La quadruple médaillée olympique Penny Oleksiak s’est qualifiée pour les Championnats du monde de natation de Gwangju, mais pas à son épreuve fétiche, le 100 m papillon. De quoi s’inquiéter?

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Cette scène a marqué les Jeux olympiques de Rio: Penny Oleksiak, tête baissée, qui file vers la médaille d’or du 100 m libre, sans prendre une respiration, dans une sorte de transe hypoxique.

«Garder la tête baissée sur l’entraînement»: voilà exactement comment la quadruple médaillée olympique anticipe les prochains mois. Au sens figuré, cette fois.

Après deux saisons où elle a dû composer avec son nouveau statut de célébrité instantanée, Oleksiak veut se recentrer sur l’essentiel en vue des Championnats du monde de Gwangju, l’été prochain.

«Je dois être plus constante à l’entraînement et m’entraîner encore plus fort que je ne le fais en ce moment», a analysé Oleksiak au sortir des essais canadiens pour les Mondiaux, la semaine dernière, à Toronto.

«Cette année, ç’a été très difficile d’être super constante à l’entraînement. J’imagine que ça a paru dans mes courses.»

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES PC

Penny Oleksiak

La jeune femme de 18 ans pensait surtout au 100 m papillon, son épreuve de prédilection, où elle a terminé troisième. La vice-championne de Rio ne le nagera donc pas en Corée du Sud, un «choc» qui a duré… «cinq minutes».

Le lendemain, elle a remporté le 200 m libre, rattrapant in extremis la détentrice du record national, Taylor Ruck, l’autre jeune vedette de la natation canadienne qui l’avait battue deux jours plus tôt au 100 m.

Pour le directeur de la haute performance, John Atkinson, Oleksiak a démontré sa vraie nature. «Sa résilience, sa capacité à se ressaisir, à se reconcentrer et à gagner le 200 m libre étaient un effort sensationnel, qui démontrait la faculté de Penny de se surpasser quand ça compte vraiment», a-t-il observé.

Gestion des attentes

À Rio en 2016, l’entraîneur Ben Titley avait expliqué que la gestion des attentes et des distractions composerait dorénavant «50%» de son travail avec son jeune prodige. Il ne s’était pas trompé.

Dans la foulée des Jeux, Oleksiak a pris part aux Mondiaux en petit bassin de Windsor, en Ontario, avant ceux en grand bassin de Budapest, l’été suivant. Elle y avait très bien nagé sans répéter ses exploits olympiques (4e au 100 m papillon, 6e au 100 m).

L’automne suivant, elle a choisi de quitter Titley pour renouer avec Bill O’Toole au Toronto Swim Club. Ce changement a fait sourciller les observateurs, mais l’idée était de prendre un peu d’air. «C’était juste une année pour relaxer et faire ce que je voulais», a résumé celle qui n’a toujours pas fini son secondaire.

Natation Canada l’a soutenue dans cette période de transition. «Elle avait besoin d’un changement, a indiqué Atkinson. Elle a vécu des choses uniques auxquelles peu de jeunes hommes ou de jeunes femmes font face. Gagner les Jeux olympiques, c’est très excitant et ça ouvre un nouveau monde. En même temps, ça vient avec un coût: la pression.»

PHOTO CHRISTOPHER KATSAROV, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Penny Oleksiak signe des autographes lors d’un événement de charité à Toronto.

Aux Jeux du Commonwealth, en avril 2018, Oleksiak a relativement bien fait (4e au 100 m et au 100 m papillon), mais s’est retrouvée dans l’ombre de Ruck et de ses huit médailles, un record.

À son retour, elle est partie s’entraîner trois mois en Floride sous la supervision de Gregg Troy, un ancien coach de l’équipe olympique américaine qui sortait d’un règne de deux décennies à l’Université de la Floride. La Torontoise y a côtoyé Ryan Lochte, qui vise toujours les Jeux de Tokyo malgré sa suspension pour une perfusion intraveineuse de vitamines, et Caeleb Dressel, nouveau roi du sprint.

«J’ai vu leurs habitudes de travail, comment ils s’entraînent fort chaque séance. En même temps, ils ne se prennent pas trop au sérieux hors de la piscine. Ils vivent leur vie, ils ont du plaisir et font ce qu’ils veulent, mais dans l’eau, ils sont super investis.»

Se concentrer sur la natation

À son retour de la Floride, elle a prévenu la direction de la fédération qu’elle ne se rendrait pas à Tokyo pour les Championnats panpacifiques, principal rendez-vous de l’été dernier. «À mon point de vue, il n’y a jamais de mauvaise décision dans ce genre de situation, a dit Atkinson. Dans une perspective à long terme, cette pause était la bonne chose à faire.»

L’automne dernier, Oleksiak a repris la route de Scarborough et de son centre de haute performance dirigé par Titley. Quelques événements « inattendus » ont altéré sa routine menant aux essais canadiens.

La quadruple médaillée olympique a d’abord subi une commotion cérébrale pendant un exercice avec un ballon médicinal, ce qui lui a fait rater deux semaines d’entraînement en février. «Il m’est arrivé exactement la même chose il y a deux ans! J’ai reçu le ballon sur la tête, qui a ensuite frappé un carreau.» Plus récemment, elle a dû composer avec la mort d’un ami.

Malgré tout, «elle est en avance sur ce qu’elle a réussi dans le passé à des essais en avril, a évalué Atkinson. Bien sûr, elle a beaucoup à faire d’ici aux Mondiaux, ce qui est le cas de tous les athlètes.»

Oleksiak en est bien consciente. Les deux dernières années et demie lui ont cependant permis de se recentrer sur l’essentiel.

«Ça m’a pris un petit bout pour voir où j’en étais et me concentrer sur ce que je voulais faire avec ma vie et ma carrière. J’ai décidé que c’était de la natation. Juste faire ce que j’adore.»

Un groupe relevé

Penny Oleksiak est loin d’être seule à porter les espoirs de la natation canadienne. Taylor Ruck, Kylie Masse, Sydney Pickrem et Kierra Smith figurent toutes parmi les meilleures du monde. Il y en a d’autres. «C’est effectivement réconfortant de savoir qu’il y a un grand groupe de nageuses reconnues et très bien classées sur la scène internationale, a indiqué la quadruple médaillée de Rio. Je fais des relais avec ces filles-là et c’est bien de savoir qu’elles sont là pour moi. Elles sont constantes et on sait toutes ce que les autres vont faire.» L’avenir s’annonce aussi prometteur: l’Ontarienne Summer McIntosh, 12 ans, a fini cinquième du 200 m papillon aux derniers essais…