À la mi-course de la finale nationale du 100 m, Aaron Brown se dirigeait vers une victoire facile. Puis Andre De Grasse s’est mis en mode turbo. Non. Extra-turbo. Comme s’il avait enfilé des bottes de sept lieues.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Les deux sprinteurs ont franchi la ligne d’arrivée en même temps. Littéralement. Personne, parmi les 3000 spectateurs du complexe sportif Claude-Robillard, ne pouvait affirmer avec certitude qui l’avait emporté. Brown et De Grasse se sont dirigés vers le tableau géant pour attendre les résultats.

Rien.

Même pas un chrono.

Les minutes passaient. J’en ai compté quatre. C’était peut-être cinq. Mais dans la tête des deux coureurs, ça paraissait une éternité. Andre De Grasse faisait les cent pas sur la piste. Il s’est arrêté un court instant. C’est le moment où le résultat est sorti.

Aaron Brown : 10,021 secondes.

Andre De Grasse : 10,024 secondes.

Un écart de trois millièmes de seconde. Ça représente quoi, trois millièmes de seconde ? Je n’ai rien trouvé d’aussi court. Pour vous donner une idée, c’est dix fois plus court qu’un battement de paupière.

Aaron Brown a donc conservé son titre de champion canadien par trois fois rien. Lorsqu’il a appris la nouvelle, il s’est mis à bondir comme une grenouille. Si fort qu’il aurait probablement pu gagner au saut en hauteur.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Aaron Brown

« Une vague d’émotion m’a traversé le corps. Je me disais juste : “Ça y est.” J’avais attendu ce moment avec impatience toute la saison. Défendre ce titre, ça veut tout dire pour moi », a-t-il expliqué après coup.

Qu’entend-il par « ça veut tout dire » ?

« J’ai gagné [les Championnats canadiens] l’année dernière. Quand Andre est revenu [après sa blessure], je savais que je devais l’emporter. Sinon, ça aurait un peu annulé ce que j’avais fait avant. Les gens auraient affirmé que je n’avais gagné que parce qu’[Andre] était blessé. »

Brown a connu une soirée exceptionnelle. En demi-finale, il avait réalisé un chrono sous les 10 secondes, son premier de la saison. Je lui ai demandé s’il venait de vivre le meilleur moment de sa carrière.

« Je ne suis pas un gars qui respire le parfum des roses en courant. Je veux rester concentré. Je ne veux pas être complaisant. Mais je ne mentirai pas : oui, c’était un des meilleurs moments. »

Andre De Grasse, lui, s’est montré beau joueur. « Je pensais bien avoir gagné. Ça ressemblait à ça sur la reprise vidéo. Même sur la photo-témoin. Mais je pense qu’il est un peu plus grand que moi, alors il m’a dépassé », a-t-il déclaré avec le sourire.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Andre De Grasse et Aaron Brown

Évidemment, De Grasse aurait aimé reprendre son titre de champion canadien. Mais il trouvait quand même du réconfort dans le fait d’être passé lui aussi sous les 10 secondes en demi-finale.

Avant de quitter le stade, j’ai voulu savoir si Brown allait fêter ce titre en ville pendant la nuit. « Non. Il faut que je coure le 200 m [aujourd’hui]. C’est déjà bientôt ! »

Party !

Le Québec a remporté sa première médaille d’or chez les seniors, hier. L’heureux gagnant ? Stevens Dorcelus, auteur d’un saut en longueur de 7,83 m. Rencontré quelques minutes après sa victoire, l’étudiant de l’UQAM exultait. « C’est rare que j’ai de grosses compétitions à Montréal. » Sa famille, ses amis et ses coéquipiers d’entraînement s’étaient déplacés pour le voir. Combien de personnes en tout ? « Je te dirais entre 25 et 30 ! » Et contrairement à Aaron Brown, Stevens Dorcelus n’a pas d’autre épreuve au programme.

« Alors, party ce soir ?

— Oh oui, party ce soir ! »

À ne pas manquer aujourd'hui

– 800 m femmes (finale à 19 h 05) : LA course de la journée. Deux vedettes locales, Laurence Côté (record personnel hier) et Maïté Bouchard, tenteront de battre la favorite, Melissa Bishop.

– Saut à la perche femmes (finale à 18 h 30) : Alysha Newman – qui parle un excellent français – est l’une des bonnes perchistes au monde. Elle a promis de faire des backflips si elle fait mieux que 4,83 m.

– Triple saut masculin (finale à 17 h 15) : Le Québec est bien représenté avec six des neuf finalistes. Patrick Hanna, étudiant en médecine à l’Université de Montréal, devrait monter sur le podium.

Que faire des chronos ?

PHOTO MARCO BERTORELLO, AGENCE FRANCE-PRESSE

Au terme d’une 19e étape écourtée, le Colombien Egan Bernal est le nouveau meneur au classement général.

Grêle. Neige. Éboulements. L’étape d’hier au Tour de France fut un joli chaos.

Bon, c’est vrai qu’à Montréal, on est habitués à ces conditions. On roule dans les blizzards de janvier et la gadoue d’avril. Mais pas à 35 km/h pendant cinq heures. Ni avec des pneus de 25 millimètres.

La course a été arrêtée avant l’ascension finale. Ça allait de soi. Maintenant, que faire des temps accumulés pendant la journée ? Les conserver ou les effacer ? Ça, c’était moins clair.

Le contexte était dramatique. À deux étapes de la fin du Tour, le Français Julian Alaphilippe portait le maillot jaune. Mais au moment de la tempête, Egan Bernal occupait provisoirement la tête du classement général.

Les organisateurs ont choisi de conserver les temps de passage au sommet du col de l’Iseran. C’est dommage pour Alaphilippe et les Français qui espéraient voir un des leurs en jaune sur les Champs-Élysées. Mais c’était la décision à prendre. En fin de compte, à la suite de son effort surhumain hier, Bernal était le plus méritant.