Le 520, avenue Lansdowne, à Westmount, est l’une des réalisations phares du défunt architecte montréalais d’origine polonaise John Schreiber. Et ce fut sa résidence personnelle. Jerry Coviensky, lui aussi architecte, et sa femme, Sharyn Katsof, l’ont acquise il y a 30 ans, transformant cette maison pensée par un célibataire collectionneur de voitures en demeure fonctionnelle pour une famille de cinq.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Ils étaient venus visiter la maison en 1991, lors de sa mise en vente. Plus par curiosité que par réel intérêt. Le couple, qui avait alors trois jeunes enfants, habitait en face et connaissait l’architecte qui, dans les années 1970, avait rénové et agrandi cette ancienne remise à voitures (coach house). John Schreiber, ancien de la marine polonaise devenu architecte, puis architecte paysagiste, avait enseigné à Jerry Coviensky à l’École d’architecture de l’Université McGill. Il a habité cette maison jusqu’en 1979, avant de la vendre au réalisateur d’origine suisse Bernard Weber.

Avant l’arrivée des Katsof-Coviensky, la résidence avait alors été très peu modifiée par les deux précédents propriétaires. « C’était grand, mais il n’y avait que deux chambres, explique Jerry Coviensky. La cuisine était toute petite. Tout de suite, j’ai vu ce que je pouvais faire. »

Ils attendront néanmoins trois ans avant de modifier la maison. Leurs trois garçons, âgés de 6 mois, 2 ans et 3 ans lors de leur emménagement, ont été installés dans une grande pièce située au deuxième étage du bâtiment original. La chambre des parents était située à l’autre extrémité de la maison, sur une mezzanine accessible... par une échelle de bateau modifiée !

Quand on entendait le bébé sur le moniteur, il fallait descendre l’échelle et aller le chercher avant que les autres se réveillent. Après deux ans de ça, on s’est dit : on va faire l’agrandissement.

Jerry Coviensky, propriétaire

Un étage essentiel

Ils ont donc ajouté un étage au bâtiment d’origine afin de pouvoir y aménager deux chambres supplémentaires et un espace bureau. La cuisine du rez-de-chaussée a aussi été refaite. Le design et le choix des matériaux, tant extérieurs qu’intérieurs, ont été faits dans le respect du style adopté par John Schreiber au moment de la rénovation du bâtiment. Plancher d’ardoise au rez-de-chaussée, murs de briques, plafonds en bois à l’étage : la frontière entre les interventions des deux architectes est difficile à percevoir.

« C’était le but dès le départ », souligne Jerry Coviensky, qui est architecte, mais travaille dans les secteurs commercial et industriel. « J’ai essayé de garder l’esprit. »

L’esprit de cette maison est singulier et porte la signature de son créateur : au sens littéral (John Schreiber y a inscrit son nom sur un muret de béton à l’extérieur), mais aussi dans les artefacts qu’il a lui-même extraits des déchets et demandé aux artisans d’intégrer dans la maison. Comme ces objets de terre cuite encastrés dans le béton ou ces briques calcinées insérées dans un mur à la manière de prises d’escalade. La réutilisation, la durabilité et le respect de l’environnement ont toujours fait partie de son approche.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

John Schreiber aimait récupérer des fragments de matériaux et les intégrer à ses constructions, comme ici dans l’escalier qui mène au deuxième étage de la maison.

John Schreiber a conçu plusieurs résidences à Montréal et en Ontario, ainsi que des jardins, dont celui de cette maison, très luxuriant, qui attire l’œil de nombreux passants en été. Il a aussi participé, pour Expo 67, à la création d’une section de La Ronde pour les 4 à 9 ans et à l’aménagement paysager du pavillon des provinces atlantiques. C’est aussi à lui qu’on doit le Solominium, immeuble multilogements érigé à l’angle de la rue Saint-Marc et du boulevard René-Lévesque, dont le design original n’avait pas fait l’unanimité lors de sa construction, dans les années 1980.

Il y a un peu plus d’un an, lorsque les enfants ont quitté la maison, Sharyn Katsof a entamé la rédaction d’un mémoire sur le 520, avenue Lansdowne et son architecte, rassemblant un volume impressionnant d’archives, une façon pour elle de se préparer à sa vente éventuelle.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Cette photo, fournie par les propriétaires actuels, montre le bâtiment d’origine, acheté par John Schreiber en 1961.

Puis, la pandémie a frappé. Son mari et elle se sont réfugiés à leur chalet et y restent toujours, ce qui a motivé leur décision de se départir de leur résidence en ville.

Respect du travail

En septembre dernier, ils ont invité d'anciens collègues et étudiants de John Schreiber à l’Université McGill à venir visiter la maison. Le professeur avait l’habitude d’inviter ses étudiants pour un 5 à 7 les vendredis au 520, avenue Lansdowne.

« C’était une façon de leur montrer qu’on a respecté son travail », explique Sharyn Katsof, qui dit espérer que les propriétaires qui suivront auront la même sensibilité. « Certains visiteurs nous ont dit qu’ils devraient mettre 1 million de dollars de rénovations. Si c’est le cas, c’est que vous ne recherchez pas ce que je vends. »

Soulignons que cette résidence est classée de catégorie 1 par la Ville de Westmount, ce qui signifie que les propriétaires doivent élaborer une stratégie de conservation s’ils interviennent sur la partie extérieure de leur propriété.

Le mémoire, les portes ouvertes : toutes des façons pour les propriétaires de cheminer vers la fin de ce chapitre. Mais ils espèrent que les mesures sanitaires leur permettront de mieux tourner la page en recevant, comme chaque année, leurs amis pour le solstice d’été. « Je leur ai déjà dit que nous exigerons un passeport vaccinal ! », lance Sharyn Katsof, à la blague.

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La propriété en bref

Prix demandé : 3 150 000 $
Année de construction : 1915
Superficie habitable : 4133 pi2
Superficie du terrain : 5514 pi2
Évaluation municipale (2021) : 2 462 000 $
Impôt foncier (2021) : 17 790 $
Taxe scolaire (2020) : 2280 $
Description : Maison unifamiliale pensée par l’architecte John Schreiber et actualisée par les présents propriétaires. Elle compte deux ailes, reliées par un grand hall d’entrée. Aménagée sur trois étages, elle possède quatre chambres, trois salles de bains et une salle d’eau, de vastes aires de vie, un sous-sol, une serre, un garage pouvant accueillir quatre voitures et une cour à la végétation luxuriante.
Courtier : Martin Rouleau, Engel & Volkers Montréal