Quel plaisir de se détendre sur sa terrasse dans un halo de verdure… Essentiel à notre équilibre et à celui de la planète, le verdissement fait désormais partie des fondamentaux en ville. Les métropoles s’engagent en ce sens, et des promoteurs modifient le paysage urbain en associant le végétal à l’habitat.

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Emmanuelle Mozayan-Verschaeve Collaboration spéciale

Les citadins ont soif de verdure, ce qui est bien naturel, puisqu’elle a un effet sur notre bien-être et qu’elle diminue l’anxiété. Mais outre le fait qu’il nous ressource, à quoi sert donc le verdissement en ville ?

« Par la nature de notre profession, la végétalisation fait partie de notre ADN », dit Mélanie Glorieux, architecte-paysagiste associée chez Rousseau Lefebvre. Dans la dernière décennie, il y a eu une meilleure compréhension des gestes des architectes-paysagistes pour ajouter des bénéfices aux espaces urbains selon deux principes, poursuit-elle.

« Premièrement, dans les parcs, avoir des espaces d’activités multiples et de l’ombre, parce qu’elle aide à réduire la température ambiante ; le problème des îlots de chaleur et des changements climatiques a sensibilisé la population et les décideurs à prévoir des aménagements en conséquence.

« Deuxièmement, utiliser les phytotechnologies, c’est-à-dire se servir des plantes vivantes pour résoudre des problématiques environnementales qui peuvent être une question de qualité de sol et de l’air. L’arbre est d’ailleurs reconnu comme une phytotechnologie à part entière par la Société québécoise de phytotechnologie. »

Planter un arbre, c’est faire un geste pour diminuer l’impact au niveau des égouts pluviaux, de la pollution et de la chaleur.

Mélanie Glorieux, architecte-paysagiste associée chez Rousseau Lefebvre

Écrans verts, plantes grimpantes, murs végétalisés se développent depuis plusieurs années, mais il faut beaucoup de temps pour se rendre vraiment compte de leurs bénéfices. « Par exemple, 300 arbres ont été plantés à la place de l’ancienne autoroute Bonaventure suspendue à Montréal. Ça prend une dizaine d’années pour voir une transformation flagrante et c’est ce qui est difficile avec la végétalisation. Il faut apprendre à être patient, rappelle Mme Glorieux. On ne peut pas juste dire qu’on coupe un arbre à maturité pour le remplacer par un autre. Mais plus on planifie d’espaces verts, plus on réduit l’eau renvoyée sur le service municipal. »

La conscience municipale

Depuis 2010, les infrastructures naturelles et vertes sont encouragées par le ministère de l’Environnement, et les architectes-paysagistes travaillent étroitement avec les promoteurs. Les municipalités se sensibilisent aussi pour mettre en valeur le verdissement et qu’il devienne un outil nécessaire.

PHOTO FOURNIE PAR MÉLANIE GLORIEUX, ROUSSEAU LEFEBVRE

Ajouter de la verdure dans des zones bétonnées, comme des stationnements, réduit les îlots de chaleur, favorise l’irrigation naturelle du sol et embellit l’environnement. Cet aménagement paysager de l’aréna Rodrigue-Gilbert, à Montréal, a été réalisé par Rousseau Lefebvre.

L’équipe de Conscience urbaine accompagne depuis une quinzaine d’années des projets de verdissement, que ce soit pour créer des oasis sur des stationnements asphaltés, lutter contre les îlots de chaleur sur des terrains vacants, ajouter des espaces verts dans des quartiers défavorisés ou des jardins communautaires.

Directrice générale et artistique de la firme, Fanie St-Michel confirme que plusieurs arrondissements de Montréal ont pris des engagements comprenant un plan pour le verdissement.

« L’enjeu est de plus en plus important, surtout qu’on a vu avec la pandémie que les espaces verts étaient essentiels, car les parcs ont été hautement achalandés. Il y a autant un besoin des usagers pour la qualité de vie que pour lutter contre les îlots de chaleur en ville, souligne-t-elle. Les promoteurs immobiliers y sont sensibles, ils ont des intentions, mais n’ont pas nécessairement l’expertise pour aller vers la conservation du patrimoine et le verdissement. On peut être mandaté pour servir de médiateur entre la Ville et le promoteur et réfléchir à la façon d’intégrer ces éléments-là. »

Construire et verdir simultanément

Bernard Bigras, directeur général de l’Association des architectes-paysagistes du Québec, précise que le défi est principalement lié à l’espace qui est extrêmement limité dans les zones urbaines.

