L'escalade connaît un boom depuis quelques années qui sera amplifié quand elle fera son entrée aux Jeux olympiques de Tokyo l'an prochain.

Publié le 28 avr. 2019
PASCAL MILANO LA PRESSE

Lorsque Sébastien Lazure a commencé l'escalade, en 2002, les centres intérieurs se comptaient sur les doigts d'une main à Montréal. L'an prochain, la discipline franchira une étape importante avec son entrée dans la famille olympique lors des Jeux de Tokyo.

« Depuis quelques années, ça a vraiment explosé. Les gyms poussent un peu partout. Dans la région de Montréal, on est passé de quatre à plus d'une douzaine en quelques années et on voit qu'il y a beaucoup d'achalandage. Avant, quand tu disais à quelqu'un que tu faisais de l'escalade, personne ne savait vraiment ce que c'était. Maintenant, c'est un peu la mode, surtout à Montréal avec les gyms de blocs », souligne celui qui est dans le giron de l'équipe nationale d'escalade depuis 2008.

À Tokyo, chaque grimpeur devra participer à une épreuve combinée qui comprend la vitesse, les blocs et la voie. Dans la première épreuve, sous la forme de duels, les athlètes grimpent un mur de 15 m de haut - à un angle de 95 degrés - en l'espace de 5 à 6 secondes. Lors de la deuxième discipline, les concurrents escaladent autant de parcours fixes que possible sur un mur de 4 m dans un délai de 4 minutes. Finalement, la voie - ou escalade de difficulté - est une compétition de hauteur dans laquelle les concurrents, assurés par une corde, grimpent un parcours de plus de 15 m. Le podium est déterminé par la combinaison des trois résultats.

« Ça pourrait être un objectif de me qualifier, mais je suis davantage spécialisé en blocs, prévient Lazure. Si je veux me qualifier, il faudrait que je travaille un peu plus en voie et en vitesse. »

L'homme de 28 ans nous a donné rendez-vous au Bloc Shop Chabanel où il vient s'entraîner quatre ou cinq fois par semaine. Dit autrement, cela représente une quinzaine d'heures, même si ce chiffre fluctue selon le calendrier. Autour de nous, l'endroit est grouillant. Expérimentés ou novices, jeunes ou moins jeunes, tous tentent de grimper des murs aux difficultés variables.

« C'est vraiment un sport complet. Oui, il faut de la force et de la flexibilité, mais aussi du mental, surtout lors des compétitions. »

- Sébastien Lazure

« Pour grimper et réussir des parcours, il faut aussi faire preuve d'une grande concentration, poursuit Lazure. Et pour la voie, c'est aussi nécessaire d'avoir de l'endurance. Mais ce qui est le fun, c'est qu'il y a plusieurs facettes. Tu ne peux jamais vraiment te tanner. Après les longs hivers, tu peux aller sur le rocher à l'extérieur. »

Depuis ses premières montées, en 2002, lui, en tout cas, ne s'est jamais tanné de grimper. À l'époque, c'est sa mère qui, après avoir vu une annonce, lui a proposé d'essayer l'escalade. « J'ai toujours aimé les défis et, à la base, c'est ça, l'escalade. Il faut toujours repousser ses limites et chaque parcours t'offre un nouveau défi. Ce n'est jamais la même chose. »

Six ans plus tard, il a intégré l'équipe canadienne et entrepris une vie guidée par l'escalade. Il choisit souvent ses vacances en fonction des défis extérieurs qu'il pourrait affronter. Il parcourt également le continent nord-américain et le monde au gré des compétitions. Il en a disputé plus de 200 jusqu'ici, récoltant plusieurs victoires et podiums lors des championnats canadiens. En 2017, il a aussi pris le 13e rang d'une étape de Coupe du monde de bloc à Vail. L'an dernier, c'est à la 65e place - sur 150 - qu'il a terminé les Championnats du monde à Innsbruck.

« C'est très motivant de voir l'élite mondiale et de te situer par rapport à ça. Quand on revient de ces compétitions, on se dit toujours qu'il faut travailler plus fort », raconte-t-il avant d'aborder l'évolution du sport.

