Après les disqualifications de Charles Hamelin et de Steven Dubois, Kim Boutin a encore volé la vedette en conclusion de la Coupe du monde de patinage de vitesse de Montréal, gagnant une deuxième médaille d’or, au 500 m, et menant les siennes au bronze en relais.

SIMON DROUIN SIMON DROUIN
La Presse

Un morceau de bois est jeté sur un lac gelé. Il vibre et rebondit au gré des aspérités. Un coussin est lancé sur la même surface. Il absorbe tout et poursuit sa route sans osciller.

L’image est de Fabien Abejean, préparateur mental de l’équipe canadienne de patinage de vitesse courte piste. Avec le concours des entraîneurs, il s’en sert depuis quelques mois pour aider les athlètes à se détendre sur la patinoire. Même quand la glace devient capricieuse ou qu’un changement brusque survient dans le déroulement d’une course.

Kim Boutin était la patineuse type qui se raidissait devant un imprévu. Comme en finale du 500 m aux Jeux olympiques de PyeongChang, malgré sa médaille de bronze.

Petit à petit, la native de Sherbrooke s’est transformée et a appris à se relâcher. En atteste son record mondial d’il y a une semaine sur 500 m, une distance où la vitesse élevée l’effraie encore un peu.

Dimanche, en demi-finale de la même épreuve à la Coupe du monde de Montréal, la favorite locale a glissé dans un virage, ce qui lui a fait perdre la première place au profit de la Polonaise Natalia Maliszewska. Boutin n’a pas paniqué et réussi à se recoller à la championne d’Europe. Elle a terminé deuxième d’une course pour la première fois de la saison. Mais elle a accompli l’essentiel en atteignant la finale.

Au départ de cette ronde ultime, elle a pensé à la petite tortue gravée sur la courroie de son patin. Un rappel de rester calme et « de prendre de la hauteur sur la situation ». 

Mais attention, sur l’autre courroie se trouve le surnom que lui a donné son entraîneur Frédéric Blackburn : « Gonzy », clin d’œil à Speedy Gonzales, la souris la plus rapide.

Après un faux départ témoignant de sa volonté de décoller, Boutin a bondi au coup suivant pour prendre la tête au détriment de la même Maliszewska, qui bénéficiait du couloir intérieur. L’Italienne Martina Valcepina, du couloir trois, a pris le sillage de la meneuse, tandis que la Québécoise Alyson Charles s’est installée derrière la Polonaise au quatrième rang.

« Les filles vont se rapprocher de plus en plus de moi, a expliqué Boutin. Elles sont capables de suivre une vitesse quand même assez rapide. Je me suis donc dit que j’allais être un peu plus stratégique [en finale]. En étant plus stratégique, j’étais plus calme. Donc plus rapide… »

La triple médaillée olympique a respecté le plan à la lettre, ne laissant aucune chance à Valcepina, gagnante du premier 500 m de la saison, et à Maliszewska de tenter la moindre manœuvre de dépassement.

Boutin a quand même franchi les quatre tours et demi en 42,568 secondes, améliorant son propre record de piste établi vendredi à l’aréna Maurice-Richard. Valcepina (argent), Maliszewska (bronze) et Charles ont suivi dans l’ordre, passant toutes sous les 43 secondes.

Bilan des opérations : Boutin a enlevé une quatrième médaille d’or en quatre départs individuels depuis le début de la saison de Coupe du monde.

« Non, non, non, je ne croyais pas ça possible ! s’est-elle exclamée. J’ai travaillé très fort cet été. Si on regarde ma course du 500 m aux Jeux, ce n’est vraiment pas la même athlète sur la glace. Je suis vraiment plus solide, je patine mes virages, contrairement à ce que je faisais avant. C’est une belle amélioration et du travail qu’on a fait avec mon entraîneur. »

Blackburn a souligné à quel point la première victoire de sa protégée sur 1500 m à Salt Lake City avait gonflé à bloc ses jeunes coéquipières. Alyson Charles en a pleuré ; Courtney Sarault s’est mise à y croire. La Néo-Brunswickoise de 19 ans a gagné l’argent au 1000 m dimanche. Elle menait l’épreuve jusqu’à ce que la Chinoise Han Yu Tong ne la déborde à l’extérieur dans le dernier tour.

