Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : André*, fin trentaine

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Non, les hommes ne cherchent pas tous des relations polygames, sans engagement ni lendemains. Certains cherchent vraiment à se caser. Seulement voilà : ça n’est pas forcément évident.

André, père d’un jeune garçon de 9 ans, en sait quelque chose. D’ailleurs, élever un enfant seul, ça non plus, ça n’est pas évident, soit dit en passant...

Vous souvenez-vous ? Il y a quelques semaines, Audrey*, jeune célibataire également trentenaire, avait ici confié son ras-le-bol des hommes frileux face à l’engagement, à la monogamie, bref, à la vie de couple au sens traditionnel du terme. Faute de compagnon, elle pensait, pourquoi pas, un jour faire un bébé toute seule. Son histoire en a fait réagir plusieurs, dont notre homme.

Lisez le témoignage d’Audrey

Attablé devant un scotch à une terrasse de Granby, André s’explique en soupirant :

“Moi, je veux, moi, je veux”, elle n’a pas l’air de penser à ce que l’enfant veut !

André

« Moi, je sais ce que c’est, être un parent seul. » Nous y reviendrons. Parce que d’abord, c’est surtout de la difficulté d’entrer en relation qu’André a envie de parler.

Pour cause : disons que son cheminement n’a pas été évident non plus. Prenez sa première relation sexuelle : « Relativement awkward », résume le jeune père, à l’époque non seulement architimide, mais en prime très peu confiant. « Je lui ai même demandé si je pouvais l’embrasser avec la langue », dit-il, en signalant que c’était là bien avant que le consentement soit à la mode, quelque part il y a 20 ans. Et l’acte en soi ? « Pas mémorable, je ne m’en souviens pas », dit-il en grimaçant.

À voir sa dégaine aujourd’hui assurée, casque de moto négligemment déposé à ses côtés, on comprend qu’André a fait un sacré bout de chemin depuis. Mais ça ne s’est pas fait sans heurts. Il enchaîne en signalant justement que les (courtes) relations plus ou moins satisfaisantes se sont ensuite enchaînées, sans grand épanouissement. Ni sexuel, encore moins relationnel.

« Je n’avais pas de colonne, se souvient-il. Si quelque chose me dérangeait, je ne disais rien. » Quant au lit, en fait, il était pas mal dans le flou. « Je n’apprenais pas grand-chose, et on ne me montrait rien, explique-t-il. J’ai commencé à apprendre des choses en regardant du porno. »

Et qu’a-t-il appris, exactement ? « À prendre le contrôle au lit », répond-il tout simplement. Attention : « Pas pour utiliser la femme comme un objet, nuance-t-il, mais dans le sens de donner une direction. » Être plus « physique », utiliser de nouvelles positions, sans nécessairement attendre que sa partenaire formule explicitement ce qu’elle désire. Parce que André, devine-t-on, n’est pas très bon avec les « signes ». « La subtilité et moi... », rit-il. Il n’est pas fort sur la communication en général, d’ailleurs. Ça aussi, nous y reviendrons.

Une harmonie sexuelle, mais pas relationnelle

Toujours est-il que c’est à cette époque, à la mi-vingtaine, qu’André a fait la connaissance de la mère de son enfant. L’histoire a duré cinq ans. Sexuellement ? « Excellent, dit-il en souriant. C’est la première fois que je voyais que c’était fluide. Les deux, on aimait ça. Je voyais qu’elle aimait ça. Et j’ai réalisé : moi, ce qui me fait plaisir, c’est de voir que la partenaire a du plaisir ! »

Ensemble, ils ont exploré du côté des clubs échangistes, mais avec le recul, peut-être n’était-ce pas la « meilleure affaire à faire avec elle », dit-il. Certes, ça leur a apporté « du nouveau, c’est nice, du shiny ». Mais la confiance mutuelle n’était peut-être pas au rendez-vous. « Mais pas pour les raisons auxquelles tu peux penser... », laisse-t-il ici tomber. On comprendra rapidement pourquoi.

