Lysanne Pepin et Mélanie Vaugeois ont eu un coup de cœur professionnel et amical l’une pour l’autre, il y a cinq ans. À un point tel qu’elles ont décidé de construire ensemble la maison de leurs rêves, une maison d’après-COVID-19, dans laquelle famille(s) et amis pourraient se retrouver en grand nombre. Bienvenue chez Les Voisines !

Ève Dumas
Ève Dumas La Presse

Qu’on y soit pour une heure, une journée ou un mois, il y a fort à parier que le sentiment d’être en vacances ne s’estompe jamais dans cette superbe propriété au look de maison de plage cossue que sont Les Voisines. De l’autre côté des grandes façades vitrées, il pourrait bien y avoir des dunes, une vague de surf à Montauk, un paysage d’herbes hautes. Mais c’est plutôt le petit lac écologique Gilbert que l’on aperçoit à travers les arbres.

Les amies devenues partenaires d’affaires ont mis deux bonnes années à négocier l’achat de ce terrain vierge à Austin, dans les Cantons-de-l’Est. Il n’était pas question de le laisser aller. Sa tranquillité, ses 500 pieds linéaires devant le lac, sa route privée et son plateau sur lequel la maison pouvait être construite les rendaient parfaits aux yeux du tandem. « Il correspondait en tous points à nos nombreux critères. On n’arrivait pas à se l’enlever de la tête », avoue Mélanie.

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

Lysanne Pepin et Mélanie Vaugeois sont les propriétaires des Voisines.

Le chantier a pu commencer à l’automne 2019. Il a duré 14 mois, en comptant un arrêt de chantier de 2 mois, pour les raisons que l’on sait. Lysanne Pepin a travaillé de pair avec les architectes de la firme Appareil Architecture pour concevoir les maisons singulières des Voisines. La plupart du mobilier — bases de lit, tables, canapés — a aussi été créé sur mesure par la passionnée de design, puis construit sur place, voire carrément intégré à la structure.

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

Lysanne Pepin est également propriétaire des boutiques Espace Pépin et Maison Pépin.

« Imaginer des lieux, c’est vraiment mon dada, admet celle qui est également propriétaire des boutiques Espace Pepin et Maison Pepin, dans le Vieux-Montréal. Je prends des idées à gauche et à droite, puis je les refais à ma manière. » Mélanie confirme : « Il y a des milliers d’images sur son mood board [son panneau d’ambiance]. Elle est constamment à la recherche d’inspirations. »

Les deux femmes ont voulu donner forme à leur rêve de la manière la plus saine possible, pour la nature, pour l’économie locale, pour les habitants de la maison. « On a essayé de respecter le site naturel au maximum, d’abattre très peu d’arbres, d’utiliser des matériaux naturels de la région, comme le bois et le bardeau de cèdre. Les planches à découper sont des restes de marches d’escalier. Les luminaires viennent d’Authentik, à Cowansville. On a intégré des éléments anciens, des coussins et du mobilier fait à Montréal, du coton bio, de la peinture non chimique, etc. », décrit Mélanie.

Propriété évolutive et multigénérationnelle

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

La lumière est partout dans Les Voisines.

Utilisées par leurs propriétaires, Les Voisines peuvent aussi être louées (un mois à la fois). Lorsque toutes les restrictions sanitaires seront levées, ce sont 15 personnes qui pourront y séjourner, dans six chambres à coucher, dont une chambre « dortoir » avec quatre lits.

Et pourquoi ne pas y tenir des retraites de yoga, des week-ends de sommellerie ou des séjours musicaux ? Mélanie en a l’habitude, puisqu’en plus d’être une violoniste bien en vue, qui a travaillé avec plusieurs artistes de renom, elle est fondatrice d’une entreprise spécialisée en organisation d’évènements de toutes sortes. Lysanne a également de l’expérience en la matière, ayant prêté ses magnifiques espaces du Vieux-Montréal à de nombreuses célébrations.

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

Dans La Voisine 1 se trouve la belle salle de séjour (avec télé), avec ses magnifiques canapés capitonnés dessinés il y a quelques années par Lysanne Pepin pour l’entreprise québécoise Perez.

