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Des promoteurs à la conquête de l'île

Jacques Vincent et ses associés s'activent à Montréal...

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Jacques Vincent et ses associés s'activent à Montréal depuis un quart de siècle. Le promoteur laisse surtout sa marque en convertissant des immeubles industriels et bâtiments résidentiels.

Ils ont vendu près de 1200 appartements et maisons en rangée à Montréal en 2006. Actuellement, ils pilotent plus de 30 chantiers. Les hommes à la tête de Proment, Conceptions Rachel-Julien, Prével, Samcon et St-Luc Habitation sont parmi les plus influents en habitation dans l'île.

Comment perçoivent-ils Montréal? Quels projets caressent-ils? Voici, brique par brique, la vision de ceux qui modifient le paysage montréalaispour des décennies, voire des siècles.

1. LE MARCHÉ IMMOBILIER MONTRÉALAIS EST-IL TOUJOURS INTÉRESSANT POUR UN PROMOTEUR ?

Samuel Gewurz, Corporation Proment: Montréal n'est pas grand. Il faut être plus prudent et en donner davantage que dans d'autres marchés comme Toronto ou Vancouver. Notre population croît lentement, alors nous devons lutter davantage pour chacun de nos clients. Voilà pourquoi il est important que Montréal projette l'image d'une ville à l'avant-garde : notre marché immobilier en dépend.

Denis Robitaille, Conceptions Rachel-Julien: Un des problèmes auxquels on fait face présentement, c'est le surplus d'appartements qu'il y a à Montréal. Les Montréalais ont un endroit où vivre... ils n'en ont pas besoin de 28. Il faut donc maintenant diversifier nos produits afin d'éviter d'être en compétition directe avec nos concurrents.

Jacques Vincent, Prével: Le marché haut de gamme est saturé car nous n'avons pas la richesse collective de Toronto. En visant le marché des premiers acheteurs, je crois toutefois qu'on tirera bien notre épingle du jeu.

Sam Scalia, Samcon: Il faut aller chercher les locataires aux prises avec un loyer très élevé et leur démontrer qu'il est encore possible d'être propriétaire à un prix abordable. Parce que, soyons francs, il y a de moins de moins d'acheteurs pour les appartements à plus de 300 000 $.

Patrick Varin, St-Luc Habitation: Tout le monde parle de baisse, mais nous ne la percevons honnêtement pas. Alors oui, le marché montréalais est toujours intéressant : 2006 a été notre meilleure année à vie !

2. VOS BÂTIMENTS CHANGENT L'APPARENCE DE MONTRÉAL. COMMENT EN DÉTERMINEZ-VOUS L'ARCHITECTURE?

Samuel Gewurz: On ne construit pas des édifices pour remporter des prix d'architecture. Ici, les acheteurs veulent une vue. Nous construisons donc l'extérieur de nos bâtiments en fonction de l'intérieur, du panorama que l'on donne à nos clients. Voilà pourquoi on n'a pas des édifices profilés comme à New York.

Denis Robitaille: Je préfère les édifices dont la facture est contemporaine : je ne veux pas copier le passé. Les immeubles que l'on construit aujourd'hui vont être encore là dans 100 ans. Il faut porter ce fardeau quand on est constructeur.

Jacques Vincent: Il faut trouver le moyen d'actualiser la base industrielle de Montréal. Nous cherchons à la respecter, mais pas à l'imiter, au risque de faire des édifices kitsch. À chaque époque ses particularités, et si on veut laisser notre marque dans notre époque, il faut être de son temps.

Sam Scalia: Ce n'est pas nous qui avons le dernier mot : c'est la Ville de Montréal. Par contre, nous privilégions l'architecture simple, très contemporaine pour plaire aux jeunes acheteurs. Nous ne faisons pas dans la fioriture.

Patrick Varin: Certains promoteurs ont leur marque architecturale. Pas nous. Généralement le style de nos projet est très près de celui du quartier où ils se trouvent.

3. LA QUALITÉ DE LA CONSTRUCTION PRÉOCCUPE-T-ELLE BEAUCOUP LES ACHETEURS ?

Samuel Gewurz: Certainement. Le client est beaucoup mieux informé aujourd'hui qu'il y a 10 ou 20 ans. Et comme il y a beaucoup d'appartements à vendre actuellement à Montréal, ils sont en mesure de demander davantage de leur constructeur.

Denis Robitaille: Les acheteurs apprécient notre professionnalisme, mais ils ne sont pas nécessairement prêts à payer plus cher pour cette rigueur. Nous préférons tout de même investir dans la qualité parce que ça coûte souvent plus cher de régler des problèmes que de bien construire dès le départ.

Jacques Vincent: On sent que les acheteurs s'intéressent à la qualité de la construction, et de plus en plus à l'insonorisation de leur habitation.

