Louis Morissette ne le cache pas. La « surparentalité », il connaît. Après un film sur le sujet (prochainement sur nos écrans), voici le documentaire.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

On se souvient que Le guide de la famille parfaite (prévu l’été dernier, reporté d’une année pour les raisons que l’on sait) est une comédie signée Ricardo Trogi, qui porte sur le surinvestissement parental (overparenting) et met en vedette Louis Morissette en père surinvesti, étouffant et, au final, stressant.

La barre haute, diffusée mardi soir sur les ondes d’ICI Télé, ne porte pas sur les coulisses du film (quoique plusieurs créateurs et acteurs, dont la jeune Émilie Bierre, témoignent ici et là à la caméra), mais propose à l’inverse une réflexion plus poussée sur cette question de société. Parce que c’en est une : les enfants de ces parents (trop) motivés et (trop) impliqués — les enfants de ces parents qui en veulent trop, quoi — se retrouvent bien souvent chez le thérapeute, avec des problèmes d’anxiété que l’on sait. « C’est un des motifs de consultation les plus fréquents », confirme la psychologue Nathalie Plaat, dans le documentaire. Près de 20 % des adolescents auraient des troubles anxieux (d’après les chiffres rapportés prépandémie).

« En faisant la trame narrative du film, on a dû faire des choix, explique Louis Morissette, également producteur, en entrevue. Et on a décidé d’opter pour le point de vue du père. Mais cela impliquait de mettre de côté beaucoup d’aspects de la réflexion. Et je trouvais ça dommage. Parce que nos rencontres avec beaucoup de jeunes et psychologues ne pouvaient pas se retrouver dans le film. Comme la réflexion ne se retrouve pas là, on s’est dit que ce serait le fun de faire un documentaire pour aller encore plus loin. »

Avec La barre haute, documentaire réalisé ici par Chantal Limoges, on donne donc la parole à une jeune patineuse artistique (Véronique Turbide), à ses parents, à plusieurs intervenants et à nouveau à Louis Morissette, qui se présente ici en père de famille vulnérable, touché de plein fouet par le sujet dans sa vraie vie à lui. « Je me suis retrouvé moi-même dans la spirale avec un enfant qui vivait des épisodes d’anxiété, confie-t-il à la caméra. J’ai compris que je faisais partie du problème […] en amenant une pression, une dose de stress trop grande, inutile… »

Il ne se fait pas prier pour en parler en entrevue. C’est qu’il sait que le problème est loin d’être unique. Encore moins personnel.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Louis Morissette

Généralement, les gens parlent beaucoup de ce qui va bien. Et quand ça va moins bien, tu parles moins. Mais quand tu t’ouvres, oups [on te dit] : moi aussi ! Et je me suis dit : il y a quelque chose qui relève de la société, ou du moins une tendance lourde.

Louis Morissette, producteur et idéateur du documentaire La barre haute

D’où son « introspection » qu’il résume en une phrase : « on les pousse trop, et on les met peut-être trop dans la ouate ». Un résumé qui peut certes sembler contradictoire, mais qui témoigne surtout de toute la complexité de la parentalité d’aujourd’hui. Et il y a beaucoup de tout cela qui ressort dans La barre haute : la parentalité vécue comme un « projet » (« un projet narcissique », dira même la psychologue), avec des « objectifs », notamment d’en faire des « meilleures versions de nous-mêmes », certes bien intentionnés, mais non moins mal placés. « Ce sont des mots de gestion. Ça manque de poésie. La vie, c’est vraiment autre chose que performer », dira toujours la psychologue Nathalie Plaat. D’ailleurs, la vie, c’est aussi se tromper, faire des erreurs, échouer, même. Choses que les parents tentent à tout prix d’éviter à leurs enfants. Et c’est là, notamment, qu’ils font fausse route, avance l’experte. « Si on passe notre temps à éviter les souffrances, qu’est-ce qu’on ralentit ? La croissance. C’est aussi simple que ça. »

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

« La vie, c’est vraiment autre chose que performer », dit toujours la psychologue Nathalie Plaat, dans le documentaire.

Plus facile à dire qu’à faire, cela dit. « C’est dur, concrètement ! », reprend humblement Louis Morissette. Qui, en effet, a envie de voir souffrir son enfant ? « C’est beaucoup plus compliqué dans l’action ! »

Morale ? Louis Morissette retient ici une grande et existentielle leçon. Et elle tient en une réplique du film. « Ce que ton enfant va devenir, ce n’est pas ta note à toi en tant que parent. » En résumé : « à un moment donné, oui, tu contrôles certaines choses, mais tu n’as pas le contrôle sur la majorité des choses. Tu donnes des outils, et après, tu dois te tasser. […] Ton enfant, il a son bagage, son histoire à écrire. Tu peux l’aider. Mais ultimement, c’est sa vie… »

La barre haute, documentaire signé Chantal Limoges, avec Louis Morissette à la narration, est diffusé ce mardi 30 mars à 20 h, sur les ondes d’ICI Télé.