L’arrêt total du monde du sport force les chaînes sportives à plonger dans leurs archives pour nous présenter les grands matchs des dernières années.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Aucun réseau ne possède toutefois une médiathèque aussi riche que celle de Radio-Canada. Une richesse qui fait en sorte qu’il y a moyen d’aller au-delà des matchs en soi, pour saisir des moments en périphérie de ces grands rendez-vous qui imprègnent notre mémoire collective. Dans bien des cas, ces reportages nous rassurent sur notre progression en tant que société.

Prenons l’arrivée des Expos en 1969. Radio-Canada y a consacré un article complet, ponctué de six reportages. Aucun n’est aussi saisissant que celui de l’émission Femme d’aujourd’hui, dans lequel Guy Ferron interroge des femmes qui assistent aux matchs ou qui y travaillent.

Dans une entrevue avec la responsable des hôtesses, le journaliste lui demande donc si elle est en droit de rappeler à l’ordre une employée qui « regarde un peu trop un joueur plutôt que de s’occuper des clients ». C’est là une des trois questions (gardées au montage) par lesquelles le journaliste veut savoir si, au fond, ces femmes ne s’intéressent pas plutôt au baseball simplement pour se rincer l’œil. Ma-gni-fique.

Un autre exemple : un fascinant reportage – les fidèles de Découverte diront que c’est un pléonasme – de Charles Tisseyre sur les dommages cérébraux, dans la foulée de la mort tragique du boxeur Cleveland Denny, dans un combat contre Gaétan Hart.

Aucun doute, le neurologue interviewé, Guy Courtois, est fort conscient des dommages au cerveau qu’entraînent les coups à la tête. N’en déplaise à Gary Bettman, la science savait donc déjà, il y a 40 ans, que le cerveau n’était pas fait pour se faire taper dessus. Tiens donc.

Seulement, les moyens demeuraient rudimentaires. Difficile de ne pas sourire en écoutant Tisseyre expliquer la science derrière l’expression « punch drunk », qui était alors courante dans le milieu de la boxe.

Des heures de reportages

Seulement dans la section des sports, les archives de Radio-Canada comptent 68 articles, avec plusieurs reportages à visionner dans la plupart de ces articles. Il y a moyen de s’y égarer quelques heures !

Évidemment, les amateurs de hockey seront comblés. Pour les romantiques qui veulent se rappeler l’époque où le Canadien était capable de gagner des séries, le dossier sur la Coupe Stanley de 1993 est un incontournable. Les images de pillage suscitent évidemment de la désolation, mais aussi de la nostalgie quand on voit un dépanneur La Maisonnée pris pour cible par les vandales. Aucune image d’un Perrette, cela dit.

Le dossier sur la Série du siècle vaut aussi son pesant d’or. On passera 10 bonnes minutes à écouter l’émission spéciale marquant l’arrivée d’Équipe Canada à l’aéroport de Dorval, animée par Jean-Maurice Bailly et Lionel Duval. Le moment le plus cocasse se produit vers la fin, quand Duval et Richard Garneau réalisent qu’ils ne sont pas « dans l’éclairage ». « De toute façon, on n’est pas à la caméra, Lionel. Oh, on l’est ? Parfait. Alors pourquoi c’est moi qui tiens le micro en ce moment ? »

On s’en voudrait de conclure ce tour d’horizon sans évoquer le dossier sur la retraite de Wayne Gretzky.

Maxence Bilodeau, qui était sur place, signe deux des trois reportages. On reconnaîtra vite le ton chaleureux et bon enfant qui a fait de Bilodeau l’un des présentateurs les plus sous-estimés du Téléjournal jusqu’à sa retraite récente.