Avec la retraite d’Erik Guay, Simon Fournier est désormais le seul Québécois dans l’équipe canadienne masculine de ski alpin. Le slalomeur de 22 ans lance sa saison de Coupe du monde dimanche, en Finlande.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Simon Fournier avait 5 ans quand Erik Guay est monté sur son premier podium en Coupe du monde. Il avait assisté à une célébration sur la place Saint-Bernard à Mont-Tremblant, où le jeune champion avait fait de l’effet.

« Je l’ai toujours idéalisé », se souvient Fournier, qui a fait ses classes au club local. « C’était impressionnant de le voir et de suivre ce qu’il accomplissait. Il est super humble, facile d’approche. Il a une présence aussi. Quand j’étais jeune, j’étais un peu abasourdi par sa présence. Comme quand tu vois une idole. »

Plusieurs années plus tard, Fournier s’est lié d’amitié avec celui qui est devenu le plus grand skieur canadien de l’histoire. Quand il repasse par Mont-Tremblant durant l’entre-saison, il s’entraîne dans le gym privé aménagé dans une ancienne grange sur la terre familiale des Guay.

Le mois dernier, Erik et sa femme Karen ont assisté à un souper de financement organisé par Fournier et sa famille dans un restaurant de la Petite Italie. Ils pensaient accueillir une quarantaine de parents et amis. La présence du célèbre skieur a permis d’attirer plus de 150 invités, une affluence qui surprend encore le bénéficiaire, reconnaissant également du soutien offert par les dirigeants de Ski Québec Alpin.

À 22 ans – l’âge qu’avait Guay quand il a terminé deuxième à la descente de Lake Louise en novembre 2003 –, Fournier tente de faire sa place sur le circuit de la Coupe du monde. Dimanche, il s’élancera pour le slalom de Levi, en Finlande, son quatrième départ à vie dans le Cirque blanc. Ses attentes sont mesurées : une première participation à la deuxième manche, réservée aux 30 premiers, serait déjà une réussite pour le skieur originaire de Gatineau.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @SIM_FOURNIER

Simon Fournier est aujourd’hui le seul Québécois dans l’équipe masculine canadienne de ski alpin.

Avec la retraite de Guay, il y a un an, Fournier est désormais le seul Québécois dans l’équipe masculine canadienne. Ce constat le désole un peu.

« Le bassin d’athlètes est exceptionnel au Québec », affirmait-il, fin octobre, en marge d’une soirée de financement des trois fédérations québécoises de sport de glisse. « On a de très bons coachs, un très bon système. C’est juste plate qu’on n’ait pas percé dans les dernières années. Si on était la Suisse ou l’Autriche, avec des fonds exceptionnels, d’autres gars auraient eu leur chance. »

L’absence d’une véritable équipe de développement au Canada a complexifié le saut des rangs provinciaux. Fournier attribue lui-même sa présence à un heureux « concours de circonstances ». Il y a quelques années, son âge lui avait permis d’éviter une coupe drastique qui avait condamné des collègues québécois un peu plus vieux.

Il espère que son parcours pourra inspirer la prochaine génération, un peu à l’image de l’influence que Guay a exercée sur lui. L’arrivée de l’ex-champion mondial au conseil d’administration de Canada Alpin est une véritable bénédiction à ses yeux.

« Je suis excessivement positif d’y voir un francophone, qui vient du Québec. Ses idées sont peut-être différentes de [celles dans] l’Ouest canadien. Il a eu sa propre expérience avec Canada Alpin. Du très positif et du très négatif. Il a vu les deux côtés de la médaille. »

Il [Erik Guay] va essayer de se battre pour nous et d’installer une certaine stabilité financière avec l’équipe canadienne.

Simon Fournier

Guay a toutefois prévenu Fournier et ses coéquipiers le mois dernier à Sölden : les véritables changements budgétaires ne surviendront pas avant la saison prochaine.

Pour l’heure, les skieurs canadiens se débrouillent avec les moyens du bord. Le groupe technique masculin a perdu un entraîneur. L’un des deux techniciens devait être retranché, mais Fournier et ses coéquipiers Erik Read et Trevor Philp se sont cotisés pour le conserver. Une affaire de 90 000 $ impossible à financer sans ce souper-bénéfice dans la Petite Italie. À cela s’ajoutent des frais d’équipe considérables.

Des pistes de ski... aux bancs d’école

Dans ce contexte, le slalomeur québécois n’est pas resté les bras croisés l’hiver dernier. Conscient d’évoluer dans un sport un peu « coupe-gorge », sans contrat garanti comme au hockey professionnel, il s’est inscrit en finances à l’Université de Denver. L’établissement lui offrait une bourse d’études complète pour le représenter dans le circuit NCAA. Il suivait ainsi les traces de Read et Philp, deux diplômés de l’endroit.

Fournier reconnaît avoir piaffé d’impatience et vécu de la « frustration » pendant sa première session en janvier. Alors que son ski se portait mieux que jamais, il n’a pu s’aligner comme prévu au triptyque Wengen-Kitzbühel-Schladming, qui compose le cœur de la saison de slalom.

Ce « compromis » permettait cependant à l’ancien du Collège de Montréal de se replonger dans les livres après quatre ans loin des bancs d’école. Il pouvait également se libérer en février pour une première participation aux Mondiaux d’Åre.

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Aux Mondiaux d’Åre, en Suède, en février dernier

En Suède, il a véritablement débloqué, terminant 30e en géant alors qu’il n’y allait en théorie que pour découvrir la piste. Deux jours plus tard, il a pris le 24e rang du slalom, de loin son meilleur résultat à ce niveau de compétition.

À son retour en Amérique, il a gagné trois courses sur le circuit de la NCAA. Aux championnats nationaux dans le Vermont, il a fini deuxième en géant. Parallèlement, il a sécurisé sa première place au classement Nor-Am en slalom, ce qui lui garantit un dossard pour toutes les épreuves de cette discipline pendant la prochaine saison de Coupe du monde.

Avec le recul, Fournier se félicite d’avoir suivi le conseil de ses coéquipiers. « J’ai été très influencé par Erik et Trevor. Je les trouvais choyés, à 27, 28 ans, d’avoir un diplôme et un plan B d’assuré. Ils voyaient que ça m’aiderait peut-être à me concentrer sur autre chose que la compétition. Ça m’a vraiment aidé à courir au début de la saison. De retourner au plaisir de skier. Je fais ça pour le fun. Je fais ça parce que j’aime ça. Les résultats sont venus avec. »

Le système américain n’est pas une panacée, mais Fournier pense qu’il peut convenir à certains athlètes comme lui, qui rêvent toujours de Coupe du monde et d’un horizon professionnel mieux défini.

St-Germain s’élance aussi

PHOTO CHRISTIAN HARTMANN, ARCHIVES REUTERS

Laurence St-Germain

Passée elle aussi par la NCAA (Université du Vermont), Laurence St-Germain lancera sa saison à Levi, dans le nord de la Finlande, samedi (première manche à 4 h 15, heure de Montréal), après une préparation fructueuse en Suède. Sixième aux derniers Championnats du monde, la slalomeuse de Saint-Ferréol-les-Neiges vise une place parmi les 10 premières à la fin de l’hiver. « Je me sens excitée et nerveuse à la fois, nous a-t-elle écrit jeudi. Excitée de courir, mais aussi un peu nerveuse de voir où je me situe comparativement aux autres filles. Un stress assez normal de début de saison. En même temps, la saison est longue alors je ne veux pas me mettre trop de pression. Peu importe ce qui arrive samedi, ça ne dictera pas ma saison. »