« Mais notre vision est d’abord celle d’une propriété bigénérationnelle. Les familles ont plus que jamais envie de se retrouver, de passer du temps de qualité ensemble, du temps qu’elles n’ont pas en ville. Ici, il y a des espaces séparés et des espaces communs. Il y a des chambres à coucher au rez-de-chaussée et des chambres à l’étage, aussi. »

Les enfants, les grands-parents, les beaux-parents : tout le monde peut cohabiter avec des niveaux d’intimité variables, selon qu’on ouvre tout ou qu’on ferme en partie les espaces.

Lysanne Pepin

Voisines 1, 2, 3

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

Les salles de bains marient éléments neufs, anciens, rustiques et exotiques.

Les Voisines, ce sont en fait trois « maisons » aux toits en pente et à la charpente apparente, qui communiquent grâce à un superbe passage en brique long de 110 pi. « Ce couloir, c’est la colonne vertébrale des Voisines, l’élément « wow ! » On a choisi la brique parce que ça pardonne, quand on rentre du lac avec les pieds un peu sales, par exemple », explique Mme Pepin. Oubliez la climatisation ici, il n’y en a pas. Mais, malgré la canicule qui sévissait lors de notre visite, les lieux étaient très confortables.

La plus petite maison des Voisines (la 3) a son entrée indépendante et peut être « coupée » des autres en fermant une grande porte de grange. Elle a sa propre terrasse privée au bout, une chambre au rez-de-chaussée et une autre à la mezzanine. Sa cuisine laboratoire, sa salle à manger et son salon sont ouverts, façon loft.

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

Les chambres à coucher des Voisines ont pour la plupart un petit coin repos en bord de fenêtre.

Les Voisines 1 et 2 sont plus grandioses. Celle du centre, avec son très haut plafond cathédrale, est un grand espace ouvert comprenant cuisine remplie de rangement et de surfaces de travail, grande table et section canapé qui fait toute la largeur de la maison (20 pi), côté lac, pouvant asseoir une famille nombreuse au complet. Au fond (Voisine 1) se trouve la belle salle de séjour (avec télé), avec ses magnifiques canapés capitonnés dessinés il y a quelques années par Lysanne Pepin pour l’entreprise québécoise Perez, et quatre chambres à coucher bien enveloppantes. Celles du haut sont comme de petits cocons de colonie de vacances chic.

Lorsqu’on sort de ce côté, on arrive sur une très longue terrasse. Bientôt, les chaises longues seront livrées, la douche extérieure sera complète et un sauna sera construit un peu en retrait, dans la forêt.

La suite dans les Laurentides

PHOTO PATRICK PEPIN, FOURNIE PAR LES VOISINES

La Voisine centrale est un grand espace ouvert, avec plafond cathédrale, où se trouvent cuisine, dépense, salle à manger et canapés qui font toute la largeur de la pièce.

Comme la demande est forte, mais qu’il n’est pas question de vendre Les Voisines — « On se voit ici plus tard, avec nos familles et nos amis, et puis c’est notre fonds de pension ! », déclare Lysanne Pepin —, les entrepreneures ont pour projet de développer un autre terrain, à Sainte-Agathe-des-Monts.

Toujours sur un lac, l’étendue de 300 acres pourrait accueillir une vingtaine d’habitations de tailles différentes, dont certaines à prix plus abordables. « On va faire des variations, des deux maisons, des maisons seules, des petites, mais pas « tiny hous », par exemple, explique Lysanne. Il y aurait trois thèmes : plage, comme ici, monochrome un peu plus sombre et « terre cuite », dans un esprit plus européen. »

La construction devrait commencer en 2022. Ce projet de grande envergure, situé sur les lieux d’un ancien camp de vacances, se veut bien plus qu’un développement immobilier.

« On n’a pas envie de juste construire des maisons. On aimerait créer des communautés où plusieurs générations peuvent cohabiter, explique Mélanie, dont la grande passion est le violon et la musique en général. J’imagine une espèce de centre multi, où il pourrait avoir de la place pour les arts, peut-être même une résidence d’artistes, une grange pour faire des évènements, des concerts, des spectacles de danse. Il y aurait aussi des activités en nature, de la raquette, du ski de fond, etc. Et ce serait bien de décloisonner un peu les terrains. À la campagne, plus personne ne veut que les gens passent sur leur terrain. Il faut aller marcher en famille ou promener son chien sur la route principale. »

Les Voisines à l’origine de nouvelles pratiques de bon voisinage ? Ce serait bien logique et opportun, en cette ère où la socialisation est appelée à se redéfinir.