(Montréal) Des jeux vocaux des femmes inuit de l’Arctique canadien aux chants envoûtants des moines tibétains, en passant par votre interprétation bien sentie du plus récent succès de Dua Lipa pendant que vous êtes sous la douche, la musique peut se révéler être une alliée précieuse en ces temps de grand stress, rappelle une chercheuse de l’Université de Montréal.

Publié le 8 mars
Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

« C’est bien connu que la musique a un pouvoir d’apaisement », lance d’emblée la professeure Isabelle Peretz, du département de psychologie de l’Université de Montréal, avec qui La Presse Canadienne a discuté à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

À preuve, la vidéo maintenant devenue virale d’Amelia, une petite réfugiée ukrainienne dont l’interprétation a capella de la chanson Let It Go, du film La reine des neiges (Frozen), réduit instantanément au silence un abri bondé de gens chassés de chez eux par la guerre.

En Italie, rappelle Mme Peretz, des Italiens confinés sont sortis sur leurs balcons pour chanter, une initiative qui a ensuite été reprise d’une manière ou d’une autre à travers le monde, y compris au Québec.

Qui n’a pas vu, par exemple, les images de musiciens venus sérénader — au plus fort de la crise sanitaire — des aînés à qui il était interdit de sortir de chez eux ?

« On oublie souvent que la musique est rassembleuse, a-t-elle dit. Elle pourrait être utile pour les Ukrainiens autant que pour nous, qui assistons impuissants à cette invasion. »

De récentes recherches menées notamment à Montréal et à Barcelone montrent que la musique qui nous plaît déclenche au niveau du cerveau la production de plusieurs hormones associées au plaisir, comme la dopamine et les endorphines.

Et le genre musical n’y est pour rien, qu’il s’agisse de Chopin, de Ray Charles ou des Cowboys fringants, pour autant qu’il soit harmonieux à nos oreilles.

Ce sont tous des « effets avantageux » de la musique, « sans effets secondaires », a dit Mme Peretz, à un moment où nous sommes assaillis de la droite par la pandémie, de la gauche par la guerre en Ukraine, et maintenant de derrière par des avertissements renouvelés concernant la santé catastrophique de notre planète.

« Il y a beaucoup de vertus et c’est pour ça que Platon appelait (la musique) la médecine de l’âme », a-t-elle rappelé.

La musique peut donc avoir sur le cerveau des effets comparables à ceux du chocolat et du sexe, deux des activités les plus plaisantes qu’on connaisse.

Le fait d’agrémenter la pièce qui joue de votre propre voix de baryton pourra ensuite inciter le cerveau à produire des substances susceptibles d’améliorer l’humeur, peu importe la justesse des notes que vous émettez.

Plus spécifiquement, des examens en imagerie ont démontré que la consommation de chocolat et l’écoute de musique activent toutes deux la même région dans le cerveau des participants, a dit Mme Peretz.

La musique est donc un outil précieux pour combattre le stress et l’angoisse qui nous entourent, a-t-elle dit.

« Il ne faut pas s’en priver, a dit Mme Peretz en conclusion. Il faut vraiment inciter les gens à l’utiliser. »