Jennifer et son conjoint Steve Verner, tous deux enseignants, ont joué gagnant avec leur lettre de présentation

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Début mars 2020. Quelques jours avant le Grand Confinement. Jennifer, 32 ans, et son conjoint Steve Verner, 33 ans, tous deux enseignants, croient avoir trouvé « la » maison.

Le jeune couple décide alors de jouer le grand jeu de la séduction, espérant convaincre les vendeurs, qui font aussi carrière dans l’enseignement — ce qu’il ignore encore à ce moment-là — d’accepter son offre d’achat.

« On en était à notre huitième tentative et à une bonne vingtaine de visites en un peu plus de trois mois de démarches, raconte Steve. On commençait à être découragés. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Jennifer et son conjoint Steve Verner, tous deux enseignants, ont su convaincre les propriétaires de la maison qu’ils ont acquise avec une lettre de présentation personnalisée. Et les vendeurs, tout comme eux, font carrière dans l’enseignement !

Il ajoute : « On savait aussi que cette maison centenaire [dans le vieux Dorval] était convoitée par d’autres acheteurs. »

C’est dans ce contexte de grande fébrilité qu’ils ont rédigé une lettre de présentation personnalisée, que leur courtière immobilière a remise aux vendeurs, en même temps que la proposition d’acquisition.

Ce jour-là, ils étaient loin de se douter que ce bout de papier, cette lettre écrite en français et en anglais, recto verso, sur une feuille de 8 ½ par 11, allait leur permettre de réaliser leur grand projet d’accéder à la propriété.

« Notre offre n’était pas la plus élevée, concèdent-ils. Mais on a su rapidement que les vendeurs ont choisi la nôtre parce qu’ils ont aimé ce qu’on avait écrit. Ils voulaient vendre à du bon monde pour préserver l’harmonie dans ce paisible quartier résidentiel. »

Une question d’affinités

Et que disait cette fameuse lettre où apparaissait également la photo du couple, le jour de son mariage ?

« Essentiellement, on mentionnait qu’on souhaitait fonder une famille, qu’on était deux jeunes professeurs [formés pour enseigner l’histoire] et qu’on désirait habiter dans un endroit près d’un parc, et dans une maison qui avait une histoire », résument Jennifer et Steve.

Il n’en fallait pas plus pour que les vendeurs, dans la fin de la trentaine, se découvrent des affinités à la fois personnelles et professionnelles avec les « sympathiques acheteurs ».

Dans la lettre, nous avions même écrit : ‟Vous allez peut-être avoir de meilleures offres, mais vous ne trouverez pas de meilleurs preneurs !”

Jennifer et Steve

On devine la suite…

L’offre du couple a été acceptée, même si elle était légèrement inférieure à celle des trois autres candidats. Immédiatement après, les deux couples se sont mis à parler de leur passion pour les belles maisons et pour l’enseignement. La chimie venait d’opérer.

À la fin de juin, une fois toutes les étapes d’acquisition franchies, les nouveaux propriétaires ont emménagé dans cette maison au riche passé, celle-ci se trouvant à être la deuxième propriété à avoir été construite sur les terres du vieux Dorval.

« Puisque nous sommes passionnés d’histoire, nous avons mis la main sur les vieux documents montrant les lots subdivisés et les terres acquises en 1897 », atteste Steve Verner avec fierté.

Et qui est allé faire sa visite de courtoisie au cours des jours qui ont suivi le grand déménagement ?

On vous le donne en mille…

« Mike est passé nous voir, et il en a profité pour aller saluer ses [anciens voisins], racontent-ils. Quand il est venu chez nous, il nous a dit qu’on avait fait de beaux travaux d’aménagement devant la maison. »

Un scotch sur glace, avec ça ?

Les deux couples avaient prévu de se fréquenter au cours de l’été. Or, en raison de la pandémie, et parce que la conjointe de Mike était enceinte, ils ont convenu qu’il valait mieux jouer de prudence.

« Mais ce n’est que partie remise, assure le couple. Ils savent que notre porte demeure ouverte pour eux, et qu’ils peuvent venir prendre un scotch, ou encore un thé, pour jaser. »

À défaut de les recevoir pour l’apéro ou pour le five o’clock tea, Jennifer a peint une toile représentant la devanture de la maison du vieux Dorval, dont elle a fait cadeau à ses nouveaux amis.

« C’était une façon de leur dire merci. Nous sommes tellement heureux dans notre maison, surtout en ces temps de pandémie. Au cours des derniers mois, nous avons passé du très bon temps dans notre grande cour bordée de haies de cèdres qui doivent bien faire une vingtaine de pieds de hauteur ! »

Des mots pour convaincre

Dans un marché immobilier bouillonnant où les acheteurs basculent dans la surenchère pour devenir propriétaires d’un bungalow ou d’un cottage, tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins.

Et il arrive que des vendeurs, sensibles au sens et à la portée des mots, se laissent attendrir par des lettres écrites avec sincérité par des acheteurs potentiels qui savent manier la plume…

Ce qu’ont fait avec succès Jennifer et son conjoint Steve Verner, qui ont l’habitude de rédiger des documents autrement plus volumineux.

« À vrai dire, c’est ma sœur qui nous a convaincus d’écrire une lettre de présentation, souligne Steve. Elle disait que c’était une bonne approche, ce qu’elle avait fait elle-même pour acquérir sa maison à Blainville. »

Pourtant, la courtière immobilière du couple n’était pas persuadée, de prime abord, de l’efficacité de ce bout de papier.

« Mais elle a vite changé d’idée ! », précise-t-il avec humour.

Il faut comprendre qu’ils n’en étaient pas à leur première lettre de présentation, dans leur quête éreintante pour trouver une propriété.

« Nous étions venus bien près d’acheter une maison qui nous plaisait et qui appartenait à une dame âgée vivant seule depuis le décès de son mari, évoque-t-il. Elle avait aimé notre lettre. Mais nous avions été devancés par un autre acheteur qui avait offert de payer pas mal plus cher. »

Il leur aura fallu un ultime coup de crayon pour trouver le cottage « bien rénové » du vieux Dorval — « avec des colonnes en bois qui traversent le salon et la salle à manger » — qu’ils ont payé 415 000 $ alors que le prix demandé était de 399 000 $.