C’est à la croisée de l’art et de la parfumerie qu’Alexandra Bachand a trouvé son créneau. La parfumeuse, connue pour sa maison de parfum La Grange du parfumeur, présente, à l’occasion du festival Orford Musique, une installation d’art olfactif empreinte de poésie, Sfumato invisible, une épopée sur les traces de Lisa Gherardini, la femme derrière la Joconde.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Artiste dans l’âme, Alexandra Bachand est arrivée par les beaux-arts dans l’univers de la parfumerie. Et sa vocation, c’est de faire entrer l’art dans les bouteilles de parfum. Ce qu’elle fait de belle manière avec sa maison de parfum La Grange du parfumeur, située à Magog, où elle célèbre avec authenticité l’art du parfum, mais aussi avec ses projets connexes, comme l’exposition Fleurs d’armes, consacrée à la Première Guerre mondiale, dont elle a réalisé la conception et l’idéation du volet olfactif en créant 10 parfums exclusifs.

Présentée depuis 2015 dans plusieurs villes canadiennes et en France, Fleurs d’armes connaît un grand succès et a été vue par un million de visiteurs. Passionnée d’histoire, la parfumeuse s’est complètement investie dans son sujet et ses recherches, allant jusqu’à fouler le sol de plusieurs lieux historiques pour parfaire ses créations olfactives.

PHOTO FOURNIE PAR LA GRANGE DU PARFUMEUR

L’installation d’art olfactif Sfumato invisible est présentée durant tout le festival Orford Musique.

Elle a pour ainsi dire repris la même démarche pour Sfumato invisible, une installation d’art olfactif qui a été officiellement lancée le 5 juillet, avec le coup d’envoi du festival Orford Musique, qui a pour thème cette année la Bella Italia et souligne le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.

Si c’est l’organisation du festival qui l’a contactée, la parfumeuse n’a pas hésité une seconde avant d’accepter, s’étant passionnée pour les grands maîtres italiens et les pigments anciens durant ses études universitaires. « J’avais même appris l’italien pour faire mes recherches ! Et aujourd’hui, cet amour pour la Renaissance et l’Italie a rebondi dans ma vie ! », s’enthousiasme-t-elle à l’autre bout du fil.

Sur la piste de Mona Lisa

Présentée jusqu’au 17 août à la rotonde de l’Espace Yves-Trudeau, à Orford, l’installation d’art olfactif s’intéresse à la femme derrière la Joconde, sans contredit l’œuvre la plus connue de Vinci, alors que l’on connaît très peu celle qui a inspiré ce tableau, Lisa Gherardini. C’est donc sa piste olfactive qu’a décidé de suivre la parfumeuse dans sa démarche.

J’ai voulu découvrir la beauté invisible de cette femme [Lisa Gherardini], laisser tomber sa beauté extérieure pour aller sur la piste de sa beauté intérieure.

Alexandra Bachand, parfumeure

Avec la « carte blanche » que lui a donnée le festival, Alexandra Bachand a donc commencé une minutieuse recherche en amont, un travail « artistique et historique » afin de voir « comment faire vivre l’histoire avec des références contemporaines ». Mais le tout s’est cristallisé en mai dernier, lorsqu’elle a foulé le sol de l’Italie pour terminer sa composition olfactive qui se déploie autour de l’Iris pallida.

« L’iris est une fleur d’exception en parfumerie — et aussi l’emblème floral du Québec, ce que peu de gens savent. Et quand je suis arrivée à la maison de Vinci, en Vénitie, elle était bordée d’iris ! », se souvient celle qui s’est aussi rendue à Florence pour retrouver la maison où est née Lisa Gherardini, marquée par une simple niche dans une ruelle peu fréquentée, écho à l’anonymat de la femme derrière la Joconde, un moment qui l’a beaucoup émue.

PHOTO FOURNIE PAR LA GRANGE DU PARFUMEUR

L’eau de toilette Sfumato a été produite en quantité très limitée, dans une série exclusive numérotée.

Le parfum créé veut cristalliser « le moment où Vinci a peint Lisa dans son atelier », avec des notes d’iris — la parfumeuse a elle-même extrait l’essence des rhizomes d’iris, en Italie, dans une petite ferme artisanale, un processus très complexe de deux jours —, des notes d’agrumes rappelant le terroir italien (bergamote, fleur d’oranger) et des notes plus terreuses évoquant les pigments de peinture.

C’est un parfum, une expérience olfactive qui nous plonge dans le XVIe siècle, en Italie.

Alexandra Bachand, parfumeure

Un parfum vaporeux et énigmatique à l’image du sfumato, cette technique de peinture devenue célèbre grâce à Vinci, au rendu imprécis et vaporeux, de laquelle la Joconde tire son mystérieux sourire.

Même s’il est offert en 50 exemplaires dans une série exclusive numérotée, un peu à la manière d’une pièce de collection, Sfumato invisible n’est pas un lancement de parfum, mais bien un projet d’art à part entière, juge Alexandra.

L’installation comprend une photo de la Joconde, travaillée et imprimée en noir et blanc sur plexiglas, reliée à une cloche de verre utilisant la technique dite de headspace (« espace de tête ») en parfumerie moderne, où on peut sentir « l’aura de Lisa », le tout accompagné d’un court film réalisé par Éric Delbaere, conjoint et partenaire de la parfumeuse.

L’installation Sfumato invisible est présentée jusqu’au 17 août à l’Académie Orford Musique, à la rotonde de l’Espace Yves-Trudeau.

L’eau de toilette Sfumato est offerte à La Grange du parfumeur (sur place ou à la boutique en ligne) au coût de 195 $ (30 ml).