Il est devenu in maintenant de composter entre voisins. Sur fond d'épluchures et de coquilles d'oeufs, on cause élections fédérales et on prend des nouvelles du petit dernier. Un sentiment d'appartenance prend racine. Les compostières collectives adoptent tous les styles: classiques boîtes de bois, cylindres d'aciers, cubes grillagés; posées sur la terre ou sur le béton; de maniement «sportif» ou pour personnes à mobilité réduite. Mais quelle que soit la forme, une chose est claire: elles se multiplient cette année comme jeunes pousses sur riche terreau. Et plutôt que de les reléguer à un coin discret, on les intègre à l'aménagement.

Carole Thibaudeau LA PRESSE

Il est devenu in maintenant de composter entre voisins. Sur fond d'épluchures et de coquilles d'oeufs, on cause élections fédérales et on prend des nouvelles du petit dernier. Un sentiment d'appartenance prend racine. Les compostières collectives adoptent tous les styles: classiques boîtes de bois, cylindres d'aciers, cubes grillagés; posées sur la terre ou sur le béton; de maniement «sportif» ou pour personnes à mobilité réduite. Mais quelle que soit la forme, une chose est claire: elles se multiplient cette année comme jeunes pousses sur riche terreau. Et plutôt que de les reléguer à un coin discret, on les intègre à l'aménagement.

 Plates-bandes et compostières

 Les gloires du matin s'entortillent gracieusement autour du stop qui marque l'étroite rue Barrette, à l'angle sud-ouest de Papineau. C'est le début de la blate-bande aménagée il y a deux ans par l'écoquartier Plateau Mont-Royal, à la demande soutenue des résidants. Difficile d'imaginer contraste plus net entre la guerrière avenue Papineau et cet oasis bucolique. Au pied des deux féviers, des deux frênes et de l'érable, des

arbustes verts et rouges entremêlent leurs branches flottantes et laissent émerger à deux endroits le sommet d'un petit bac à compost de plastique noir. «Je ne peux concevoir une plate-bande sans composteur», affirme Mathieu Demers, responsable des bacs à compost, un des fervents du quartier, avec sa copine Dominique Lacroix, regroupés autour de l'opération verdissement de la rue Barrette. «Puisqu'on redonne une place à la nature, le compostage s'impose», estime cet étudiant en animation et en recherche culturelle. Petit à petit, une douzaine de familles du quartier en sont venues à disposer de leurs déchets de cuisine dans les bacs à compost, qui occupent, après tout, un espace public. Mathieu essaie de connaître chacun personnellement. «Ça représente un certain défi de composter collectivement, souligne-t-il. Il faut rappeler aux gens d'enlever les étiquettes collées sur les fruits et les légumes, de ne pas jeter d'élastique dans le bac, ni de gras ou de viande, etc.»

 Grand complice de Mathieu quand il est question d'horticulture, Olivier Durand, étudiant en agronomie, montre avec fierté, dans une boîte à fleurs, les plants de basilic, de capucine et de citrouille qu'il a repiqués dans un mélange deux pour un de terre et de compost. «On est plusieurs passionnés de jardinage et on fait des échanges entre voisins, relate Olivier. On en profite, car on est pour la plupart des locataires et si quelqu'un s'en va, ça ne sera plus pareil.» Le 31 août, les joyeux composteurs festoyaient dans leur chère petite rue, réunissant de nombreux voisins, leurs enfants, leurs amis et quelques commerçants du coin autour d'un barbecue. «De plus en plus de passants nous demandent des informations et veulent composter, rapporte Mathieu. Ça n'a pas cessé d'augmenter depuis deux ans. Les gens du Plateau sont vraiment très prêts pour le compostage.»

Le dilemme local ou central

 Pour Philippe Robillard, président et fondateur de la ferme Pousse-Menu, le compostage municipal avec collecte porte à porte est une aberration. «L'empreinte écologique du transport des résidus est trop importante, souligne-t-il. On sauve d'un côté mais on nuit de l'autre.» La Ville de Montréal veut lancer cet automne un projet pilote de collecte des déchets organiques à composter dans un centre régional. «Nous encourageons les initiatives locales, explique Alan DeSousa, membre du comité exécutif et responsable du développement durable. Mais l'objectif numéro un est la collecte porte à porte des déchets. C'est la seule façon d'atteindre un taux de recyclage élevé.»

 On établit généralement que 40% des ordures ménagères sont constituées de matériaux compostables. Françoise Forcier, ingénieure et agronome associée chez Solinov, fait valoir que les initiatives volontaires locales ne permettent pas, loin s'en faut, de s'approcher de ce pourcentage de récupération, d'après ce qu'on observe dans les grandes villes du monde. «Pour atteindre des objectifs importants, nous devons passer par des centres régionaux de compostage, encadrés par le ministère de l'Environnement et avec une collecte porte à porte, soutient-elle. Pour les gens, ce sera plus facile. Il y a fort à parier que quand la collecte sélective sera en place, beaucoup laisseront tomber le compostage domestique.»

 Différentes expériences:

NOTRE-DAME-DE-GRÂCE: pour les jardins collectifs

 Dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, Action Communiterre chapeaute quatre lieux de compostage.

