La pandémie a convaincu beaucoup de Montréalais de quitter leur île pour vivre dans un environnement bucolique. Cependant, la transition n’est pas forcément évidente. Certains font le pas à condition de bénéficier de services à proximité. D’autres veulent garder un logement en ville. Reste que les places sont chères, au sens propre comme au figuré.

Emmanuelle Mozayan-Verschaeve Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Collaboration spéciale

Les habitations conçues selon le principe de micro-développement pourraient bien séduire ceux qui souhaitent posséder un pied-à-terre à Montréal. Cette idée, sur laquelle travaille la firme Microclimat depuis quelques années, vise à maximiser des terrains sous-utilisés et à les repenser comme des espaces habitables au cœur de la ville.

« On trouvait, en regardant les arrière-cours et les ruelles, qu’il y avait un potentiel de densification douce à l’échelle des bâtiments environnants qui permettrait d’ajouter des logements respectueux de la structure de Montréal », explique Olivier Lajeunesse-Travers, architecte associé pour Microclimat. Les gens qui sont partis de la métropole en raison du coronavirus cherchent avant tout un logement situé près de tous les services, et c’est justement l’un des atouts du micro-développement.

« D’un point de vue constructif, on a les possibilités de réaliser des habitations bien adaptées et travaillées avec soin pour préserver l’intimité entre chaque logement. C’est au chapitre de la réglementation que les obstacles sont plus grands », souligne l’architecte.

On est heureux de faire des projets d’exception, mais il y aurait certainement lieu de penser de beaux projets très simples, correspondant à différents types de budget et d’ambition si la réglementation était un peu plus souple.

Olivier Lajeunesse-Travers

C’est là en effet que le bât blesse, car le coût d’un tel projet, comme celui de la plupart des propriétés en vente à Montréal, est inaccessible pour la majorité de ceux qui ont récemment choisi d’acheter en région, où les prix flambent aussi.

  • Site du projet Cour Saint-André avant l’agrandissement selon le concept de densification douce par Microclimat.

    PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR MICROCLIMAT

    Site du projet Cour Saint-André avant l’agrandissement selon le concept de densification douce par Microclimat.

  • Le bâtiment et son nouvel agrandissement dans son contexte

    PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR MICROCLIMAT

    Le bâtiment et son nouvel agrandissement dans son contexte

  • Le nouvel édifice, qui présente deux volumes de hauteurs différentes, reprend l’implantation et la volumétrie de l’ancien hangar. L’ensemble s’intègre harmonieusement aux bâtiments voisins existants.

    VUE AXONOMÉTRIQUE FOURNIE PAR MICROCLIMAT

    Le nouvel édifice, qui présente deux volumes de hauteurs différentes, reprend l’implantation et la volumétrie de l’ancien hangar. L’ensemble s’intègre harmonieusement aux bâtiments voisins existants.

  • Coupe longitudinale : un espace de circulation vertical assure le lien entre les différents niveaux du duplex d’origine et les étages de l’agrandissement.

    ILLUSTRATION JEFF KULAK, FOURNIE PAR MICROCLIMAT

    Coupe longitudinale : un espace de circulation vertical assure le lien entre les différents niveaux du duplex d’origine et les étages de l’agrandissement.

  • Ici, on voit le passage vers le bâtiment existant. L’agrandissement a été réalisé pour loger un des parents des propriétaires. À l’avenir, en fonction des besoins, il pourrait être annexé à l’un des deux logements du duplex ou être converti en maison d’arrière-cour entièrement autonome.

    PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR MICROCLIMAT

    Ici, on voit le passage vers le bâtiment existant. L’agrandissement a été réalisé pour loger un des parents des propriétaires. À l’avenir, en fonction des besoins, il pourrait être annexé à l’un des deux logements du duplex ou être converti en maison d’arrière-cour entièrement autonome.