« C'est de mieux en mieux organisé avec la perspective des Jeux olympiques. À Innsbruck, c'est la première fois que le voyage a été payé par la Fédération, alors que je déboursais tout de ma poche auparavant. En ce qui concerne l'entraînement, on pouvait être chacun de notre côté, mais de plus en plus, la Fédération veut faire des camps d'entraînement pour que tout le monde soit au même endroit. »

Il a d'ailleurs participé à un camp de sélection au début du mois d'avril après un hiver particulièrement difficile. Une tendinite à deux doigts (« J'ai l'impression que c'est de la fatigue et du surentraînement ») l'a empêché de grimper autant qu'il l'aurait souhaité et de participer à plusieurs compétitions.

Un jeune entrepreneur

Lazure ne vit évidemment pas de l'escalade. Il travaille à temps plein dans un cabinet d'architectes où il dessine des plans de construction pour des tours de condos. Il y a cinq ans, il a aussi lancé Plastick, une entreprise de prises d'escalade.

« J'ai toujours été intrigué par le procédé de création d'une prise. Je crée les formes que je veux et je laisse place à mon imagination. J'ai toujours aimé travailler de mes mains. Avec du foam, je fais de la sculpture pour lui donner la forme. Ensuite, je fais un moule en silicone dans lequel je coule du polyuréthane et ajoute du colorant, détaille-t-il. Mon but est d'offrir de nouvelles formes pour agrandir l'éventail de possibilités aux ouvreurs. »

Grimpeur, créateur, mais surtout véritable passionné, Lazure n'est pas près d'arrêter la grimpe. « Peu importe ton âge, tu es toujours en compétition contre toi-même. Que tu sois un enfant ou une personne âgée, c'est toi contre le parcours. »

Un autre boom ?

Le directeur technique de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade, Eric Lachance, confirme la hausse de popularité de la discipline dans les dernières années. « Ça fait 15 ans que je fais de l'escalade. Dans les premières années, un gym était très achalandé quand il y avait 100 personnes par jour. Aujourd'hui, si tu es en dessous de 300 ou 400, ce n'est pas très achalandé », précise-t-il.

Il fait toutefois la distinction entre le volet sportif, dans lequel Sébastien Lazure gravite, et le volet loisir. « L'arrivée de nouveaux centres d'escalade a fait en sorte qu'il y ait un boom, entre guillemets, de la popularité. »

« Quand on va passer les Jeux olympiques de 2020, c'est là, je crois, qu'on va connaître un gros essor pour ce qui est de la compétition. Ça va changer les données. »

- Eric Lachance, directeur technique de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade

L'escalade sportive fera ses débuts olympiques, à Tokyo, avec le statut de « sport invité ». Le Comité international olympique (CIO) a cependant mis certaines limites en n'accordant que 40 places et seulement 2 podiums - un chez les hommes et un chez les femmes. Résultat, la Fédération internationale d'escalade (IFSC) a proposé une épreuve combinée avec, dans l'ordre, la vitesse, le bloc et la voie. Les résultats seront obtenus en multipliant les classements de chaque épreuve. Les six grimpeurs avec le plus petit total de points participeront à la finale.

« Ça va permettre de clarifier ce qu'est l'escalade et de faire connaître les différentes disciplines. Certaines personnes vont voir que de mettre son énergie là-dedans peut mener à quelque chose. Un rêve olympique, ça allume pas mal les jeunes dans certains cas », souligne Lachance, tout en espérant que certaines écoles intégreront l'escalade comme sport à part entière. « Par contre, on n'aura peut-être qu'un athlète masculin et qu'une athlète féminine aux Jeux. Ce n'est pas évident de se dire que l'on va être l'un des deux. »

Le format choisi n'a pas forcément fait l'unanimité puisque les grimpeurs, à l'instar de Lazure, ne sont souvent spécialisés que dans une seule discipline. « C'est un peu comme si on demandait à Usain Bolt de courir un marathon puis le 110 m haies, illustre la double championne Shauna Coxsey sur le site du comité olympique. Les gens disent que les bloqueurs sont mieux placés pour passer d'une discipline à l'autre. Beaucoup de bloqueurs de ma génération ont commencé par pratiquer l'escalade de difficulté. Les bloqueurs devraient avoir plus de facilité à passer à la vitesse parce qu'ils utilisent davantage la puissance. »

Sean McColl et Alannah Yip sont les athlètes canadiens les mieux placés en vue des Jeux de Tokyo. Les qualifications débuteront au mois d'août 2019, dans le cadre des Championnats du monde.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Sébastien Lazure.