Faire bouger les choses, c’est dans la nature de François Marcil. Né sur une ferme à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, où l’on peinait à joindre les deux bouts, l’homme a fini par bâtir un petit empire en achetant des quincailleries en déroute, qu’il a relancées avec succès sous son enseigne : Marcil. On le retrouve aujourd’hui à Ocean Ridge, en Floride, où il a fait construire deux maisons mitoyennes au bord de la mer. L’une est la sienne, l’autre est à vendre, au coût de 8,9 millions US. Coup d’œil sur cette propriété hors du commun, sa petite histoire, et celle de son bâtisseur.

Christiane Desjardins Christiane Desjardins
Collaboration spéciale

« La retraite ? Je vais la prendre quand je vais être mort », lance avec conviction François Marcil, en conduisant sur la route US 1 congestionnée, à Hollywood, en Floride. On remonte vers le nord, direction Ocean Ridge, petite localité paisible du comté de Palm Beach, où notre homme a établi ses quartiers d’hiver.

Pendant longtemps, M. Marcil n’avait pas trop le temps de venir en Floride parce que le travail prenait toute la place. « J’aimais tellement ça travailler, c’était ma vie. »

M. Marcil raconte qu’il n’a jamais rêvé de devenir un homme d’affaires, d’avoir beaucoup de magasins, ni rien. Les occasions se présentaient, c’était à vendre, il les saisissait, travaillait, et remontait l’entreprise. « J’ai été chanceux dans ma vie », estime-t-il.

PHOTO ERNIE A. VARVARIKOS, FOURNIE PAR REALTY HOME ADVISORS

Cuisine avec vue sur la mer

Après avoir vendu ses commerces à Rona, il a eu un peu plus de temps, mais a continué à s’investir dans ses deux dadas : les projets philanthropiques et immobiliers. Dans ce dernier cas, il a des projets à Saint-Sauveur (La Marquise), à Morin-Heights (La Réserve), aux îles Turquoises et ici, en Floride.

Tiens, nous voilà justement rendus à destination, à Ocean Ridge.

« Vieille affaire »

Même ici, tout a commencé comme d’habitude pour M. Marcil : l’achat d’une « vieille affaire ». À cet emplacement exact où se dressent maintenant ces deux propriétés siamoises ultramodernes, il y avait déjà eu un motel, qui n’en avait plus la vocation. 

L’établissement, situé au bord de la plage depuis quelque 65 ans, avait été subdivisé en huit petits appartements, qui étaient alors loués à l’année. L’endroit était à vendre. Tombé sous le charme de l’emplacement, François Marcil l’a acheté au coût de 3 millions US dans l’idée de démolir, puis de reconstruire. 

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Nous voilà sur le pont du navire, ou plutôt sur l’une des terrasses de la maison. Notons que le sol de la maison, intérieur comme extérieur, est recouvert du même matériau : de la céramique de porcelaine, de 10 po sur 72 po, de la même couleur.

La propriété avait un droit acquis. Mais attention : un droit acquis n’est pas un bar ouvert et, justement, rien n’était acquis. Encore fallait-il obtenir les permis, ce qui n’est pas une mince affaire, particulièrement en bord de mer. 

M. Marcil se disait qu’au pire, si c’était refusé, il exploiterait lui-même l’endroit et le rénoverait pour à un moment donné le revendre. « C’était ma police d’assurance. Je ne suis pas le gars pour risquer mon portefeuille à l’âge où je suis rendu », explique l’homme de 72 ans.

Après 18 mois d’échanges et de réaménagement de plans, M. Marcil les a eus, ses permis. Au départ, l’idée était de construire quatre condos, mais la Ville n’en autorisait que trois. « Tant qu’à en faire trois, on est revenus à deux », résume-t-il, en admettant qu’il n’était pas parti pour faire « gros comme ça ».

Comme un « bunker »

Le droit acquis obligeait M. Marcil à construire exactement à l’endroit où était situé l’ancien bâtiment. Pas moyen de s’éloigner de 20 pieds du bord de la mer, comme il envisageait de le faire. Il a même fallu construire un peu en biais, afin de respecter scrupuleusement l’ancien bâti. En ce qui concerne la hauteur, elle était limitée à 35 pieds, comme c’est le cas partout dans le secteur.

