Les Jeux panaméricains se tiennent à Lima, au Pérou, du 26 juillet au 11 août. Parmi les athlètes canadiens présents, des Québécois pratiquent des sports peu médiatisés et doivent souvent conjuguer le travail avec la compétition. Portraits d’athlètes aux parcours inusités. Aujourd’hui : Myriam Laplante, Catherine Léger et Vassilia Gagnon, handball Demain : Joey Savoie, golf

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

En ce lundi du mois de juillet, une quinzaine de joueuses s’activent dans un gymnase scolaire de La Prairie. Il y a notamment Myriam Laplante et Vassilia Gagnon, deux kinésiologues qui étudient en ostéopathie. Catherine Léger, qui joue et étudie en France, est retenue par son travail estival dans une pharmacie de la Rive-Sud.

L’équipe, amputée de quelques éléments, n’est pas qu’une simple bande d’amies venue répéter ses gammes au handball. Guidé par la passion, ce petit groupe compose l’équipe nationale canadienne qui participera au tournoi des Jeux panaméricains, du 24 au 30 juillet au Pérou.

On parle de passion parce qu’il en faut beaucoup pour choisir de mener, parfois depuis près d’une décennie, une carrière de handball. « On vit une réalité différente par rapport à beaucoup de sports de niveau national », reconnaît Vassilia, gardienne de but. Loin des projecteurs et sans grandes subventions, elles investissent temps et argent pour pouvoir représenter le Canada sur la scène internationale.

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« On vit une réalité différente par rapport à beaucoup de sports de niveau national », reconnaît Vassilia Gagnon, gardienne de but.

Dans la première catégorie, ces joueuses doivent jumeler leur pratique sportive avec un travail et, bien souvent, les études. Cela varie d’une joueuse à l’autre, mais le programme hebdomadaire comprend deux ou trois entraînements de handball, mais aussi des séances de musculation et de cardio.

Au chapitre des finances, c’est la débrouillardise qui prime. « On avait un camp l’été passé en France et, pour limiter les coûts, on n’a pas amené de physiothérapeute ou de thérapeute, illustre Vassilia. On est quelques filles à étudier dans le domaine, alors on se soignait et on se traitait entre nous avant les matchs. Les adversaires nous traitaient quasiment de folles. »

Pour les Jeux panaméricains, les frais de départ s’établissaient à 4300 $ par membre de la délégation. Une aide de dernière minute est venue faire baisser ce coût. « Dans les dernières semaines, on a appris que le comité organisateur allait payer les billets d’avion des athlètes, puis envoyer la somme au Comité olympique canadien. Ça devrait leur coûter 1500 $ chacune », précise l’entraîneure Nathalie Brochu.

Chaque fille a cherché du financement et fait du socio-financement. Elles ont pris la démarche au sérieux en cognant aux portes, mais sans être en mode victime. Ça fait longtemps que je leur dis de ne pas trop se casser la tête avec ça et de se concentrer sur notre objectif.

Nathalie Brochu, entraîneure

Car le parcours de l’équipe a été particulièrement réjouissant sur le terrain ces derniers mois. À l’unisson, Catherine, Vassilia et Myriam louangent leur entraîneure qui a pris les rênes de l’équipe en janvier 2017. Une coach en préparation mentale, Nadia Lefebvre – par ailleurs une ancienne joueuse –, donne également un coup de main de manière bénévole.

« Ça fait 10 ans que je suis dans le programme national et c’est la première fois qu’on a une équipe aussi soudée. La dynamique et l’esprit d’équipe, ça part aussi de l’entraîneure, estime Vassilia. Nathalie est respectée autant des joueuses que des dirigeants. »

« Quasiment un miracle »

Le Canada a obtenu sa qualification lors du tournoi de la dernière chance, en mars dernier, au Mexique. Il y a devancé le pays hôte, le Chili et le Guatemala. « Quasiment un miracle », estime Vassilia, précisant que même son entourage n’y croyait pas forcément.

« Quand on m’en parle, j’en ai encore des frissons. C’était un tournoi exceptionnel. On est toutes revenues plus fortes physiquement et mentalement, mentionne Catherine, qui vante la solidarité du groupe. On a souvent eu le statut de négligées, mais on est capables de faire de belles choses ensemble. On est une vraie équipe et pas des joueuses qui jouent juste ensemble. »

Au Pérou, elles croiseront le Brésil, Cuba et Porto Rico dans le groupe A. Conscientes de la puissance du Brésil, mais aussi de l’Argentine dans l’autre groupe, elles visent une place sur la troisième marche du podium.

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Myriam Laplante

« Si on joue comme au Mexique, on peut battre Cuba et Porto Rico. Par contre, on s’entend que le Brésil est une équipe pro avec des filles qui sont payées pour jouer en Europe. Il n’est pas réaliste de viser ce calibre, mais on vise la troisième place. On croit à ça », martèle Myriam.

Il y a quatre ans, l’équipe canadienne avait pris la dernière place de son groupe et abouti à la septième place du tournoi panaméricain. Au-delà du cadre purement sportif, les joueuses avaient vécu l’émotion d’un tournoi à domicile, à Toronto.

« Je me souviens des cérémonies d’ouverture et de fermeture, ainsi que du village des athlètes. J’avais l’impression d’être traitée comme une Marianne St-Gelais ou une Jennifer Abel, souffle Myriam. Depuis 2010, on s’entraîne pour cet objectif-là. Tous les investissements et les sacrifices en valent la peine quand tu vis ces moments-là. »

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Vassilia Gagnon

Ici ou en Europe

Retour sur la Rive-Sud de Montréal. C’est ici, à La Prairie, que Myriam et Vassilia évoluent durant l’année. Avec leur club de Champlain, elles ont même remporté le titre de championnes canadiennes.

« Au Québec, le circuit compte 8 équipes, ce qui représente 14 matchs dans la saison. Après, il y a les demi-finales, les finales, puis les championnats canadiens. On commence à s’entraîner au début de septembre et on termine au mois de mai », détaille Myriam.

Catherine, de son côté, vient de rejoindre le club d’Angoulême Charente Handball qui se situe en troisième division française. Elle évoluait auparavant un cran en dessous à Poitiers. Elle vante l’homogénéité du championnat et un gain d’expérience particulièrement bénéfique lors de ses passages en sélection.

« Beaucoup de matchs se sont terminés par un ou deux buts d’écart, cette saison, ce qui permet de travailler la gestion du stress. Par exemple, quel jeu faut-il faire en fin de match ? C’est rare qu’on ait accès à ça au Québec. Ça apporte une autre dynamique parce que tu apprends à garder ton sang-froid au moment où il faut. »

Ce sera sans doute utile au Pérou à l’occasion d’un tournoi qui marquera la fin de la carrière internationale pour plusieurs joueuses. Pour les autres, le casse-tête travail-études-sport reste entier.