(Paris) Privés cet été du tremplin des JO de Tokyo, confrontés aux crises sanitaire et économique, les organisateurs des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024 voient le chemin se rétrécir, entre contraintes budgétaires et risques de promesses non tenues.

Andréa BAMBINO
Agence France-Presse

« Il y aura des jours meilleurs, c’est certain », a résumé, le 28 juin dernier, le président du comité olympique français Denis Masseglia. Devant son assemblée générale, il a reconnu que les « perspectives ne sont pas au beau fixe » pour le président du COJO de Paris Tony Estanguet : Il doit gérer à la fois la crise sanitaire, le report des Jeux de Tokyo et l’inquiétude sur la reprise économique doublée d’une éventuelle deuxième vague pandémique.

À quatre ans de la cérémonie d’ouverture, Estanguet, le triple champion olympique de canoë refuse de céder au pessimisme. « Ce projet, il apporte la possibilité de montrer une France enthousiaste, qui va accueillir le monde », avec « 5 milliards d’euros de marchés » à la clé, a-t-il affirmé mardi, en marge de la présentation du « club Paris 2024 », destiné à associer le grand public aux Jeux.

Plus cher ?

Mais la réalité est là. D’un côté, le COJO, responsable de l’organisation des épreuves – plus de 300 –, des célébrations et des sites provisoires, va devoir faire des économies, car les revenus attendus des commanditaires s’annoncent plus modestes. La barre était fixée à 1,1 milliard d’euros, sur un budget total de 3,8 milliards. « C’était une ambition qui était assez prudente. Aujourd’hui, elle devient une vraie ambition qu’il va falloir aller chercher », reconnaît Estanguet, même si « entre 30 et 40 % de la cible (est) déjà atteinte ».

De l’autre côté, à la Solideo, l’établissement public chargé des grands chantiers qui vont démarrer en 2021, comme le village olympique à Saint-Denis (Seine–Saint-Denis) où seront accueillis les 10 500 athlètes, on s’attend aussi à voir l’addition grimper, notamment à cause d’une hausse des coûts dans le BTP. Ainsi, la facture totale prévisionnelle du centre aquatique, qui se dressera en face du Stade de France, toujours à Saint-Denis, est passée de 113 à 174,7 millions d’euros.

L’histoire va-t-elle se répéter pour Paris-2024, condamnée comme les éditions précédentes à voir son budget flamber ? Sous couvert d’anonymat, un acteur du projet résume l’équation : « soit on augmente l’enveloppe » de la Solideo, qui s’élève à 3 milliards d’euros, dont 1,5 milliard de fonds publics de l’État et des collectivités, « soit il faudra couper dans les projets ».

Seine–Saint-Denis

Qu’il semble loin le temps où, fin décembre 2019, les équipes du COJO annonçaient, enthousiastes, deux sites supplémentaires, l’un pour le surf à Tahiti, sur « la plus belle vague du monde » de Teahupo’o, l’autre sur la prestigieuse place de la Concorde à Paris pour les sports dits urbains (escalade, basketball 3x3, BMX style libre, breakdance, skateboard).

Désormais, l’ensemble de la carte de Paris-2024 est en train d’être revue et « il y aura peut-être un jeu de chaises musicales », comme ce fut déjà le cas en 2018 après une première alerte sur les coûts, affirme Estanguet, qui envisage de « mutualiser » certains sites.

Lesquels ? Les regards semblent braqués sur la zone olympique du Bourget, où doivent se tenir les épreuves de tir, de volley-ball, et où doivent se dresser le centre et le village des médias, reconverti comme le village olympique en quartier de logements après les JO.  

Sans s’avancer, Tony Estanguet pointe les retards dans la livraison des lignes 16 et 17 du métro du Grand Paris, qui ne desserviront probablement pas le secteur à temps. Et d’ajouter, à propos du village des médias, qu’« il n’y a pas de besoin fort pour Paris-2024 » et que « ce sera aux acteurs publics de voir : est-ce qu’ils veulent adapter (sa) dimension, est-ce qu’on le laisse tel quel ? ».

Les négociations s’annoncent tendues avec les élus de Seine–Saint-Denis, où les acteurs des Jeux ont toujours promis un héritage fort, dès l’époque de la candidature française.

« Le cœur des JO, c’est la Seine–Saint-Denis, c’est une condition de l’engagement de la Seine–Saint-Denis dans ce projet », tonnait début juillet le président de son conseil départemental, Stéphane Troussel. « Il n’est pas question de dépouiller notre territoire de l’héritage des Jeux », ajoutait-il. Un premier dossier chaud pour le préfet Michel Cadot, qui a succédé mercredi au nouveau premier ministre Jean Castex comme délégué interministériel aux JO.