Une rangée de peupliers borde le terrain. C'est en Montérégie, rang de la Grande-Barbue. «Ce nom [Barbue] désigne un poisson et non une femme» dit en souriant le huitième propriétaire du «moulin des Quatre Lieux» - nom qu'il a lui-même donné à la propriété spéciale qu'il habite depuis 36 ans.

Valérie Vézina, collaboration spéciale LA PRESSE

Spéciale parce qu'il y a deux maisons, une ancienne cabane à sucre, de nombreux jardins sur ce domaine et parce que la résidence principale abrite un ancien moulin et une chute d'eau.

Les agriculteurs des municipalités de Saint-Césaire, Sainte-Angèle-de-Monnoir, L'Ange-Gardien et «probablement Saint-Paul-d'Abbotsford» convergeaient au moulin à eau dès 1829 pour faire moudre leurs grains de blé. Le courant de la rivière Barbue faisait tourner une grande roue à godets. Le mécanisme est resté en place dans l'ancienne manufacture, créant une sculpture inusitée dans le hall d'entrée de la maison principale (classée monument historique en 2009).

La manufacture délabrée n'avait pas de toit quand le propriétaire en avait pris possession, en même temps que l'ancienne maison du meunier (attenante). «Je suis comme un passeur», dit-il, calé dans un fauteuil en rotin blanc assorti aux pivoines, magnolias, lys, lupins, d'astilbes du Japon; un jardin blanc pousse entre le vieux bâtiment et une tonnelle.

Cet artiste qui oeuvre dans le domaine de la télévision s'était improvisé entrepreneur en 1976 «parce que c'était très important de préserver le patrimoine».

Il avait commencé par ajouter un toit sur la manufacture. «La maison du meunier était habitable, mais il fallait la refaire. C'était le début de l'aventure.»

Il avait dû créer ou restaurer les fenêtres avec l'aide de Tessier et Frère, une entreprise locale. «Je n'avais pas d'argent. Quand je tournais une publicité, j'ajoutais une porte et une fenêtre!»

Après la toiture et les ouvertures, l'acteur bricoleur s'était attelé à remonter les tours pour les foyers - il y en a un à chaque étage - et à refaire les planchers. Des planches de pin ont été posées dans la vaste salle à manger avant d'être fixées au sol quelque douze mois plus tard, raconte-t-il. Pour donner le temps au bois de «travailler». Des pierres ont été sélectionnées et «transportées à la barouette» du lit de la rivière Barbue jusque dans la maison pour en constituer certains sols et murs, y compris celui érigé près la chute. «Il fallait isoler la chute d'eau du reste de l'habitation.»

Chute et jardins

Un tuyau contient le flux d'eau en amont de la rivière et l'achemine, sous la pelouse de la cour arrière, vers l'ancienne roue du moulin: c'est la chute. On peut voir la gargouille saillante à travers une fenêtre à carreaux au rez-de-chaussée. L'eau suit son cours sous l'allée de stationnements pour aller rejoindre la rivière qui cerne une partie du domaine.

«L'hiver la chute gèle, mais pas complètement.»

C'est quasiment une oeuvre d'art, cette propriété. Un «work-in-progress» ayant requis des heures de travail artisanal, à l'intérieur comme à l'extérieur.

Un puits encerclé de vivaces se trouve loin de la maison principale. Plus proche, il y a un potager. Il est entouré d'une ancienne cabane à sucre (déménagée ici) et d'une remise. Là s'élève aussi le son discret de Barbue. On imaginerait bien un peintre installer son chevalet sous le feuillage des ormes restés debout après l'épisode mémorable du verglas.

La terre comportait jadis un poulailler. La maison du jardinier se trouve sur l'emplacement de l'ancien poulailler et elle n'est pas en reste côté aménagement paysager. Du parterre de cette habitation champêtre, le regard embrasse une grande piscine et un pavillon d'été abritant une cuisine. Une haie de cèdres flanque cette cour intime. D'autres grands arbres complètent le paysage.

Ce n'est pas tout. Il y a un étang quelque part entre les deux résidences.

Le sol rocailleux n'a pas empêché un saule pleureur de se déployer près de l'étang. Le proprio l'avait bouturé à partir de l'arbre d'un voisin quelques années après s'être installé ici. Ses contrats l'ont mené en Californie plus d'une année de suite. «Je n'ai jamais loué la maison», affirme-t-il. Sans doute a-t-il voulu se préserver ce coin de paradis chauffé au bois, à l'électricité... et à l'affection des gens de théâtre l'ayant fréquenté.

«J'ai fait mon trip de campagne», conclut le beau. Bien connu des plus de 40 ans, il projette de brûler les planches à Broadway, mais ne voudrait pas attirer des curieux à son domaine, que des acheteurs sérieux.

La propriété en bref

Prix demandé: 1 899 000$

Année de construction de la résidence principale: 1829

Nombre de pièces: 12 dont 4 chambres + 2 salles de bains

Année de construction de l'autre résidence (2 chambres): 1980

Comprend deux cuisinières antiques, poêle à deux ponts, deux fours encastrés, deux lave-vaisselle, deux plaques de cuisson, deux aspirateurs centraux, spots halogènes, système d'alarme

Évaluation municipale (2012): 401 100$

Impôt foncier (2012): 3691$

Taxe scolaire (2011): 766$

Courtiers: Michelle Amiot, 514-772-7106, et John Di Pietro, 514-726-1400, Sotheby's International Realty Québec