PHOTO CHRISTIANE DESJARDINS, LA PRESSE

François Marcil aime la construction et la promotion immobilière. Il est tombé sous le charme de l’emplacement, à Ocean Ridge.

La proximité de la mer ajoutait bien sûr à la complexité du projet. Il a fallu bâtir une digue autour de la propriété. C’est ce qu’on appelle ici le sea wall, qui vise à protéger des vagues et surtout contrer l’érosion du sol. 

Dans ce cas-ci, la construction, faite d’acier et de béton, s’enfonce à 40 pieds dans le sol. Et le reste de la propriété est à l’avenant. Bâtiment de béton sur pilotis, fenêtres anti-ouragans et tout le bataclan. « C’est construit comme un bunker », lance M. Marcil, en riant.

Le projet a pris quatre ans à voir le jour. La propriété a été baptisée Ocean Yacht House, parce qu’elle donne l’impression d’être sur un bateau, mal de mer en moins. Toutes les pièces sont largement fenêtrées, du plafond au sol, et donnent vue sur l’océan. Un ascenseur vitré relie le garage aux deux autres étages. C’est vaste, lumineux, luxueux, et tout est à la fine pointe de la technologie.

Un « joyau »

Ernie Varvarikos, architecte montréalais établi en Floride depuis 1991, travaille aussi comme courtier immobilier. Il a lui-même fait de la promotion immobilière en Floride. C’est lui qui s’occupe de vendre la propriété de François Marcil. 

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Chambre principale

Il indique que la construction a été réalisée selon les plus hautes normes de qualité, dans le respect des codes, qui ont été révisés deux ou trois fois au cours des 20 dernières années.

En ce qui concerne Ocean Ridge, c’est une town qui compte moins de 2000 habitants, mais qui a son propre conseil municipal et son propre service de police. Oubliez les gratte-ciels de Miami ou de Fort Lauderdale, la circulation intense et l’impatience des conducteurs. 

Ici, on peut faire de la course à pied, promener son chien ou faire du vélo sur l’Old Ocean Boulevard sans craindre de se faire estropier. C’est presque un endroit piétonnier. Selon M. Varvarikos, Ocean Ridge est un secret bien gardé, un « joyau ».

Portefeuille

Pour acquérir l’Ocean Yacht House, ça prend un portefeuille bien garni. De plus, il faut être en mesure de payer taxes, assurances et entretien, soit environ 200 000 $US par année.

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Après un bain de mer et de soleil, il doit être agréable de se glisser dans cette baignoire attenante à la chambre principale.

Le bassin d’acheteurs potentiels est certes réduit, mais s’étend à l’échelle de la planète. Le soleil et le climat du « Sunshine State » ainsi que la vie à l’américaine attirent des gens de partout.

« Il y en a tellement de gens qui ont des entreprises. Moi, j’étais au Québec dans les branches, dans le fin fond d’un rang. Mais ici, aux États-Unis, quand une entreprise marche, ça peut marcher en titi », souligne M. Marcil.

C’est une histoire à suivre.

La propriété en bref

PHOTO FOURNIE PAR FRANÇOIS MARCIL

La digue, le sea wall comme on l’appelle, pendant sa construction. L’ouvrage s’enfonce à 40 pieds dans le sol et a coûté à lui seul 750 000 $, indique le propriétaire.

• Adresse : 5003, Old Ocean Boulevard, Ocean Ridge, Floride, 33 435

• Prix demandé : 8,9 millions US

• Dimensions de la propriété : 120 pi (bord de mer) sur 177 pi

• Surface en pi2 au total : 7337 pi2, dont 5749 pi2 en surface habitable

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Ocean Yacht House

• Construction neuve

• Quatre chambres, cinq salles de bains

• Taxes, assurances et frais par année : environ 200 000 $

• Courtier : Ernie A. Varvarikos (Realty Home Advisors)

> Consultez la fiche de la propriété (en anglais) : https://oceanyachthouse.com/