Sam Scalia: Les acheteurs cherchent de plus en plus à connaître à qui ils ont affaire. On a avantage à soigner notre réputation, particulièrement au sujet de la qualité de la construction.

Patrick Varin: Nos clients nous posent des questions qu'ils ne nous posaient pas avant. Ils sont mieux informés, donc plus critiques, notamment au sujet de la construction.

4. LA CONSTRUCTION VERTE VOUS INTÉRESSE-T-ELLE?

Samuel Gewurz: Nous avons pris des engagements clairs au sujet de l'environnement. C'est coûteux, c'est complexe et c'est exigeant. Cependant, au bout du compte, on n'a pas seulement une économie substantielle d'énergie : on a un bâtiment mieux construit. Nos concurrents n'auront bientôt pas le choix d'emboîter le pas.

Denis Robitaille: Est-ce possible de construire vert sans que ça coûte les yeux de la tête ? Je m'interroge à ce sujet. Par contre, il est certain que nous explorerons cette avenue au cours des prochaines années. Nous n'avons plus le choix.

Jacques Vincent: On pose des gestes intéressants, notamment avec le toit vert d'Imperial Tobacco, mais on sent toujours que l'on doit convaincre le client. Tant que l'énergie sera aussi abordable, les acheteurs se préoccuperont peu des économies qu'on leur promet avec le virage vert.

Sam Scalia: Si les clients le demandent, on l'offrira. Pour l'instant, on privilégie les matériaux durables comme le bois et la céramique. On se limite à ça.

Patrick Varin: On y réfléchit. Je ne pense pas que notre prochain projet sera vert... mais on se montre plus ouverts.

5. COMMENT COHABITEZ-VOUS AVEC LES CITOYENS QUI VIVENT AUX ABORDS DE VOS CHANTIERS ?

Samuel Gewurz: Nous ne sommes pas toujours bien perçus mais en général, quand on prend le temps d'écouter les citoyens, tout se passe bien.

Denis Robitaille: Je m'en sors assez bien, mais je constate que les citoyens sont toujours sur la défensive au départ. C'est tout naturel : ils s'inquiètent du bruit, de l'architecture du bâtiment, des nouveaux voisins qui viendront inévitablement. Il faut les rassurer.

Jacques Vincent: Il va falloir composer de plus en plus avec l'opposition des citoyens à nos projets. Je trouve que l'opposition est trop facile. Quand douze personnes peuvent bloquer un projet, on risque une forme d'immobilisme. Par contre, ces personnes-là sont de bonne foi et je crois qu'il faut communiquer davantage avec elles.

Sam Scalia: Je pense qu'il faut parfois devoir plier, pour s'assurer que le projet se réalisera. Nous avons déjà dû diminuer la densité d'un projet de plus de 100 appartements à 70.

Patrick Varin: Ouf. C'est parfois difficile. Il faut faire plaisir à tant de personnes en même temps : à la Ville, aux urbanistes, aux citoyens, à nos clients... et à nous aussi! On y arrive heureusement!

6. QUEL TYPE DE PRODUIT OFFRIREZ-VOUS SURTOUT DANS LES PROCHAINES ANNÉES?

Samuel Gewurz: Si on veut être écologique, il faut construire des édifices denses. Nous continuerons donc à faire des édifices d'appartements. Par contre, nous allons devoir offrir des «concepts» dans nos prochains projets. Les acheteurs ne veulent pas uniquement un endroit pour vivre : ils adoptent un style de vie.

Denis Robitaille: Tant et aussi longtemps que je vais construire en ville, je vais faire du condo. Le genre de vie que l'on mène en ville ne se marie pas trop avec l'entretien d'un grand terrain.

Jacques Vincent: Nous allons continuer à faire des appartements, mais peut-être un peu plus petits. Il y a 10 ans, nos logements avaient en moyenne une aire de 1100 pieds carrés. Ça tournera dans l'avenir autour de 800 pieds carrés. Si on veut rester accessible, on n'a plus le choix.

Sam Scalia: De nouvelles clientèles se profilent. On sent par exemple que les familles s'installent graduellement dans des appartements parce qu'elles ne peuvent pas acheter une maison. Il va falloir trouver un produit qui répond à leurs besoins.

Patrick Varin: Nous construirons surtout des appartements dans les prochaines années. Par contre, il n'y a pas que les baby-boomers qui apprécient ce mode d'habitation : leurs enfants aussi.

7. OÙ HABITEZ-VOUS?

Samuel Gewurz: Hampsted, dans l'ouest de Montréal.

Denis Robitaille: Outremont.

Jacques Vincent: Repentigny.

Sam Scalia: Westmount.

Patrick Varin: Le Vieux-Montréal.




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