« On est un peu gênés de profiter de ça… » Au bout du fil, Cynthia René, adjointe aux ventes et au marketing d’Au Chalet en bois rond, semble sincèrement mal à l’aise de constater que les affaires vont bien alors que l’essentiel du milieu récréotouristique québécois est paralysé dans la lutte contre la propagation de la COVID-19. Parce que louer un chalet dans la nature est sans doute la dernière option de villégiature envisageable, tout en gardant en tête d’éviter les déplacements éloignés.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Au Chalet en bois rond, qui offre la location de 64 chalets à Sainte-Christine-d’Auvergne, on a certes enregistré quelques annulations à la fin de la semaine dernière et quelques-unes de plus à la suite de l’annonce du gouvernement Legault d’éviter les déplacements interrégionaux, mais le tout a été compensé par une vague de réservations de dernière minute essentiellement par des gens des régions limitrophes. « On mise d’habitude sur notre cabane à sucre, mais avec l’annonce de dimanche dernier, on a cessé nos activités en salle, explique Mme René. On a donc décidé de devancer notre promotion habituelle de basse saison — quatre nuits pour le prix de deux — et la réponse a été super positive. Les gens nous disent vouloir s’isoler, ils veulent éviter les centres commerciaux, par exemple. »

Certains vont en effet se permettre de s’évader dans la nature, d’autant plus que plusieurs régions au nord du fleuve Saint-Laurent sont encore en plein hiver. « On peut encore faire de la glissade, de la pêche sur glace, du traîneau à chiens, de la raquette, et on peut aussi louer des motoneiges, soutient Cynthia René. Ça peut changer selon les conditions météo, mais pour le moment, les conditions hivernales se maintiennent. »

Même son de cloche du côté des Sommets Charlevoix, qui sont largement loués par des gens provenant surtout de la Capitale nationale en dépit de la fermeture forcée de la station de ski voisine du Massif de la Petite-Rivière-Saint-François. « À part le ski alpin, on a un refuge, une petite érablière privée, du ski de fond et de la marche en montagne, explique Martine Huot, directrice du développement des affaires. On demande aux gens de nous envoyer leurs disponibilités pour qu’ils puissent être seuls dans l’érablière ou le refuge. On s’assure de nettoyer les lieux au départ de chaque groupe alors qu’on le faisait normalement une fois par jour le matin. »

PHOTO FOURNIE PAR KENAUK NATURE

Les entreprises de location de chalet ont bien sûr resserré leur protocole de nettoyage et s’efforcent de désinfecter tous les jours poignées de porte, frigos et autres surfaces susceptibles d’avoir été en contact avec des bactéries.

Les entreprises de location de chalet ont bien sûr resserré leur protocole de nettoyage et s’efforcent de désinfecter tous les jours poignées de porte, frigos et autres surfaces susceptibles d’avoir été en contact avec des bactéries. Aux Sommets Charlevoix, on a décidé d’assurer une période minimale de 72 heures entre deux locations alors que du côté de Kenauk Nature, en Outaouais, on assure un suivi auprès de la clientèle qui a quitté. « On veut savoir comment ils se portent après leur départ, on veut savoir si notre personnel ou nos futurs clients sont à risque, explique Simon Trudeau, directeur général de Kenauk Nature, la pourvoirie et station de villégiature de Montebello, en Outaouais. À ce jour, nous n’avons eu aucun cas, il va sans dire. »

« La meilleure solution en ce moment »

« Au final, on veut que les gens arrivent ici et qu’ils disent “enfin, on est dans un sanctuaire”, enchaîne M. Trudeau. Ce n’est pas de la frime ou de l’opportunisme, c’est plutôt une réelle opportunité pour les gens ; les enfants peuvent venir ici et toucher à tout, ils sont dans la nature, c’est la meilleure solution en ce moment, ça va toujours être bon pour la santé et le moral. »

PHOTO FOURNIE PAR KENAUK NATURE

Aux Sommets Charlevoix, certains clients ontariens et étrangers ont choisi de reporter leurs séjours, mais ils ont vite été remplacés par des visiteurs des régions voisines qui ont réservé au dernier moment.

On ne peut pas se plaindre, ce n’est pas le fun ce qui arrive, mais dans les deux dernières semaines, on a des familles qui sont venues faire leur isolement volontaire ici pour se reposer.

Martine Huot

« Des gens qui devaient partir à l’étranger sont aussi venus chez nous à la place. Notre réception et nos aires communes sont fermées, mais les gens ont tout ce qu’il faut pour accéder aux chalets sans clé, on offre même un service de livraison pour l’épicerie, le bois, l’alcool et les spiritueux. »

PHOTO FOURNIE PAR KENAUK NATURE

À plus long terme, les locateurs de chalets estiment qu’il est encore trop tôt pour connaître l’allure de la saison estivale à venir — on soutient que les clients attendent actuellement de voir l’évolution de la pandémie. Mais les prochaines semaines s’annoncent bonnes : « Normalement, à la fin de mars, j’aurais été à 15 % ou 20 % de capacité, mais je crois bien que je vais être à 30 % ou 35 %, soutient Martine Huot. Ce n’est pas le Klondike, mais c’est une légère augmentation. Pour l’été, les gens sont en mode attente, mais on n’a enregistré aucune annulation jusqu’à maintenant, ce qui n’est pas le cas pour les destinations du Sud et d’Europe. »

« On est plus prudents qu’avenants — on a notamment diminué nos investissements en publicité pour ne pas combattre les directives gouvernementales —, mais on veut tout de même profiter de l’occasion pour dire aux gens qu’ils n’ont pas besoin de chercher de midi à quatorze heures, on est là, affirme de son côté Simon Trudeau, de Kenauk Nature. On a le territoire pour offrir des séjours sécuritaires pour les Québécois, et on veut que l’économie puisse continue à rouler. »

Rectificatif:
Depuis la publication de cet article, les entreprises de location de chalets se sont pliées aux exigences du gouvernement et ont fermé leurs portes au moins jusqu'au 13 avril. Elles acceptent toutefois encore les réservations pour les périodes subséquentes. Toutefois, certaines entreprises sont disposées à ouvrir certains de leurs chalets pour des besoins d'hébergement de première nécessité.