« Montréal, j’suis arrivé chez toi sur le pouce quelques jours après que personne ne soit venu à ma fête de 18 ans et que je me dise que je n’avais plus rien à perdre, qu’il fallait m’inventer une nouvelle vie. […] J’te quitte le 20 décembre, à 35 ans. On a eu une bonne run, pareil. J’pense que tu m’as donné pas mal tout ce que t’avais à me donner. Une femme, des jumeaux, des ami-e-s, de la tonki, plusieurs bands, dont un qui est devenu pas mal important pour moi. »

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Le musicien David Ratté a écrit ce message samedi dernier sur Facebook. Sans tourner complètement le dos à Montréal, il est temps pour lui de la quitter. « Je t’ai aimée, mais j’pense que des tounes, ça s’écrit mieux au son du vent pis des oiseaux que celui des sirènes pis des klaxons. M’en va dans le fond du bois. […] Tu pognes la route de terre, pis au bout, y’a moi pis ma petite famille dans une maison pas de rideaux. »

Jusqu’au 20 décembre, David Ratté, son amoureuse, Andréa Bélanger, et leurs jumeaux de 8 mois seront entourés de boîtes dans leur appartement du quartier Ahuntsic. Le couple, qui est cœur du groupe Will Driving West et du projet instrumental Slow Fade Sailors, pourra ensuite célébrer son premier Noël avec ses deux petits garçons dans leur nouvelle — et première — maison de Saint-Calixte, dans Lanaudière.

L’appel de la campagne

Si l’arrivée des jumeaux et la pandémie ont peut-être accéléré leur départ de Montréal, David Ratté et Andréa Bélanger ont eu l’appel de la campagne il y a environ trois ans. Alors que plusieurs couples de leur bande d’amis avaient quitté le 514, ils sont allés visiter l’un d’eux à Compton, en Estrie.

On pensait que nos amis allaient nous dire qu’ils regrettent leur choix et qu’ils s’ennuient de Montréal. Mais en arrivant là-bas, c’est nous qui avons pogné de quoi. Nous avons senti un bien-être et un poids en moins sur nos épaules.

David Ratté

Un nouveau projet de vie était né : vivre de l’autre côté du fleuve Saint-Laurent, peu importe lequel.

Avec la pandémie, la seule crainte qu’avait le couple s’est dissipée. Celle de se sentir isolés. « La vie a fait en sorte qu’on n’a vu personne pendant des mois. C’était un bon test ! », lance en riant David Ratté.

Au cours des derniers mois, sa compagne et lui en ont visité, des maisons. Et ils en ont fait, des offres, parfois parmi des dizaines et des dizaines qui ont causé de fortes surenchères.

Puis, ils ont vu une maison à vendre à Saint-Calixte. « Elle était en plein comme on l’imaginait. Dans un cul-de-sac en terre dans le fond du bois, pas de voisin. »

On vous épargne les détails immobiliers, mais un concours heureux de circonstances a fait en sorte qu’une dame octogénaire a accepté leur offre. « Elle nous a demandé ce qu’on faisait. On lui a dit qu’on composait de la musique, dont celle du film Il pleuvait des oiseaux. » Ce long métrage de Louise Archambault porte sur trois aînés qui vivent reclus dans une forêt de l’Abitibi…

Tout cela « a aligné les astres », souligne David Ratté.

Place au studio de musique

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Jusqu’au 20 décembre, David Ratté, son amoureuse, Andréa Bélanger, et leurs jumeaux de 8 mois seront entourés de boîtes dans leur appartement du quartier Ahuntsic.

David Ratté se réjouit de savoir que ses jumeaux grandiront encerclés par la nature. « La maison est en flanc de montagne. Il y a une forêt derrière. »

Le musicien a grandi à Baie-des-Sables, en Gaspésie, alors qu’Andréa Bélanger est une enfant de Montréal, du quartier Tétreaultville.

Outre la nature, la propriété de Saint-Calixte a aussi de grands avantages d’un point de vue professionnel.

Une mezzanine va permettre à David Ratté et Andréa Bélanger d’aménager leur studio d’enregistrement dans un espace central de la maison. Ils se réjouissent de savoir que leurs instruments seront à portée de main. Et qu’ils pourront jouer de la batterie sans se soucier du bruit.

David Ratté et Andréa Bélanger connaissent beaucoup de succès avec leur projet instrumental au piano Slow Fade Sailors. Leur chanson Be, Leave approche les 20 millions d’écoutes sur Spotify.

Extrait de Be, Leave, de Slow Fade Sailors

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Pandémie oblige, la composition va prendre le dessus sur les tournées à court terme (or, Montréal est de moins en moins l’épicentre de la scène musicale au Québec).

« Juste l’odeur du bois est inspirante », dit David Ratté. « Il y a plein de fleurs qui vont pousser au printemps », ajoute son amoureuse.

Extrait de Du soleil plein la tête, de Will Driving West

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Le couple qui forme le groupe Will Driving West a sorti il y a deux semaines la chanson Du Soleil plein la tête. « Qu’est-ce que tu dirais qu’on sacre notre camp ?, chantent-ils. Des vieux ados qui cherchent le vent. […] Cela fait longtemps qu’on parlait de s’enfuir. […] On prend la route et on s’invente une nouvelle vie. »

Bien allez, bonne route !