Il y a quelques semaines, une maman ourse et ses deux petits sont devenus tellement effrontés que les autorités du New Hampshire ont dû fermer une série d’emplacements de camping le long d’une route isolée.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

La petite famille avait réussi à obtenir de la nourriture et avait donc associé les campeurs à un buffet gratuit.

Toutefois, les sentiers de randonnée du secteur demeurent ouverts. Qui sait, maman ourse et ses oursons prendront peut-être les randonneurs pour cibles.

Dans ces conditions, il serait peut-être tentant de s’équiper avec le nec plus ultra de la lutte anti-ours : baril anti-ours, vaporisateur chasse-ours, tube lanceur de cartouches anti-ours.

Le baril anti-ours, dans lequel on peut placer sa nourriture pour la garder à l’abri des importuns à quatre pattes, est effectivement un bon système de défense. En fait, la petite famille d’ours n’aurait probablement pas pris l’habitude de fréquenter les lieux de camping si tous les campeurs avaient protégé leur nourriture.

Le cas du vaporisateur chasse-ours (ou bear spray, dans la langue de John Muir) et du lanceur de cartouches anti-ours (bear bangers) est un peu plus complexe : peut-on allègrement traverser les frontières avec un arsenal anti-ours dans son sac à dos ?

« On ne peut pas entrer aux États-Unis avec des cartouches anti-ours », déclare Kristoffer Grogan, du Service des douanes et de la protection des frontières au département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

De toute façon, le randonneur ne pourrait pas revenir au Canada avec son lanceur (un tube de la taille d’un stylo) et ses cartouches (de petits explosifs qui font du bruit ou qui émettent une forte lueur).

En ce qui concerne les bear bangers, ou explosifs à ours, ce sont des marchandises explosives qui sont prohibées à la frontière, fait savoir Jacqueline Roby, conseillère en communication à l’Agence des services frontaliers du Canada.

Vaporisateur chasse-ours

La situation est différente pour le vaporisateur chasse-ours : on peut l’apporter si on veut affronter les sentiers américains.

« Le vaporisateur chasse-ours contient le même ingrédient actif que le poivre de Cayenne d’autodéfense, mais à une concentration beaucoup plus réduite d’oléorésine de capsicum (OC), note Kristoffer Grogan. Il n’y a pas de restrictions pour traverser les frontières avec du vaporisateur anti-ours. »

Les seules limites au transport de poivre de Cayenne sont liées à la concentration d’OC et ne touchent que certains États.

Kristoffer Grogan, du Service des douanes et de la protection des frontières au département de la Sécurité intérieure des États-Unis

En pratique, ces limites ne touchent pas le vaporisateur anti-ours parce que, généralement, la concentration en OC tourne autour de 1 % pour ce produit. Le Wisconsin limite l’importation de vaporisateurs contenant plus de 10 % d’OC, alors qu’on parle de 18 % pour le Michigan. Il n’y a pas de restriction de ce type pour l’État de New York, le Vermont, le New Hampshire et le Maine.

La situation générale est semblable pour le Canada : on ne peut pas importer le type de vaporisateur de poivre de Cayenne qui vise à neutraliser quelqu’un. Ce vaporisateur est considéré comme une arme prohibée, indique Jacqueline Roby. Comme le vaporisateur chasse-ours a une moins grande concentration d’OC, il ne s’agit pas d’une arme prohibée.

« Le répulsif à ours qui se vend dans les magasins de chasse et de plein air doit porter une étiquette originale très claire du fabricant d’oindiquant que c’est du répulsif à ours, fait savoir Mme Roby. Mais il faut que le voyageur le déclare à la frontière afin que les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada puissent en juger. »

En passant, si le vaporisateur chasse-ours est accepté dans les parcs canadiens (il est même recommandé dans plusieurs parcs de l’ouest du pays), les cartouches anti-ours ne passent pas.

Il faut également se rappeler qu’il est impossible de transporter du vaporisateur chasse-ours et des cartouches anti-ours à bord des avions, que ce soit en bagage de cabine ou en bagage enregistré. Cela peut jouer à l’avantage du randonneur. En effet, les gens qui reviennent d’une longue randonnée dans l’arrière-pays et qui n’ont pas eu besoin de déclencher leur vaporisateur vont souvent laisser celui-ci dans leur auberge de jeunesse ou leur bed and breakfast. Les randonneurs qui suivent peuvent ainsi bénéficier d’un beau vaporisateur totalement gratuit (pourvu qu’on ne passe pas la date de péremption).

Dans des communautés nordiques, comme Whitehorse, des boutiques de plein air vont parfois accepter les vaporisateurs chasse-ours et les cartouches de carburant entamés pour les remettre aux troupes scoutes locales. C’est une pratique qu’on pourrait généraliser.

Le chiffre de la semaine

6 jours, 23 heures, 45 minutes C’est le record établi au début du mois par les Américains Michael Jock et Lukas Wear pour gravir les 46 sommets de plus de 4000 pieds en pleine autonomie.