« J’adore voir Kim, c’est tellement motivant pour moi, a affirmé Sarault. Simplement de pouvoir patiner et m’entraîner chaque jour avec elle, comment elle fait les choses, seulement être son amie, c’est super spécial. Quand elle gagne, je suis tellement heureuse pour elle. Elle travaille si fort. Je suis vraiment fière d’elle. »

Danaé Blais (12e au 1000 m) et Claudia Gagnon (17e) n’ont également jamais craint de tenter des dépassements durant toute la compétition.

Au relais, les Canadiennes ont bataillé ferme pendant la finale, terminant en troisième place derrière la Chine et la Russie, comme en Utah une semaine plus tôt.

Signe de l’univers des possibles ouvert par Boutin, aucune des médaillées de bronze n’en semblait totalement satisfaite.

En bref

Hamelin disqualifié…

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Charles Hamelin 

Autre journée, nouvelle frustration pour Charles Hamelin, disqualifié dès les quarts de finale du 1000 m. Il a été puni pour un blocage par le bras sur le Coréen Kim Dong-wook, peu avant l’arrivée. Le patineur de 35 ans n’en revenait pas. « Je ne pense pas que c’est une bonne décision, a-t-il tranché. L’arbitre a mal vu ça. C’était vraiment une responsabilité partagée. Mon bras était là, mais son bras était sur mes hanches aussi. Dans ce cas-là, c’est censé être une responsabilité partagée. C’est la faute des deux, on laisse donc aller. » Victime d’une chute la veille sur 1500 m, Hamelin, dont la préparation estivale a été perturbée par une sérieuse entorse à une cheville, traçait néanmoins un bilan positif de l’étape montréalaise. « Il faut juste que la chance tourne un peu de mon côté. J’ai hâte de retourner sur la piste pour faire des courses contre le monde, pour leur montrer c’est quoi, mon vrai rang. »

… Dubois aussi

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Steven Dubois 

À l’instar d’Hamelin, Steven Dubois ne comprenait pas la décision de l’arbitre qui l’a pénalisé en demi-finale au 500 m. Troisième sur la ligne de départ, il a néanmoins admis avoir pris un pari osé en se faufilant à l’intérieur devant le Russe Pavel Sitnikov, futur médaillé de bronze, dès le demi-tour suivant. « En y allant, je savais qu’il y avait un risque de me faire disqualifier, a confié le médaillé d’argent de la veille au 1000 m. C’est correct, ça arrive. Je pensais que j’avais une bonne chance de passer au premier tour avec le Russe. J’ai eu une couple de mauvais premiers pas, j’ai essayé d’y aller quand même, j’aurais dû être plus patient et attendre vers la fin de la course. Je pense qu’il y aurait eu des opportunités, mais ce sont des choses qui arrivent. » Cédrik Blais a pour sa part fini deuxième de la finale B, pour le huitième rang au total.

Du grand spectacle

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Liu Shaolin Sandor

En dépit de l’absence de patineurs locaux, les finales masculines ont offert un spectacle à tout casser. Au 500 m, le Hongrois Liu Shaolin Sandor a réalisé un dépassement d’anthologie pour surprendre le Sud-Coréen Hwang Dae-heon, invaincu jusque-là cette saison en Coupe du monde. Au 1000 m, le Russe Semen Elistratov a réussi une manœuvre intérieure audacieuse sans jamais décoller les lames de la glace pour devancer un trio de Sud-Coréens. Pour couronner le tout, la Hongrie de Liu et la Corée de Hwang ont terminé à égalité (au millième près !) en finale du relais 5000 m, se partageant la médaille d’or.

Dur week-end pour Schulting

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Suzanne Schulting

Pénalité au 1000 m et chute au relais samedi, nouvelle chute dimanche en quart de finale du 500 m : Suzanne Schulting n’aura décidément pas connu un bon week-end de compétition à Montréal. La championne mondiale néerlandaise ne se sera finalement jamais mesurée à Kim Boutin, qu’elle a côtoyée l’été dernier à l’entraînement aux Pays-Bas. En sortant de la glace après être tombée en fin de journée samedi, Schulting s’est fait bloquer le passage par une collègue qui tournait une capsule pour les réseaux sociaux. La dame au caractère explosif n’était pas contente. Quand ça va mal…