Le jeune couple d’entrepreneurs de Félix & Co. a eu un coup de foudre pour une vieille maison de pierres face au fleuve, à Boucherville, où a vécu l’architecte du Jardin botanique de Montréal. Ils l’ont achetée pour lui offrir une nouvelle vie grâce à un patient travail de préservation de son patrimoine historique. Visite.

Muriel Françoise Muriel Françoise
Collaboration spéciale

Au printemps 2017, Félix Lavallée aperçoit une pancarte « À vendre » sur une vieille maison voisine de celle de son père, à Boucherville. La bâtisse, construite en 1814 et recouverte de végétation, est inhabitée depuis deux ans. Félix et sa compagne Andréanne, tous deux designers, tombent sous son charme.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Andréanne Robitaille-Piette et Félix Lavallée, de Félix & Co.

« Sa façade en vieilles briques nous rappelait les anciennes maisons européennes », raconte Andréanne Robitaille-Piette.

Les jeunes entrepreneurs de Félix & Co. font appel à la générosité de leur entourage pour l’acquérir en vue de la moderniser et de la transmettre à de nouveaux propriétaires. Pour concrétiser leur rêve, ils quittent leur appartement et leur studio à Montréal, puis s’installent dans un Airstream devant leur chantier. À la façon des designers américains Tara Mangini et Percy Bright à la tête de Jersey Ice Cream, ils vivent également pendant six mois dans la maison. « Cela nous a permis de voir comment elle réagissait à son environnement, et de prendre conscience des contraintes liées à la présence du fleuve, comme le vent », observe Andréanne.

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La salle de bains, accessible depuis la chambre principale, est ouverte sur la nature environnante. La porte en verre de l’armoire permet de séparer les deux espaces.

Le couple en profite pour entreprendre des démarches auprès de la Ville avant de se lancer dans la conception du projet. « Au lieu d’avancer seuls de notre côté, nous avons décidé de collaborer avec l’urbanisme. Nous avons fait des concessions, mais eux aussi », pointe Félix Lavallée, très heureux de cette réalisation qui, après près de deux ans de travaux, s’apprête à accueillir ses nouveaux propriétaires.

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Coin salon à l’étage avec mobilier intégré

Ouverture sur la nature

Les priorités du chantier ont été de stabiliser les fondations dans un sol argileux en raison de la proximité du fleuve, mais aussi de traiter les dégâts causés par les infiltrations d’eau, les termites et un incendie dans la cuisine. Un travail de rénovation respectueux de l’histoire des lieux a ensuite pu commencer.

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Le sol irrégulier de la chambre principale est en partie caché par des tables de nuit intégrées qui peuvent aussi servir de bancs.

Nous nous sommes beaucoup inspirés des travaux effectués par Lucien Fernand Keroack, architecte du Jardin botanique de Montréal, en 1940, alors que la demeure était encore une maison de ferme.

Andréanne Robitaille-Piette, de Félix & Co.

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L’étage avec son plafond « cathédrale » où se trouvent un coin bureau, un salon, deux chambres, une salle de bains et une salle d’eau. La baie vitrée s’ouvre sur une grande terrasse surplombant une piscine.

« Il a modifié sa structure en ajoutant des grandes ouvertures vitrées à l’étage. Il a même aménagé une serre avec des plantes tropicales », poursuit la designer. 

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La cuisine a été agrandie et équipée d’un grand îlot central qui sert de point de rassemblement.

Aujourd’hui, des fenêtres pleine hauteur prolongent un plafond « cathédrale » côté cour pour bénéficier d’un maximum de lumière et d’une vue reposante grâce à un couvert végétal à la belle saison. 

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L’ancien escalier central descendant vers le fleuve a été remplacé par un escalier, face à un bandeau de fenêtre, orienté vers le sud où le jour se lève.

L’abondante fenestration est d’ailleurs un pilier important du projet dans un intéressant jeu de contrastes entre l’ancien et le moderne. La cuisine agrandie dispose ainsi d’un bandeau vitré face à l’escalier menant aux chambres et d’un accès à une grande terrasse. La relation entre l’intérieur et l’extérieur a été accentuée de part et d’autre pour encourager les propriétaires à sortir et à profiter de la nature enchanteresse du coin.

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Le bois des murs, qui soutenaient la maison, a été nettoyé en profondeur pour laisser passer la lumière, et servir de cloison entre le séjour et la cuisine.

Travail de fourmis

La mise en valeur du patrimoine historique de la maison s’est fait grâce à un travail de récupération minutieux. Les châssis en bois, planchers, briques, moulures, radiateurs en fonte et porte d’entrée ont été conservés. Le bois de la structure d’origine, mis à nu, a notamment été utilisé pour servir de cloison entre le séjour et la cuisine, qui contribue grandement au charme de la maison. Et le pavement de la façade a été démonté pour replacer les briques sur leur côté rouge. « Nous n’avons pas voulu la remettre à neuf. Nous avons nettoyé les briques en laissant les restes de peinture », précise Félix.

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La pièce qui abrite la salle à manger était autrefois très sombre. La cheminée a été débarrassée d’un crépi rouge et une fenêtre a été placée sur un mur de lambris blanc pour apporter de la lumière au bureau.

Le couple a pu passer l’hiver dans la maison qu’ils ont rénovée amoureusement. Si les couchers de soleil sur le fleuve vont leur manquer, ils regretteront surtout les petits matins avec un bain « perchés » dans les arbres. « La lumière est si belle à l’étage ; cela détend. C’est une bonne façon de démarrer la journée », conclut Andréanne.

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Le salon, auquel on accède depuis l’entrée principale, côté cour, ou par l’ancienne porte d’entrée, côté rue.

> Consultez le site web de Félix & Co.

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Une annexe moderne — en contraste avec la façade ancienne — sert d’entrée principale (à l’abri du vent) et de coin lecture. À droite, la cloison de bois de la grande terrasse à laquelle on accède depuis la cuisine.