouer cartes sur table

Certes, Guylaine Dumont et Annie Martin ont connu toute une progression entre le moment de leur association, quelques semaines après les Jeux olympiques de Sydney (2000), et leur cinquième place à Athènes.

Menées par leur entraîneur Vincent Larivée et leur préparateur mental Étienne Couture, les deux volleyeuses du Québec ont rapidement su établir un climat de confiance où transparence et honnêteté étaient de mise.

« En équipe, il faut mettre son égo de côté. Après un tournoi difficile en Chine, nous avons mis les choses au clair. On ne voulait pas traîner de bagage inutile sur le terrain et c’est là que j’ai réalisé que c’était possible. Nous étions bien préparées et nous avions vraiment une belle chimie ensemble », confie Dumont.

Au fil du temps, la vétérane et la recrue ont également apprivoisé un style propre à elles pour contrer l’adversité. « Guylaine avait pas mal plus d’expérience, alors je me faisais souvent viser. Je m’occupais plus de la défense et je relançais rapidement l’attaque pour Guylaine. C’était notre style. Nous avions la confiance de l’autre et c’est comme ça que nous avons eu du succès », analyse Martin qui, du haut de ses 5 pieds 7 pouces, ne s’en est jamais laissée imposer sur le terrain.

Encore aujourd’hui, les deux athlètes se rencontrent et discutent du « bon vieux temps ». Au final, ce ne sont pas les victoires ni les défaites qui sont à l’honneur, mais bien la complicité et le plaisir de jouer ensemble aux Olympiques.

« Les plus beaux souvenirs sont aussi nos plus belles photos. Jouer avec le sourire, être présentes et profiter pleinement du moment étaient nos mots-clés. D’avoir réussi à établir une chimie aussi solide en si peu de temps et d’avoir du plaisir sur le terrain, c’est ça dont je suis le plus fière », conclut Dumont.

La fin du tournoi olympique de volleyball de plage des JO d’Athènes est toutefois loin d’avoir marqué la fin de leur parcours dans l’univers sportif québécois. Pendant que l’une poursuivait sa carrière pour éventuellement devenir entraîneure, l’autre s’apprêtait à aider son prochain en cofondant un organisme aujourd’hui reconnu à l’échelle provinciale.

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