Tout le monde peut, un jour ou l’autre, être touché par un problème de santé mentale. Une fois par mois, La Presse présentera le cheminement d’une personne aux prises avec une maladie mentale. Cette semaine, Amy Oakley, 17 ans, qui souffre d’anxiété.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

La première chose qu’on remarque en voyant Amy, 17 ans, c’est son sourire ricaneur. Le sourire d’une adolescente heureuse, en pleine lumière. Mais lorsqu’elle parle de son anxiété, c’est la souffrance qui l’habite encore, comme une ombre qui la suit toujours malgré ses immenses progrès.

Nous avons rendez-vous à Saint-Germain-de-Grantham, à l’écurie où se trouve le cheval d’Amy. Un cheval qui lui a sauvé la vie, selon Josée, sa maman.

Dès sa naissance, Amy a rapidement montré qu’elle était différente. « On s’en est rendu compte quand elle était bébé, explique sa mère. Elle avait deux jours et elle paniquait dès qu’elle ne me voyait plus. »

Les années qui ont suivi ont été difficiles. « C’était presque impossible d’aller prendre une douche ou d’aller faire une marche. Je ne pouvais rien faire sans qu’elle soit à mes côtés. La distance qu’il pouvait y avoir entre nous deux, c’était un pied, pas plus. »

L’école primaire a été une période ardue pour Amy. En première année, elle avait beaucoup de difficulté à laisser sa mère pour aller en classe. 

Je ne voulais pas aller à l’école, ma mère me traînait jusqu’à l’école. Je ne voulais pas aller à mes sorties scolaires parce que ma mère ne pouvait être là.

Amy

En plus de son anxiété de séparation, Amy a aussi commencé à souffrir de troubles anxieux. Son anxiété est passée à un autre niveau lorsqu’elle a été victime d’intimidation en troisième année.

Une autre élève de sa classe l’a prise pour cible.

« Elle m’empêchait de jouer avec mes autres amies, il fallait que je sois juste avec elle. Si je jouais avec quelqu’un d’autre, elle n’était pas contente. »

Un jour, elle a menacé sa petite sœur avec des couteaux. Elle a aussi menacée de tuer Amy. « Ça faisait augmenter mon anxiété, dit Amy. Je ne voulais plus aller à l’école. »

L’histoire d’intimidation s’est finalement réglée devant l’ombudsman de la commission scolaire. Cependant, ses crises d’anxiété ne sont pas disparues pour autant.

« Quand je fais de l’anxiété, je pleure, puis je pète une crise à ma mère pour aucune raison. Même si elle me dit d’arrêter, je vais continuer, continuer… Après ça, je vais dans ma chambre. Je ne veux plus parler à personne. Je veux m’isoler. »

Un premier rayon de soleil

ILLUSTRATION MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

À l’âge de 9 ans, un premier rayon de soleil est apparu dans la vie d’Amy. Un premier cheval qui s’appelait Calypso.

« On avait tout essayé avec elle, toutes sortes d’activités. Rien ne fonctionnait. Chaque cours, elle passait au moins les 20 premières minutes assise sur moi », raconte sa maman.

Amy, elle, rigole pendant que sa mère raconte cet épisode de sa vie. Elle rit comme une ado qui se remémore ses coups pendables.

Sa mère poursuit. « On avait tout essayé et un soir, en revenant de travailler, j’ai eu un flash en voyant un cheval dans un champ. »

Amy a commencé des cours d’équitation. Ses parents lui ont acheté un premier cheval. Ç’a été comme un coup de foudre entre les deux. Elle parlait à son cheval. Elle lui racontait ses journées, bonnes comme difficiles.

Quand j’étais avec mon cheval, j’étais dans ma bulle, ça me relaxait. Mon cheval, c’était mon confident.

Amy

« Elle l’a mouillé souvent », ajoute sa mère, faisant référence à toutes les fois où elle a pleuré sur son cheval.

