Le rire n’est peut-être pas encore prescrit par les médecins, mais ses multiples bienfaits sont prouvés. Rita Patenaude en sait quelque chose. La femme de 68 ans, atteinte de leucémie, est bientôt rendue à sa 16e séance de yoga du rire. « C’est un autre outil pour faire face au cancer », confie-t-elle.

Myriam Boulianne
Myriam Boulianne La Presse

Quand Mme Patenaude a reçu un diagnostic de leucémie lymphoïde chronique, un type de cancer qui naît dans les cellules souches du sang, une amie lui a suggéré un livre pour apprendre à vivre avec la maladie. Un dépliant de la Fondation québécoise du cancer s’y trouvait. On y faisait la promotion d’ateliers de yoga du rire. « Ça a tout de suite piqué ma curiosité », raconte la femme originaire de Québec.

La première séance de yoga du rire (en virtuel, pandémie oblige) a été difficile, admet-elle. Plusieurs participantes avaient perdu leurs cheveux, en raison de la chimiothérapie. « Ça renvoyait à la réalité du cancer », poursuit Mme Patenaude. Mais l’occasion de les voir rire, en toute sérénité, témoignait de leur résilience. « C’est ça qui m’a motivée à continuer », se souvient-elle.

« Le yoga du rire, c’est le fait de s’exercer à “rire sans raison”, explique son entraîneur Claude Couture. Un rire simulé avec la même énergie et intensité sécrète les mêmes hormones », poursuit celui qui détient une formation de l’École du yoga du rire, fondée au Québec en 2005.

Le corps ne fait pas la différence entre un rire provoqué par une blague ou un rire simulé.

Claude Couture, entraîneur de yoga du rire

La méthode a été élaborée dans les années 1990 par le médecin indien Madan Kataria. Le yoga du rire combine exercices de rire et exercices de respiration. Il ne s’adresse pas uniquement aux gens malades ; tout le monde peut y participer. Une pratique qui gagne de plus en plus en popularité aux quatre coins du monde. On compte désormais plus de 20 000 clubs voués au yoga du rire répartis dans 110 pays.

Multitude de bienfaits

Les bienfaits tant physiques que psychologiques du yoga du rire sont nombreux, selon M. Couture : réduction des risques de maladies cardiovasculaires et du stress, amélioration de la circulation sanguine, antidouleur naturel, remède contre la dépression, amélioration de l’estime de soi.

« Lorsque l’on rit, l’organisme sécrète sa DOSE d’hormones du bonheur : D pour dopamine, O pour ocytocine, S pour sérotonine, E pour endorphine, poursuit M. Couture. L’objectif n’est pas seulement de nous faire rire, mais aussi de changer notre état d’esprit. » Comme les traitements de chimiothérapie affectent l’humeur et les fonctions cognitives, ces séances permettent aux participants de « laisser aller leur imagination et leur créativité, sans trop se prendre au sérieux », explique-t-il.

Ces exercices permettent également aux personnes plus timides de sortir de leur coquille. Depuis qu’elle s’est initiée au yoga du rire, Rita Patenaude pratique les exercices de rire dans la douche ou pendant qu’elle se lave les mains : mises en situation, intonations, grimaces, mimiques, ou tout simplement de la visualisation. « Claude est tellement drôle. Parfois, j’ai juste à penser à son visage et j’ai le fou rire », relate-t-elle.

Un exercice de communication

Même si le yoga du rire peut se pratiquer seul, M. Couture conseille fortement de s’y adonner au sein d’un groupe. « Il y a une sorte de complicité qui se développe entre les participants. Le rire des autres devient contagieux », reconnaît-il.

Après avoir suivi une quinzaine de séances hebdomadaires, Mme Patenaude convient que les liens avec les autres participants sont devenus forts. « Il y a une dynamique qui s’installe. Ce n’est pas nécessairement un groupe de soutien, mais on crée des liens, et à chaque séance, on a hâte de voir qui va être là », remarque-t-elle.

Bref, c’est un moment de la semaine où tous les participants peuvent oublier leurs problèmes et retrouver un semblant de normalité. « C’est bénéfique d’avoir des activités dans notre calendrier qui soient autres que des rendez-vous médicaux », conclut-elle.

La Fondation québécoise du cancer tiendra un atelier de yoga du rire ouvert au grand public, dans le cadre du Grand fou rire, le 12 juin. L’entraîneur Claude Couture animera la séance virtuelle aux côtés de la drag queen Rita Baga. L’inscription est gratuite au www.legrandfourire.com.