« Lorsqu’arrive un projet de développement très densifié dans un noyau urbain, c’est difficile de créer un verdissement optimal parce qu’on a peu de marge de manœuvre, mais qu’il y a des obligations municipales. »

Les architectes peuvent jouer un rôle important, notamment au niveau des toitures végétalisées, car le bâtiment peut lui-même apporter le verdissement.

Bernard Bigras, directeur général de l’Association des architectes-paysagistes du Québec

C’est dans cet esprit qu’œuvre Stéphane Côté, président, division Grands projets, chez Cogir Immobilier, qui orchestre plusieurs constructions commerciales et résidentielles au cœur de Montréal, dont certaines, érigées sur 100 % du terrain, bénéficient d’un toit-terrasse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Tina Dostie, vice-présidente, ventes, marketing et service client, et Stéphane Côté, président, division Grands projets, de Cogir Immobilier, participent au verdissement de Montréal dans des lieux bétonnés.

« Nous travaillons aussi sur un nouveau projet à la jonction du Vieux-Montréal et de Griffintown qui s’inspire de la forêt boréale. Il comprendra une cour intérieure accessible au public de jour et des terrasses aux 7e et 26e étages réservées aux habitants de l’immeuble, informe-t-il. On a également des projets avec un peu plus de terrains à l’extérieur du centre-ville sur le concept de cité-jardin avec des sentiers, des jardins, des jeux pour les enfants, des bassins entre les bâtiments. Ils sont basés sur le vieux concept de Le Corbusier en ayant un beau plateau végétal sur lequel on assoit les bâtiments. Tous les stationnements sont en souterrain. »

C’est le cas de TAK Village, dans Rosemont, qui comprend des condos, des maisons de ville et des maisons superposées.

« On essaye de revitaliser certains quartiers en utilisant des terrains où se trouvaient des stationnements, des entrepôts. On apporte de la verdure là où il n’y en avait pas, ce qui est important pour nous. En ville, on essaie de ramener de la verdure, alors qu’à la campagne, on construit beaucoup. C’est une tendance très recherchée de verdir en milieu urbain depuis plusieurs années, et la COVID-19 a accéléré la demande », remarque Tina Dostie, vice-présidente, ventes, marketing et service client, chez Cogir Immobilier, qui jumelle autant que possible le verdissement public et privé.

  • On n’a pas négligé la verdure au Castelnau.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    On n’a pas négligé la verdure au Castelnau.

  • Située dans l’empreinte de l’aile transversale ayant abrité l’ancienne chapelle du couvent, la cour du projet Castelnau, animée par un bassin, est un espace rassembleur pour les habitants des immeubles.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Située dans l’empreinte de l’aile transversale ayant abrité l’ancienne chapelle du couvent, la cour du projet Castelnau, animée par un bassin, est un espace rassembleur pour les habitants des immeubles.

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Ainsi, l’entreprise devrait commencer à l’automne des travaux d’envergure dans le Vieux-Montréal, remplaçant un site pavé et goudronné par des appartements, des commerces, des logements sociaux. « Plus de 60 % du site sera vert, et tout le monde pourra en bénéficier », assure Stéphane Côté, à propos de ce projet retenu par la Ville de Montréal dans le cadre de l’appel à projets international C40 Reinventing Cities.

Éviter le gazon !

Selon Emmanuel Cosgrove, directeur d’Écohabitation, quelques gestes peuvent aider à se créer un environnement plus agréable, plus frais et plus sain en ville. Il suggère de faire grimper des plantes sur des treillis en façade, de cultiver un jardin comestible à la fois nourricier et esthétique, de privilégier des pavés perméables ou végétalisés dans lesquels l’eau s’infiltre tranquillement plutôt qu’une dalle de béton, d’opter pour des plantes indigènes et de délaisser la pelouse.

« Le bilan environnemental du gazon est assez catastrophique à cause des herbicides, du gaz à cause de la tonte, de l’arrosage. Il existe des alternatives comme le trèfle blanc nain, le thym nain, qui ne nécessitent aucun entretien et sont beaucoup plus écologiques », dit-il.

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