Amy rit de l’intervention de sa mère. « Je pleurais sur mon cheval, il arrêtait de bouger et il m’écoutait. »

À ce moment-là, elle passe du rire aux larmes. Elle est émue. Le souvenir de son cheval mort en 2016 la bouleverse.

« Quand j’étais assise par terre, il venait se coller sur moi. Il me donnait un câlin et voulait se faire flatter, ajoute-t-elle. Ç’a été vraiment tough quand Calypso est mort. J’ai vraiment braillé beaucoup. »

Un deuxième rayon de soleil

La mère d’Amy n’a pas perdu de temps. Après la mort de Calypso, dans la même semaine, elle s’est mise à la recherche d’un autre cheval pour sa fille.

Elle l’a trouvé rapidement. Il s’appelait Gazou. Il avait 4 ans.

La belle histoire qui avait commencé avec Calypso s’est poursuivie avec Gazou. Entre-temps, elle a aussi commencé le secondaire, où elle allait vivre un autre changement important dans sa vie.

Après deux mois, elle était capable de se rendre à l’école sans que sa mère l’accompagne. Elle s’y rendait avec une amie.

« Pourquoi à ce moment-là, Amy ? Pourquoi, tout à coup, tu pouvais te rendre à l’école sans ta mère ?

– Fallait que je fasse de quoi, dit-elle, les larmes aux yeux. Je ne voulais plus vivre avec ça.

– Ça n’a pas dû être facile au début ?

– Oh non ! », dit-elle sans hésiter.

Une première victoire qui sera suivie de plusieurs autres.

« Quand on est allés acheter son premier ordinateur, encore là, elle s’est cachée, se souvient sa maman. Elle est loin derrière, derrière moi, derrière son père, derrière sa sœur… Le vendeur ne la voit même pas. »

Un an plus tard, son ordinateur était « brisé » et ils ont dû retourner au magasin. Sa mère se préparait à prendre la parole, comme d’habitude.

Amy est intervenue. « Je suis capable, maman, je vais lui expliquer. »

« J’ai eu comme un choc, ce jour-là », affirme sa mère en souriant.

Aujourd’hui en 5e secondaire, elle est l’une des meilleures de sa classe dans les présentations orales. Ses enseignants font appel à elle quand vient le temps de présenter le programme de l’école.

De la lumière et de nouveaux défis

Pour Amy, une chose est certaine, elle veut poursuivre ses études dans ce qui la passionne : les chevaux.

Ce qui pose un sacré défi.

Elle songe à s’inscrire à une université ontarienne où est offert un programme équestre. À la fin de son cours, elle aura un baccalauréat.

« On va voir comment on va gérer ça, dit sa mère. Ça va dépendre aussi comment Amy voit ça. »

Une chose est sûre, si elle va en Ontario, son cheval va la suivre.

« Ça me stresse beaucoup, dit Amy.

– Est-ce que tu en parles à ton cheval ?

– Oh que oui !, dit-elle en rigolant.

– Réalises-tu tout le progrès que tu as fait en si peu de temps ?

– Ouin…, répond l’adolescente.

– Es-tu fière de toi ?

– Oui ! J’ai fait un méga chemin. »

Aujourd’hui, elle fait environ deux à trois crises d’anxiété par mois alors qu’il n’y a pas si longtemps, c’était tous les jours.

« Je veux vraiment inspirer les autres, dit-elle en pleurant à nouveau. Je sais que plein de monde vit ça. C’est pas facile. Je veux qu’ils sachent qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. »

L’entrevue terminée, nous retournons voir son cheval pour la séance photo. En voyant Gazou, un immense sourire inonde le visage d’Amy.

Notre démarche

Pour ce projet, le choix du dessin s’est rapidement imposé comme support visuel ; il dépersonnalise le sujet, tout en conservant une certaine ressemblance. Il permet également une touche d’émotion et de fantaisie. Le journaliste et le photographe se sont déplacés ensemble pour l’entrevue avec le sujet. C’est à ce moment que le photographe a pris des photos qui allaient ensuite servir pour ses illustrations.