Un peu plus d'une semaine après avoir terminé avec succès sa traversée à la rame de l'Atlantique Nord, qui l'aura confrontée aux aléas de la météo et de la solitude pendant 129 jours, Mylène Paquette est finalement rentrée à la maison, mercredi après-midi.

Mis à jour le 21 nov. 2013
Jean-Philippe Arcand LA PRESSE

Il était environ 15h lorsque la navigatrice de 35 ans est apparue à la porte des arrivées de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, de retour de France. Aussitôt, les nombreux parents et amis qui s'étaient déplacés pour l'accueillir lui ont offert une chaleureuse ovation. Les petits Laurence et Loïc, nièce et neveu de Mylène, lui ont ensuite fait une accolade.

Pour son retour au bercail, l'héroïne ne s'est pas fait prier pour troquer ses vêtements de nautisme pour des talons hauts. Et ce, même si elle éprouve toujours beaucoup de difficulté à marcher.

«J'ai l'impression que plusieurs muscles se sont atrophiés parce que je n'ai pas utilisé les muscles de la marche pendant quatre mois, a-t-elle expliqué. Je n'étais pas vraiment en position debout. C'était toujours les genoux et les hanches fléchis. Je pense que ça va prendre quelques semaines pour récupérer entièrement.»

Un deuil à vivre

Mylène n'a pas que des maux physiques à soigner. Elle doit aussi faire le deuil de son bateau Hermel, demeuré en France, mais qui sera rapatrié au Québec prochainement.

Mylène en était venue à développer un rapport presque fusionnel avec sa fidèle embarcation qui lui aura permis d'aller au bout de son rêve. Elle a d'ailleurs confié s'être réveillée en larmes pour aller la retrouver durant sa première nuit en France.

«Ça m'a vraiment déchirée de laisser ce bateau derrière moi. Je me suis tuée à payer ce bateau pendant quatre ans. Je sens un peu que je le trahis en l'abandonnant», a-t-elle raconté.

Il faut dire qu'Hermel s'est en effet avéré d'une fiabilité remarquable au cours de cette traversée souvent marquée par les fortes tempêtes qui ont ralenti la traversée de Mylène. À tel point qu'elle a même songé à tout arrêter, entre le 50e et le 60e jour de son voyage, alors qu'elle n'arrivait pas à quitter les eaux canadiennes.

«Je me souviens qu'un vendredi soir, j'avais demandé à mon routeur météo de me calculer une route pour entrer à St. John's, à Terre-Neuve. Le lendemain matin, il m'a dit que c'était impossible, que le courant était contre moi. Je n'ai donc pas de mérite, je n'ai pas eu le choix de continuer!», a-t-elle raconté.

D'autres projets en tête

Mais bien sûr, Mylène conserve des souvenirs impérissables de son odyssée. Elle n'hésite pas une seconde avant d'identifier sa rencontre avec le paquebot de croisière Queen Mary 2, à son 83e jour en mer, comme étant le meilleur moment de sa traversée.

«Ça fait 83 jours que je ne vois pas d'humains, et soudainement, il y a cette bête-là qui arrive devant moi avec presque 2000 ou 3000 personnes à bord. (...) Les gens scandaient mon nom. J'étais vraiment surprise de constater qu'ils connaissaient mon histoire.

«Puis, de voir que ce cargo s'était déplacé pour venir me prêter main-forte, ça m'a vraiment fait chaud au coeur aussi.»

Mylène affirme enfin qu'elle a l'intention de retourner à Lorient sous peu afin de s'entraîner à la voile. Elle dit aussi avoir déjà quelques projets en tête qui la ramèneraient sur l'eau. Elle s'est cependant bien gardée de donner plus de détails.

«Je vais en parler avec ma famille avant!», a-t-elle lancé en riant, avant de retourner dans les bras de ses proches.

Photo fournie par Mylene Paquette

Le passage du Queen Mary 2 aura permis à Mylène Paquette de mettre la main sur un deuxième téléphone satellite, une nouvelle ancre, des bouées, des couvertures chaudes et de la nourriture.