(Montréal) Le temps consacré par les adolescents aux réseaux sociaux a beau avoir bondi de 62,5 % depuis 2012, cela ne se traduit pas pour autant par une hausse de l’anxiété et de la dépression chez les jeunes, conclut une nouvelle étude américaine.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

« C’est intéressant parce qu’actuellement on a beaucoup de littérature (scientifique) un peu contradictoire, que deviennent nos jeunes avec l’utilisation des médias (sociaux), est-ce qu’on s’en va vers des problèmes plus importants », a d’emblée commenté le docteur Olivier Jamoulle, du CHU Sainte-Justine.

La professeure Sarah Coyne, de l’Université Brigham Young, et ses collègues ont recruté 500 jeunes âgés de 13 à 20 ans qui ont répondu à un questionnaire annuel pendant huit ans.

Les adolescents de 13 ans consacraient en moyenne entre 30 et 60 minutes chaque jour aux réseaux sociaux. Ce temps augmentait progressivement au fil des ans pour atteindre 2,6 heures par jour à l’aube de l’âge adulte. Aucune association n’a été constatée entre cette hausse et la santé mentale des participants.

Les chercheurs en viennent à la conclusion que ce n’est pas le temps consacré aux médias sociaux qui est important pour la plupart des adolescents, mais plutôt ce qu’ils font pendant qu’ils sont en ligne.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le docteur Olivier Jamoulle du CHU Sainte-Justine

La santé mentale compte plusieurs facettes, et il est fort peu probable qu’un seul élément puisse être source d’anxiété ou de dépression, a indiqué Mme Coyne dans un communiqué.

« Il y a une tendance à vouloir réglementer ou suggérer aux jeunes de passer un nombre d’heures maximum par jour sur les réseaux sociaux, et ça ne semble pas être beaucoup fondé sur la science, a confirmé le docteur Jamoulle. La tendance actuelle est davantage une réduction des méfaits, donc quand tu passes du temps sur l’internet, qu’est-ce que ça t’empêche de faire ? »

Mme Coyne recommande ainsi aux adolescents de s’impliquer activement en ligne, en commentant et en « aimant » le contenu qu’ils y rencontrent ; de limiter le temps consacré aux réseaux sociaux une heure avant d’aller au lit ; et de se demander « pourquoi » ils vont en ligne — se brancher pour trouver de l’information pourra avoir un impact plus positif que se brancher simplement pour passer le temps, a-t-elle dit.

« Participer activement sur les réseaux sociaux tout en restant prudents, parce qu’il y a quand même de la violence sur les réseaux sociaux, il y a de l’intimidation, il y a un risque par rapport à ça, a prévenu le docteur Jamoulle. Mais oui, avoir un rôle actif positif peut être quelque chose d’intéressant à conseiller aux adolescents, au lieu de simplement aller en ligne pour rencontrer leurs amis ou parce qu’ils n’ont rien à faire. »

Il conseille aux parents d’avoir une discussion « ouverte » avec leurs adolescents concernant leur utilisation des réseaux sociaux, de définir des règles et de s’intéresser de près à ce qu’ils font en ligne.

Les conclusions de cette étude sont publiées par Computers in Human Behavior.