Un sondage de suivi mené par la firme CROP pour le compte d’Éduc’alcool indique que les tendances de consommation de boissons alcoolisées demeurent comparables à celles enregistrées dans la province lors du premier confinement : la flambée n’a pas (encore) eu lieu. L’organisme reste toutefois sur le qui-vive, surtout en vue du temps des Fêtes, tandis que les centres d’intervention sur le terrain déplorent un manque de ressources.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Alors que l’on craignait une explosion des problèmes liés à l’alcool plusieurs mois après le déclenchement de la pandémie, les résultats d’un sondage publié lundi et effectué fin novembre ne semblent pas montrer d’évolution substantielle : 67 % des Québécois disent ne pas avoir augmenté leur consommation d’alcool, 13 % l’ont diminuée, 17 % l’ont légèrement haussée et 3 % l’ont significativement accrue ; des données similaires à celles recueillies par plusieurs sondages concordants au printemps dernier.

Parmi ceux disant avoir bu plus que d’habitude, sont toujours surreprésentés les Montréalais, la tranche d’âge 18 à 34 ans, les gens les plus fortunés, ceux dont la situation d’emploi a changé et ceux davantage affectés psychologiquement.

Observant certaines tendances dessinées par les résultats, Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool, y voit une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, selon lui, est la diminution du nombre de Québécois disant avoir davantage consommé en vue de réduire leur anxiété et leur stress, qui est passé de 28 % à 17 %. « Cette baisse est une surprise et un petit soulagement pour nous, car compte tenu de l’augmentation du niveau d’angoisse, on craignait que la situation soit pire », commente-t-il. Les principales raisons invoquées pour boire davantage restent l’intention de chasser l’ennui et le fait d’avoir plus de temps libre.

« Mais ce n’est pas le paradis sur terre non plus », nuance-t-il aussitôt, soulignant le pourcentage de répondants ayant indiqué avoir dépassé au moins une fois les limites recommandées en novembre, un chiffre passé de 28 % à 35 %.

« Parmi ces gens-là, personne ne va mourir demain matin, mais quand on sait que ce sont essentiellement les jeunes âgés de 18 à 34 ans, il faut s’en inquiéter un peu. Il va falloir travailler plus fort, car en matière d’alcool, ça prend du temps pour devenir dépendant, et les jeunes se préoccupent rarement de leur santé à plus long terme. Ce n’est pas tant combien on boit que comment on boit. Il est de loin préférable de prendre un ou deux verres par jour plus régulièrement que de se paqueter la fraise toutes les fins de semaine », avance le directeur d’Éduc’alcool.

M. Sacy s’inquiète également des effets de l’abus d’alcool sur le système immunitaire, surtout pendant la deuxième vague de la pandémie.

Noël blanc ou Noël rouge ?

L’organisme va continuer de suivre l’évolution de la situation, restant particulièrement sur le qui-vive pour le temps des Fêtes.

Nos inquiétudes sont pour les gens qui vont être seuls, plus vulnérables et plus à risque de se réfugier dans une consommation excessive. Prendre un verre ou deux pour se détendre, c’est très bien, mais quand on utilise l’alcool pour soigner ses angoisses, c’est le vrai souci.

Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool

Après l’annonce de la mise en parenthèse des activités de Nez rouge pour cette année, il a demandé aux responsables des services de transport, aux compagnies de taxis et aux forces policières de se tenir prêts, au cas où les déplacements seraient autorisés. Deux campagnes de prévention, adaptées en fonction de l’évolution des consignes d’encadrement, seront bientôt annoncées.

Une demande accrue, des ressources taries

Au-delà des chiffres, sur le terrain, une certaine pression supplémentaire est ressentie par les services communautaires pour la prise en charge des cas aux prises avec l’alcool, constate l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID). Mais son directeur, Vincent Marcoux, précise que le contexte pandémique a privé de nombreux organismes d’une partie de leurs ressources, ce qui pourrait peut-être aussi expliquer la hausse des sollicitations, les demandeurs échouant à trouver de l’aide ailleurs. « Durant la COVID-19, les centres ont reçu beaucoup de demandes, des besoins ont été exprimés. Mais avec la distanciation, plusieurs organisations pouvaient prendre moins de personnes en charge dans leurs services », souligne-t-il. La réponse fut la mise sur pied d’une plateforme web, Trouve ton centre.

> Consultez la plateforme web Trouve ton centre

Ce qui fait surtout tiquer M. Marcoux reste cette statistique de 17 % de Québécois déclarant consommer plus d’alcool qui, rapportée au bassin total de la population, représente plus de 1,5 million de personnes. Du côté de l’AQCID, des inquiétudes s’élèvent pour le long terme. « Il y a un risque que cela augmente la prévalence des gens en difficulté, surtout avec les pertes d’emplois et l’augmentation de l’anxiété, qui rendent plus vulnérables. On appréhende une demande plus importante », conclut-il.