La ménopause, c’est comme une randonnée en canoë. Sans carte, avec une vague idée de la destination. Et surtout cette lourde appréhension : ce sera atroce. Affreux. « Amusez-vous et bonne chance avec tout ! »

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Vous riez jaune ? Vous n’êtes pas seules. C’est pourquoi la gynécologue la plus populaire du web (et même du monde, selon le quotidien The Guardian) et chroniqueuse au New York Times Jen Gunter, originaire de Winnipeg, publie ces jours-ci un livre (une bible !) pour remettre les pendules à l’heure : The Menopause Manifesto, publié (en anglais seulement pour l’instant) chez Random House Canada.

Poursuivant dans le texte avec la métaphore du voyage en enfer, l’autrice, à qui l’on doit la bien nommée série web Jensplaining (sur la plateforme CBC Gem), en remet. « Ah oui, et surtout n’écrivez pas. Personne ne veut franchement entendre parler de votre séjour ! », grince-t-elle, dans une introduction colorée, qui vous donne une idée du ton : affirmatif, féministe, complice et, par-dessus, tout archi-instructif.

Consultez la page de Jensplainig (en anglais)

Visiblement, le sujet est dans l’air. Plus proche de nous, Véronique Cloutier lance elle aussi ces jours-ci une série de trois émissions pour démystifier ce sujet qui est sinon tabou, du moins qui touche la moitié de la population et n’est pour ainsi dire jamais abordé (Loto-Méno, dès lundi dans la section Véro.tv, sur Tou.tv Extra).

Pourquoi, d’ailleurs ? Jen Gunter, bien connue pour son franc-parler et sa langue tout sauf fourchue, a sa petite idée sur la question. Une idée qui a tout à voir avec nos sociétés patriarcales, et rien à voir avec la science. « Tout revient au simple fait qu’il n’y a pas plus grande honte qu’un corps féminin vieillissant », répond-elle en entrevue et du tac au tac, de San Francisco, où elle pratique aujourd’hui.

On n’en parle pas parce que c’est honteux. Mais c’est ridicule ! C’est une phase de la vie !

Jen Gunter, autrice de The Menopause Manifesto.

Une simple phase et non une « pause » comme l’indique à tort son nom (une appellation qu’elle ne se prive pas de qualifier de « dégoulinante de patriarcat », laquelle fête d’ailleurs ses 200 ans cette année). Encore moins une maladie, comme l’appréhendent du coup plusieurs. « Une phase qui n’est pas plus honteuse que le fait d’être enceinte ! »

Émanciper

Démystifier, informer, outiller, en un mot émanciper, c’est aussi l’objectif de son ouvrage, une brique de plus de 300 pages, qui revêt par moments des allures de cours d’histoire, mais surtout de biologie, suggestions pratico-pratiques en prime. Qu’est-ce que la ménopause, quels sont les symptômes, pourquoi, comment composer avec eux, surtout (essentiellement éviter la cigarette, bouger et manger santé, rares valeurs sûres, éprouvées et démontrées par la science) ?

Elle attaque ici de front et en profondeur la grande question des traitements hormonaux : quoi penser, quelles options existent, quand les prendre et quels sont les risques ?

Vous saurez tout avec toutes les nuances, précisions et subtilités qui s’imposent. Et plusieurs coups de gueule bien sentis au passage, contre l’industrie du soi-disant bien-être, d’un côté, et le patriarcat, de l’autre. Un parti pris pour la science, contre l’ignorance.

« Au départ, je voulais simplement faire un livre sur la ménopause, dit-elle. Mais plus j’ai réalisé à quel point les femmes sont dans l’ignorance, à quel point on ne leur enseigne rien – on n’est pas plus avancés que ne l’étaient les Grecs à l’époque –, plus je me suis dit : ça n’a aucun sens, impossible d’écrire ceci sans être explicitement féministe ! » Et elle l’est. C’en est même assez divertissant par moments (comme quand elle imagine un monde où l’on parlerait des hommes en « érectopause »…).

Quelques faits méconnus

En vrac, et selon elle, quelques faits méconnus et non moins importants à retenir : oui, les symptômes de la ménopause (cette « puberté inversée ») peuvent apparaître bien avant les dernières menstruations (allô, bouffées de chaleur) ; avec la ménopause (autour de 51 ans en moyenne), et outre l’ostéoporose, sont associés des risques accrus en matière de maladies coronariennes (parce que oui, maladies du cœur et ménopause sont liées) ; non, les traitements hormonaux ne sont pas « dangereux » (« tout traitement, quel qu’il soit, a un facteur de risque ») et peuvent au contraire alléger plusieurs symptômes handicapants associés à la ménopause (tout en prévenant l’ostéoporose). Le secret : un traitement personnalisé, éclairé, adapté à chaque réalité.

« On dirait que la société est investie d’une mission pour faire peur aux femmes, dénonce-t-elle. On ne parle jamais des risques du Viagra, et pourtant, ils existent ! Le Viagra est associé à un risque de cécité ! Mais on n’en parle pas, parce que garder un pénis fonctionnel, c’est beaucoup trop important ! », conclut la gynécologue, mi-moqueuse, mi-sérieuse.

The Menopause Manifesto

The Menopause Manifesto

Random House Canada

384 pages