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Gras trans et boissons gazeuses au menu des Inuits

Les jeunes Inuits de 18 à 29 ans... (Photo: archives Reuters)

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Les jeunes Inuits de 18 à 29 ans consomment jusqu'à 1,4 litre par jour de boissons gazeuses et jus sucrés.

Photo: archives Reuters

(Québec) Il n'existe pas de mot pour traduire «gras trans» dans la langue inuktitut, mais les étagères des coopératives alimentaires de l'Arctique en sont remplies. Les Inuits en sont friands. Ils consomment aussi de façon excessive boissons gazeuses et jus sucrés, parfois jusqu'à 1,4 litre par jour chez les jeunes Inuits de 18 à 29 ans.

Ces deux combinaisons alimentaires sont à l'origine d'une hausse inquiétante du taux d'obésité chez les autochtones du Nord, révèle notamment une recherche menée sur le terrain par une chercheuse de l'Université Laval, dont les résultats ont été dévoilés au colloque international Arctic Change 2008.

 

Après avoir comparé les globules rouges d'environ 900 Inuits adultes de sexe masculin du Nunavik, au Canada, avec celui des autochtones du Groenland, où les gras trans sont interdits depuis 2003, la chercheuse Émilie Counil a découvert que l'exposition au mauvais cholestérol est trois fois plus élevée chez nos gens du Nord. Les effets se traduisent non seulement sur les tours de taille, mais aussi par des risques d'accidents cardiovasculaires, des taux limites d'insuline dans le sang et des syndromes métaboliques.

Afin de pousser plus loin la recherche, le Dr Counil a travaillé en collaboration avec une nutritionniste et la Fédération des coopératives du nord du Québec pour analyser les produits sur les tablettes des épiceries de Kuujjuaq. Ils ont entre autres découvert du «pop corn Pop Secret, de Betty Crocker» contenant 56% de gras trans par sachet. «Je n'en croyais pas mes yeux», a dit Émilie Counil, qui a montré la boîte aux chercheurs réunis au Palais des congrès de Québec.

«À Kuujjuaq, on a remarqué qu'il y avait quand même des alternatives à ces produits, mais ce n'est pas toujours le cas dans les petites communautés où l'offre est moins diversifiée, a expliqué Mme Counil, en entretien avec La Presse. Dans le village Akulivik, de la baie d'Hudson, on a vu des quantités impressionnantes de pâtisseries industrielles et ce sont les jeunes qui semblent en manger le plus.»

Sucre en gros

Forte de ces résultats, la chercheuse postdoctorale a décidé, il y a six mois, de se pencher sur les habitudes de consommation de boissons gazeuses et sucrées des Inuits. Les premiers constats sont inquiétants, constate-t-elle. La médiane des canettes ingurgitées est de une par jour, mais de deux par jour chez les Inuits de 18 à 29 ans. Et si on ajoute à cela les boissons sucrées de type Gatorade, la consommation atteint jusqu'à 1,4 litre par jour, soit au moins quatre canettes.

Pour l'instant, la recherche de Mme Counil se limite à la population mâle adulte, dont l'échantillonnage a été effectué par le brise-glace canadien Amundsen, dans 14 villages côtiers. D'autres études se penchent présentement sur les femmes et enfants.

«Ce qu'on sait, en tout cas, c'est que la consommation excessive de gras trans chez une femme enceinte peut avoir des effets sur le développement des foetus, avec des tours de tête plus petits et des bébés de faible poids. Étonnamment, les Inuits semblent jusqu'à maintenant à l'abri du diabète, probablement en raison de leur génétique et de l'environnement», explique la chercheuse. Mais Mme Counil ajoute que plusieurs autochtones du Nord sont à la limite de développer la maladie.

Afin de renverser la vapeur, Mme Counil et son équipe sont parvenues à établir un partenariat, à la fin de novembre, avec différents regroupements du Nord afin d'enseigner aux Inuits comment lire les étiquettes. De façon symbolique, les deux compagnies aériennes qui desservent le Grand Nord se sont par ailleurs engagées à éliminer le gras trans de leur menu. Mais la problématique des boissons gazeuses est plus complexe. Mme Counil raconte, par exemple, que des professeurs ont dit que les boissons gazeuses représentaient un «shoot d'énergie» pour plusieurs enfants du Nord qui n'ont pas la chance de déjeuner à leur faim. «Ce n'est pourtant pas le faible prix qui pousse à la consommation des boissons gazeuses, ajoute-t-elle. Puisqu'une canette peut se vendre de 1,60$ à 2,90$ l'unité. Mais l'habitude est enracinée. Et le stockage est important dans les bateaux de marchandises, au détriment des aliments plus sains.»

 




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