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Selon Maggie Cabana, également architecte pour Microclimat, il y a un équilibre à trouver pour exploiter ces bouts de terrains et rendre nos quartiers centraux légèrement plus denses. « Le but est de se réapproprier ces endroits pour les réaménager efficacement et répondre à la problématique de crise du logement et d’étendue urbaine outre mesure. Le foncier est tellement cher à Montréal que les gens qui se lancent dans ce type de projet veulent un retour sur investissement. » Pour l’heure, les privilégiés capables d’investir dans deux résidences sont rares.

Accros à la ville

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Elena Radeva et son mari ont acheté un terrain à Bolton-Est et leur maison est en construction. Le couple a cependant gardé son duplex en copropriété à Montréal.

Elena Radeva et son mari ont trouvé un terrain juste avant la pandémie. « On avait commencé à regarder en janvier 2020 sans vouloir investir rapidement, mais quand la COVID-19 est arrivée et qu’on s’est trouvés vraiment confinés, on a cherché plus assidûment. On est tombés sur un terrain à Bolton-Ouest en se promenant sur les petits sentiers et on l’a acheté dès qu’on a pu rencontrer la courtière immobilière. Je pense qu’on a eu beaucoup de chance parce que six personnes s’y sont intéressées juste après qu’on l’a acheté. On voulait vraiment faire construire pour que ce soit complètement à notre goût et on a hâte que le projet voie le jour, normalement cet été », raconte la jeune mère.

La future maison se situera à 10 minutes de Lac-Brome, et les propriétaires, habitués à la vie citadine, ne sont pas prêts à s’installer définitivement à la campagne. « On a un duplex en copropriété dans un quartier dynamique de Montréal. Mon mari travaille à domicile depuis la pandémie, alors on restera peut-être plus dans la maison de Bolton si ça se prolonge. On pourra vraiment profiter de la nature en famille, mais on ne veut pas s’enterrer en région pour l’instant. Cela dit, si on décide à un moment donné de rester à la campagne, on gardera l’appartement en ville, car il est très bien placé et, compte tenu des hausses dans l’immobilier, c’est un bon placement qui sera facile à louer », assure-t-elle.

Montréal en touristes

Francis Parisien, Yannick Raymond et leurs enfants se sont établis à Sutton, en août dernier, après avoir vécu plus de 20 ans à Montréal. « Francis avait commencé à travailler à la maison à cause de la pandémie et moi, j’ai perdu mon emploi. On est venus faire un tour dans les Cantons-de-l’Est et on a eu un coup de cœur pour Sutton », raconte Yannick.

Mise en vente rapidement, leur maison située dans un quartier prisé de Montréal a trouvé preneur immédiatement. Le couple n’a jamais envisagé de garder un logement en ville parce qu’il voulait s’intégrer à 100 % dans sa nouvelle vie et ne pas avoir à gérer deux propriétés. « Je pense qu’on profitera plus de Montréal que quand on y vivait, on programmera nos week-ends là-bas, comme des touristes », indique Francis.

Pour le moment, le couple loue une maison à quelques minutes de marche de tous les services de Sutton et se réjouit de vivre à un rythme plus tranquille dans un cadre où la nature est omniprésente.

« En arrivant ici, on a fait une offre pour une maison, mais on ne l’a pas eue parce que d’autres ont fait une contre-offre, dit Francis. Nous ne sommes pas les seuls à être sortis de Montréal pour s’installer en Estrie, alors les propriétés sont vraiment plus chères que quand on est arrivés en août.

« Ici, c’est comme à Montréal en ce moment, les décisions doivent être ultra rapides, et il y a beaucoup de surenchère. Ça ne nous tente pas d’acheter dans ces conditions-là. Alors, on attend, mais on envisage d’acquérir un terrain pour faire construire une maison qui corresponde à nos valeurs et où on pourra héberger nos amis. Une maison dans le bois, mais sans être obligés de prendre la voiture pour aller à l’école ou au resto », ajoute Francis.

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