 «Notre-Dame-de-Grâce abrite 10 jardins collectifs, explique Mathieu Roy, coordonnateur technique, à ne pas confondre avec les jardins communautaires gérés par la Ville de Montréal.» Environ le tiers des résidus utilisés

 pour le compostage proviennent d'une banque alimentaire. Le reste est constitué des déchets de table d'environ 150 participants. Les jardiniers assurent l'entretien et le compost produit va aux jardins. Certaines compostières, fabriquées par la compagnie verdunoise Terres en ville, sont constituées de trois boîtes de bois d'un mètre cube et munies d'un grillage antirongeur. D'autres, faites par Les Ateliers d'Antoine, sont surélevées pour faciliter la vie aux personnes à mobilité réduite.

 ROSEMONTLA PETITE PATRIE: enjoliver les enclos à chiens

 Jean-Yves-Renaud, «monsieur compost» dans RosemontLa Petite-Patrie, n'a pas chômé en 2008. Agent de sensibilisation pour la SODER (Société de développement environnemental de Rosemont), il a supervisé l'implantation de compostières dans un centre (la Maisonnette des parents) et deux écoles (Saint-Émile et Notre-

Dame-des-Anges), trois projets soutenus financièrement par Recyc-Québec. Il a conseillé les représentants de deux coopératives d'habitation de l'arrondissement, des gens impatients de balancer une première pelletée dans le bac. Deux tout nouveaux lieux de compostage dans des parcs desserviront environ 27 ménages. Enfin, M. Renaud veut installer des compostières le long des enclos à chiens dans quatre parcs de Rosemont-La-Petite-Patrie. «Juste au parc Laffont, fait-il valoir, une soixantaine de personnes promènent leurs chiens deux fois par jour. Pourquoi ne pas agrémenter l'endroit de compostières en bois? C'est décoratif et ça s'intègre bien à l'aménagement.»

 PARC JEANNE-MANCE: compostage bien rodé

 Dans le parc Jeanne-Mance, le Centre de compostage communautaire le Tourne-Sol est en activité officiellement depuis quatre ans déjà, avec ses deux jolis bioréacteurs de plastique. Près de 160 personnes en sont membres (15$ de frais d'adhésion), et apportent les déchets de cuisine d'environ 500 personnes. Deux fois par année, on leur remet gratuitement un sac de compost bien frais.

 POUSSE-MENU: tirer parti de la gravité

 À la ferme Pousse-menu, le président Phillippe Robillard, habitué à tirer parti des ressources de l'environnement immédiat (il a enseigné l'agriculture écologique dans le tiers-monde) a conçu le compostage en escalier, heureux rappel des rizières en terrasses ! Une série de cinq compostières descend le talus bordant le chemin de fer, et peut dégrader en 20 jours un mètre cube de déchets. On remplit d'abord le bac le plus en amont. Au bout de quatre jours, on ouvre un côté du bac et, gravité aidant, le contenu bascule dans la boîte au dessous. Et ainsi de suite jusqu'au cinquième bac. Après 20 jours, il n'y a plus qu'à récolter l'or brun du jardinier.

L'abc du compostage communautaire

 Plusieurs ressources existent pour les groupes décidés à composter. Outre l'expertise qu'ont développé plusieurs écoquartiers à Montréal, mentionnons deux institutions composteuses émérites: la ferme urbaine Pousse-menu et le groupe étudiant R4 Compost de l'Université Concordia.

 «Nous offrons un système de compostage clés en main, adapté aux besoins et au budget du client, avec service après vente, explique Philippe Robillard, président de Pousse-menu. Nous pouvons également agir comme consultant et même comme sous-traitant, c'est-à-dire gérer les activités de compostage pour un client.» Avec un montage adéquat et la bonne procédure, on obtient un bon compost en 20 jours, explique Stéphane Lebel, maître composteur chez Pousse-menu. On remplit une compostière d'au moins un mètre cube en alternant les couches de matière brune avec les couches de matière verte. Deux ou trois fois au cours de ce montage, on ajoute un inoculant, par exemple de la simple terre à jardin ou encore un compost déjà mûr, afin d'introduire dans le milieu des microorganismes décomposeurs. On peut aussi ajouter un «accélérateur de compost» (microorganismes et enzymes). On retourne ce mélange tous les quatre jours, afin que toutes les parties du montage se trouvent au moins une fois au milieu du cube, là où la température est la plus élevée. De son côté, R4 Compost de Concordia publiera bientôt un guide technique et offre des ateliers gratuits et un service de consultant.

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LA FERME POUSSE-MENU

514-486-2345

www.pousse-menu.com

 R4 COMPOST DE CONCORDIA

514-848-2424 poste 7351

ou poste 5139.

 LES ÉCOQUARTIERS DE MONTRÉAL FABRICATION DE COMPOSTIÈRES

Terres en ville, 514-759-6994,

tev@videotron.ca

 LIVRE

Tout sur le compost, par Lili Michaud, aux éditions MultiMondes.

 

Photo André Tremblay, La Presse

Quel procédé amusant si on n'a pas le vertige! Stéphane Lebel, maître composteur chez Pousse-Menu, fait basculer le compost d'un premier bac à un deuxième installé en aval. Une cascade de cinq bacs produit du compost en 21 jours.