Le nombre d’adeptes de l’escalade a explosé ces dernières années au Québec, entraînant la multiplication des gymnases et salles de bloc, véritables usines à grimpeurs d’intérieur. Alors que ces lieux sont toujours fermés, les sites extérieurs rouvrent progressivement. Pour cette nouvelle génération de grimpeurs dont une certaine partie a peu, voire jamais, mis les pieds sur une véritable paroi, s’encorder dehors devient dès lors très tentant. Mais gare à la précipitation. Conseils d’un responsable de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME) et d’un physiothérapeute expert dans ce domaine.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Se former, indispensable

Pour Eric Lachance, directeur de la formation à la FQME, c’est clair comme de l’eau de roche : quiconque n’a pas suivi de formation adéquate pour l’escalade extérieure devrait tout simplement s’abstenir.

« Restez chez vous ou faites de la randonnée », lâche-t-il. Installer proprement une corde sur une paroi ou des matelas de bloc, ça ne s’apprend pas en visionnant quelques vidéos sur YouTube. Le problème est que les formations encadrées ont dû être annulées ou fortement adaptées (Attitude Montagne a mis en place, par exemple, des formations avec distanciation, visioconférences et mises en pratique sur site privé). Cependant, le gouvernement vient d’annoncer l’autorisation pour la reprise de ces formations encadrées dès le 8 juin.

Selon M. Lachance, même les grimpeurs ayant déjà été formés mais n’ayant pas pratiqué depuis longtemps devraient s’assurer de mettre à jour leurs connaissances. Il met aussi en garde contre les formateurs improvisés. « Certains grimpeurs expérimentés ont tendance à dire : “Ça fait longtemps que je fais ça, je vais vous montrer”, et c’est là qu’arrivent les accidents, car ils oublient que les moniteurs installent des mesures de sécurité supplémentaires », souligne-t-il.

Respecter ses limites

« Si les gens veulent quand même absolument aller grimper dehors, ils doivent respecter leurs limites, se jumeler avec des gens d’expérience et de confiance, respecter la distanciation et grimper des voies faciles », préconise Eric Lachance, qui préférerait voir les grimpeurs d’extérieur néophytes s’orienter plutôt vers le bloc de faible hauteur, tout en surveillant certains points, comme le placement des matelas, les parades, la lecture des « problèmes » ou… le moyen de redescendre une fois en haut, un piège sournois.

Même discours chez Simon Rivest, physiothérapeute ayant une expertise en escalade chez PCN, et lui-même grimpeur.

Les cotations sont relatives. Dans un gym, tout le monde est capable de faire une V0 [niveau débutant]. Dehors, pour la même cotation, ça peut être plus relevé et ça peut surprendre. Ça va prendre une bonne dose d’humilité.

Simon Rivest

Être équipé

Alors que les grimpeurs « rats d’intérieur » ont l’habitude d’arriver dans des gymnases tout-inclus, des équipements supplémentaires seront nécessaires sur les parois : jeux de mousquetons à vis, sangles, cordes, longe, cordelettes, casque, plus une vingtaine de dégaines pour qui veut faire du premier de cordée, ainsi qu’un guide des lieux, énumère Eric Lachance, qui rappelle que le partage de matériel n’est pas recommandé en ces temps de pandémie. Pour le bloc, un ou plusieurs matelas de réception sont à prévoir.

Adhérer

Pour accéder aux nombreux sites gérés par la FQME, il est nécessaire d’adhérer à la fédération. « C’est important, car les membres sont assurés en cas de blessures et d’évacuation, et cela protège également les propriétaires des sites », précise le directeur des formations, qui a relevé deux accidents depuis la réouverture.

Se préparer

Pour limiter les risques de blessures, les grimpeurs découvrant l’extérieur devraient réévaluer des risques, du placement des matelas de réception à la communication en passant par l’adaptation de la technique d’escalade.

« Dehors, les placements de pied et la lecture des voies sont différents. Une prise peut aussi te rester entre les mains, ce qui ne sera jamais le cas à l’intérieur », prévient Simon Rivest.

Une préparation physique pourrait être utile, en prévision d’un effort différent et de sorties plus espacées, survenant après un confinement qui a enrayé plus d’un entraînement. M. Rivest recommande deux ou trois séances hebdomadaires de renforcement des doigts et des muscles permettant de soulever le corps : bras, épaules, abdos. « On peut se servir d’une poutre d’entraînement, d’un coin de table, d’un cadre de porte ou d’un simple 2 x 4 cloué sur le mur du garage », propose-t-il, en plus d’un travail sur la flexibilité. Le repos est aussi important : « Un bon exemple de rythme serait un ou deux jours de pratique pour un jour de repos », dit le physiothérapeute.