Des « aventuriers » qui grimpent le mont Blanc avec une machine à ramer, une baignoire à remous gonflable ou encore avec leur chien… Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, en Haute-Savoie, en a ras le bol et exhorte le président Emmanuel Macron à intervenir. La Presse lui a parlé.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Vous demandez au président Macron de mieux protéger le mont Blanc des gens qui veulent y faire des coups d’éclat. De quoi s’agit-il exactement ?

Ça fait depuis 2003 que je tire le signal d’alarme sur ce qui se passe sur le mont Blanc. Chaque année, ça augmente. En fin de semaine, nous avons un ex-militaire britannique qui a essayé de monter au sommet avec une machine à ramer. Il était trop épuisé pour redescendre sa machine, alors il l’a abandonnée à l’abri de détresse Vallot, à plus de 4000 mètres d’altitude. Il y a quelques années, il y a des gens qui ont grimpé avec un jacuzzi démontable, et qui ont pris un jacuzzi au sommet du mont Blanc. Quand je parle d’hurluberlus…

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @DISNEYRM_

Cet homme a transporté son rameur de 2,5 m et de 26 kg au sommet du mont Blanc pour y réaliser un défi…

On est vraiment dans ce domaine-là, quoi. En 2014, il y avait un Américain qui voulait tourner une émission de téléréalité avec des enfants qui étaient mis dans des conditions extrêmes. Il avait pris ses deux enfants de 7 et 9 ans, qui sont tombés dans le couloir du Goûter et qui ont failli mourir. Tout ça pour du business, pour une utilisation de la montagne qui va à l’encontre de ce que représente le mont Blanc. Il ne se passe pas des faits comme ça tous les jours. Mais ça montre bien que nous n’avons pas les règles pour empêcher ce genre d’excès.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène ?

Je pense qu’on est dans le domaine du business des records, du comment je peux me faire remarquer, comment je peux laisser une trace dans l’univers. Ce ne sont pas des actes d’alpinisme. Ce sont des façons que les gens ont trouvées de se démarquer des 30 000 autres personnes qui grimpent le mont Blanc chaque année. Les gens veulent faire parler d’eux.

Cet été, on a eu un Suisse qui a atterri en avion à deux reprises à 300 mètres du sommet. Il voulait que ce soit moins fatigant. Il y a eu un Allemand qui est monté avec son chien. La brigade blanche lui avait fait promettre de le laisser au refuge, mais il est parti dans la nuit en direction du sommet. Au retour, l’animal avait les pattes ensanglantées. Ça existe depuis des années, mais c’est clair qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on aura de plus en plus de situations rocambolesques, de situations d’excès.

Comment peut-on empêcher que ces excès soient commis ?

À l’Everest et au Kilimandjaro, on a trouvé des façons d’interdire ce genre d’attitude. Il y a des règles, et des sanctions si on ne les respecte pas. Pour le mont Blanc, je crois qu’il ne faut pas chercher à faire une liste de ce qui est interdit, car les gens pourraient toujours trouver autre chose. Ce qu’il faut faire, c’est l’inverse : établir ce qui est permis.

PHOTO HAUTESAVOIE.FR

Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains

C’est un peu ce que je demande dans ma lettre ouverte au président Macron, c’est de dire à quoi on veut consacrer le mont Blanc. On pourrait déterminer qu’au-dessus de 3000 ou 3500 mètres d’altitude, il n’y aura que la pratique de l’alpinisme qui sera autorisée. Toutes les autres pratiques seront interdites, et il y aura des sanctions claires. Je pense que si on fait ça, on aura réglé le problème. Ce que je dis au président Macron, c’est que c’est important d’aider l’Amazonie, mais il faut aussi qu’on balaye devant notre porte. Ce petit bout de France qu’est le mont Blanc, c’est notre responsabilité à nous.

Qu’allez-vous faire avec la machine à ramer qui a été laissée en altitude ?

Nous allons la redescendre en hélicoptère. Ça va coûter 1800 euros (2633 $CAN) plus taxes. Tout ça parce qu’un ex-militaire britannique se croyait invincible, mais il n’a même pas eu la force de la redescendre. Les gendarmes ont essayé de le dissuader de monter avec ça, ils lui ont dit qu’il allait se tuer et qu’on préviendrait sa famille qu’il est mort. On a usé de tous les arguments. Mais ces gens-là savent qu’il n’y a pas de texte qui interdit de monter avec un rameur, alors ils font comme ils veulent.

Ensuite, quand ça va mal ou que c’est trop difficile, ce n’est plus leur problème. C’est la mentalité « je laisse mes ordures ». Il y en a qui laissent leurs poubelles parce qu’ils n’ont plus la force de les redescendre. Des gens laissent du plastique, des excréments… C’est ça, la réalité du mont Blanc, et il faut que ça change.

Le chiffre : 100
Nombre moyen de randonneurs et d’alpinistes qui meurent chaque année dans le massif du Mont-Blanc, souvent en raison de chutes, ou encore de chutes de pierres, rendues plus fréquentes avec le réchauffement climatique.