C’est qu’outre la sexualité, la relation n’allait pas du tout, en fait. André a découvert que sa copine lui mentait. Beaucoup. Sur tout : une première grossesse (avortée, d’un bébé mort-né), un soi-disant emploi (fictif), une assurance maladie (inexistante). Même quand elle est tombée enceinte de leur garçon, André l’a su sur le tard. Bref, on devine que la fille n’allait pas bien, et la relation encore moins. D’où la séparation, et la garde exclusive finalement accordée au papa. Enfin, nous y voilà.

Au début de la trentaine, André se retrouve donc père d’une famille monoparentale, avec son jeune bambin de 2 ans. « Je suis dépourvu, détruit, confus, perdu », résume-t-il. Pour cause : « Je ne connais plus l’autre personne, elle m’a menti sur tout. Toutes les expériences que j’ai vécues ne sont plus vraies. Y compris l’échangisme. Moi non plus, je ne me connais plus. »

Loin de s’apitoyer sur son sort, André enchaîne ici avec son récit. Parce qu’il a pareillement enchaîné avec sa vie, avec, détail non négligeable, un solide coup de pouce de sa mère, très présente auprès de son enfant (parce que le « système de support », comme il dit, est ici vital, faut-il le préciser).

Le cheminement

Alors qu’il est célibataire, ses premiers pas sur Tinder sont peu concluants, c’est le moins qu’on puisse dire : « Pas catastrophiques, mais pas bons », dit-il en riant, avec un évident sens de la dérision. Avec le recul, il comprend très bien certaines « erreurs commises ». Pensez : profil Tinder « médiocre », photos « pas bonnes », et beaucoup trop d’enthousiasme au moindre « match ». Il faut dire qu’ils étaient à l’époque rarissimes (ceci explique cela ?). Par-dessus tout, souligne-t-il : « J’ai présenté mon enfant trop tôt dans les relations. »

Sauf qu’avec le temps, les années, André a pris du galon. Comment ? D’abord, il a appris à mieux se connaître (à coup de lectures) et à mieux s’outiller pour rencontrer. Comment donc ? Le plus simplement du monde : à coup de tutoriels en ligne (YouTube regorge de trucs et autres manœuvres pour « matcher » sur Tinder, avis aux intéressés). Entre autres, il a appris à formuler ses messages, ne pas écrire s’il n’a rien à dire, ne jamais forcer une conversation. En gros : « comment garder ça plaisant et flirty », résume-t-il.

En plus de trucs technos pour prendre de plus belles photos. Et visiblement, ça marche. « Je dirais que 95 % de ce que tu lis là-dessus est BS, mais il y a un 5 % qui peut te servir, précise-t-il. Mais oui, j’ai remarqué un changement, je suis plus successful... »

En prime, il apprend à travailler ses faiblesses (« la communication verbale, ce n’est pas mon fort, j’y travaille ! », dit-il en riant) et surtout, il cerne davantage ce qu’il veut, à savoir du « sérieux ».

C’est important que la fille m’attire physiquement, mais c’est rendu que je regarde la personnalité beaucoup plus tôt qu’avant.

André

Parce qu’il a appris de ses erreurs, disons. En sept ans de célibat et une demi-douzaine d’aventures, il a donc compris que la complicité sexuelle ne suffit pas. Loin de là.

C’est d’ailleurs notamment pourquoi il a voulu ici se confier. « Pas parce que c’est plaisant d’en parler, entre toi et moi, c’est vraiment difficile, je cherche mes mots, entre autres parce que je ne parle pas beaucoup... », dit-il en riant de plus belle, confirmant ce qu’on savait déjà. N’empêche qu’il a compris : « C’est facile d’aller bien au lit. Mais c’est pas évident d’aller bien en relation. [...] Une relation, c’est du travail. »

Surtout, conclut-il avant de nous quitter (pour un rendez-vous Tinder, quoi d’autre ?) : « Il faut que je sois capable de mieux choisir mes partenaires ! » Entre autres, pour éviter le contrecoup à son fils, d’ailleurs. Parce que pour un père seul, la partie ne se joue plus qu’à deux...

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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