(Londres) La Fashion Week de Londres, consacrée aux collections homme automne/hiver 2020, qui s’est achevée lundi, a célébré le multiculturalisme, à quelques semaines du Brexit. En voici quelques points forts.

Pauline FROISSART
Agence France-Presse

Retour aux origines

Quoi de mieux qu’un vent soufflant des Caraïbes pour réchauffer l’hiver londonien ? Les jeunes stylistes Grace Wales Bonner et Nicholas Daley ont exploré leurs doubles origines britanniques et jamaïcaines.

Grace Wales Bonner a expliqué à l’AFP s’être amusée à « bousculer un peu » des matières british « très traditionnelles, très reconnaissables », avec par exemple des bonnets en laine Shetland aux couleurs de la Jamaïque.

Baptisée Lover’s rock, du nom d’un style de reggae romantique né dans la capitale britannique dans les années 1970, cette collection était « en quelque sorte inévitable pour moi », a expliqué Grace Wales Bonner, née d’un père jamaïcain et d’une mère anglaise.

Diplômé comme elle de la prestigieuse école d’art londonienne Central Saint Martins, Nicholas Daley a lui aussi célébré ses origines jamaïcaines dans une collection dont les références vont du jazz expérimental à l’art abstrait.

Comme Wales Bonner, Daley a été marqué par les œuvres colorées de Frank Bowling, peintre abstrait britannique né au Guyana à qui le musée londonien de la Tate Modern a consacré une rétrospective l’été dernier. Une inspiration qu’on retrouve dans un poncho à capuche multicolore.

Les pantalons en tartan bleu ou rouge, emblématiques de l’Écosse, d’où Nicholas Daley est aussi originaire, se portent avec des baskets Adidas noires adaptées aux pieds pour un look néo-bohème.

Mariage à l’iranienne

PHOTO BEN STANSALL, AFP

Venu assister au défilé de Paria Farzaneh samedi, le public s’est retrouvé transporté en Iran pour la célébration d’un mariage. Le marié porte une veste à capuche qu’il zippe jusqu’aux yeux.

Venu assister au défilé de Paria Farzaneh samedi, le public s’est retrouvé transporté en Iran pour la célébration d’un mariage, une scène d’autant plus marquante qu’elle est intervenue au lendemain de la mort du général iranien Qassel Soleimani tué par une attaque de drone américain. « Dans ces temps incertains, il est bon d’avoir un moment de célébration », a dit la styliste britannique d’origine iranienne après le défilé.

Les femmes sont priées de s’asseoir d’un côté, les hommes de l’autre, pour assister à l’échange des vœux des jeunes mariés, en farsi. Le marié porte une veste à capuche qu’il zippe jusqu’aux yeux.

Ni queue-de-pie ni costumes trois-pièces pour les invités : cette collection streetwear en collaboration avec Gore-tex est résistante à l’eau, respirante et soucieuse de l’environnement. Le polyester et le nylon viennent de bouteilles en plastique ou de filets de pêche recyclés.

Des imprimés fleuris et délicats, signature de la styliste, bordent les manches de parkas kaki ou égaient des capuches d’anoraks.

Un homme glamour

PHOTO HENRY NICHOLLS, REUTERS

C’est une « époque glam » pour le styliste Edward Crutchley, une des étoiles montantes de la mode britannique. Sa collection tourne autour du thème de l’opulence et il n’hésite pas à aller à contre-courant avec en pièce maîtresse un volumineux manteau en vison.

C’est une « époque glam » pour le styliste Edward Crutchley, une des étoiles montantes de la mode britannique. Sa collection tourne autour du thème de l’opulence et il n’hésite pas à aller à contre-courant avec en pièce maîtresse un volumineux manteau en vison.

Chapeaux triangulaires inspirés par les héréros, peuple de Namibie, épaules empruntant leurs formes aux robes traditionnelles philippines, pantalons de smoking ou chemises hawaïennes aux couleurs psychédéliques, la collection est un extravagant mélange des genres, célébration d’un monde sans frontières.

Du côté de Stefan Cooke, les hommes portent des manteaux en tweed à col bateau avec un glamour évoquant les années 1920. La marque créée en 2017 par Jake Burt et Stefan Cooke repousse les frontières entre le féminin et le masculin et propose une silhouette élancée. Le duo a collaboré cette saison avec Lee Jeans, revisitant vestes et pantalons en jean en y ajoutant clous et rivets, jusqu’à 5000 par pièce.

Mode responsable

PHOTO HENRY NICHOLLS, REUTERS

Beaucoup de stylistes s’attachent aujourd’hui à utiliser des matières recyclées ou des techniques respectueuses de l’environnement, comme Bethany Williams.

Beaucoup de stylistes s’attachent aujourd’hui à utiliser des matières recyclées ou des techniques respectueuses de l’environnement, comme Priya Ahluwalia, qui redonne vie à des vêtements de seconde main.

Bethany Williams double cet engagement d’une approche sociale. Consacrée « Talent émergent » le mois dernier lors de la cérémonie annuelle des Fashion Awards, récompenses de la mode britannique, la styliste de 30 ans a travaillé cette saison avec l’association The Magpie project qui aide mères et enfants sans abri. Manteaux aux manches ultralongues dotées de franges au col, salopettes multimatières : ici le vêtement se porte extra large et les couleurs explosent.

La mère de la styliste a elle même tricoté certaines pièces. Elle est récompensée : la collection célèbre l’enfance, la maternité et la famille.