Vous avez mal au ventre, votre patience fond comme neige au soleil et toute votre attention est dirigée vers la pandémie de COVID-19 ? C’est normal : c’est le stress. La bonne nouvelle, c’est que vous êtes capable de vous adapter.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

« N’oubliez jamais quelque chose d’important : nous avons survécu aux mammouths, lance Sonia Lupien. On est capables de s’adapter. Ce qui fait que l’humain survit, c’est sa grande, grande capacité d’adaptation. »

Sonia Lupien est directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Disons que, depuis le début de la crise, son expertise est… demandée ! Elle rédige chaque jour un article sur son blogue pour aider les gens à composer avec toutes ces sources de stress qui ont surgi pratiquement du jour au lendemain.

« De toute l’histoire de l’humanité, c’est la première fois que tous les humains sont exposés au même stresseur, souligne Mme Lupien. Oui, il y a eu la grippe espagnole, mais il n’y avait pas de médias sociaux. Les gens savaient que la grippe espagnole arrivait quand ils se mettaient à en mourir. Mais c’est la première fois que tout le monde sur la Terre stresse pour la même affaire. »

Il y a bien sûr la peur de contracter la maladie, mais aussi tous ces stress qui découlent des mesures de confinement et de l’incertitude pour les mois à venir.

Colère spontanée

Les effets de ce stress se font sentir au quotidien. Sonia Lupien aborde dans l’un de ses articles la colère spontanée, signe que le stress devient chronique.

Elle donne l’exemple d’un rat en laboratoire. « Si on le stresse pendant cinq jours, on va diminuer la réponse de stress, dit-elle. On pourrait dire : bravo, c’est merveilleux, on va s’habituer. C’est vrai, on va s’habituer à ce stress-là. Mais le prix à payer, c’est qu’on devient réactif à tout autre nouveau stresseur. » Bref, c’est là qu’on s’énerve pour des choses qui nous auraient passé deux pieds au-dessus de la tête habituellement.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal

Si vous sentez que toute votre attention est dirigée vers la COVID-19, c’est aussi normal. Le cerveau est fait comme ça, résume Sonia Lupien. C’est un détecteur de menaces. « Tant et aussi longtemps qu’il va y avoir la menace de la COVID, c’est ça qui va être pertinent. Tout le reste va devenir moins pertinent, par la force des choses. »

La meilleure chose à faire pour diminuer le stress ? Trouver des façons de s’adapter à cette nouvelle situation. Accepter le bordel dans la maison, trouver des façons de mieux cohabiter avec les enfants, etc.

« Il faut arrêter de vouloir que les choses se passent comme avant », résume Sonia Lupien. Les gens qui vont s’adapter seront ceux qui se sortiront le mieux de cette crise, dit-elle.

On peut aussi faire toutes sortes de choses pour diminuer son stress : faire une marche, faire des exercices de respiration, pratiquer un loisir qu’on aime, prendre un bon bain, appeler un ami… Ou même chanter, comme l’explore Sonia Lupien dans l’un de ses articles.

Oui, c’est important de s’informer sur le coronavirus (« le manque d’information est le carburant des anxieux »), mais « la modération a bien meilleur goût », souligne Sonia Lupien.

> Consultez le blogue de Sonia Lupien

> Consultez la fiche produite par le gouvernement du Québec sur le stress, l’anxiété et la déprime associés à la maladie à coronavirus (COVID-19)

> Consultez les conseils et informations de l’Ordre des psychologues du Québec