La maison de briques beiges surmontée d’une jolie corniche se dresse dans une rue tranquille du Plateau. À l’intérieur, on trouve le même cachet que la façade laisse supposer : moulures travaillées, boiseries, portes anciennes, détails délicats au plafond… Mais à ce caractère historique se juxtapose une intervention bien moderne, réalisée par des architectes, afin de rendre l’organisation de ce même espace plus actuel.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

Lorsque Philippe d’Etcheverry et son conjoint Gabriel ont acquis la maison, il y a quelques années, il n’était pas question de faire table rase pour tout reconstruire à neuf. Et ce, même si le cottage, construit au début des années 1900, avait manifestement besoin d’amour.

« Notre objectif, c’était vraiment de conserver les éléments historiques de la maison, explique Philippe d’Etcheverry, alors qu’il nous accueille dans son chez-lui lumineux. Donc on a essayé de préserver tout ce qu’on pouvait. »

Le couple aimait aussi la disposition des pièces, même s’il y avait beaucoup de cloisons, souligne Guillaume Marcoux, architecte à la firme Microclimat. « Dans l’esprit original de la commande, les clients aimaient vraiment le cachet, avec l’escalier au centre, ainsi que la façon dont s’organisaient les pièces. Mais ils cherchaient quand même à ajuster la maison aux besoins contemporains, puisqu’ils s’y sentaient un peu à l’étroit. »

Maison étroite

  • L’escalier a été conservé, ainsi que soigneusement restauré, afin de lui redonner son lustre d’antan. « On voulait aussi remettre en valeur l’ancienne brique d’origine », précise Philippe d’Etcheverry.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    L’escalier a été conservé, ainsi que soigneusement restauré, afin de lui redonner son lustre d’antan. « On voulait aussi remettre en valeur l’ancienne brique d’origine », précise Philippe d’Etcheverry.

  • Une grande attention a été portée aux détails, comme les grilles de ventilation alignées avec les lattes du plancher. Les propriétaires ont également conservé le plus d’éléments d’origine possible, comme les calorifères dorés.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Une grande attention a été portée aux détails, comme les grilles de ventilation alignées avec les lattes du plancher. Les propriétaires ont également conservé le plus d’éléments d’origine possible, comme les calorifères dorés.

  • Le comptoir-lunch agit comme un filtre pour séparer l’ancienne partie de la nouvelle et assurer une certaine intimité à la pièce en contrebas.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Le comptoir-lunch agit comme un filtre pour séparer l’ancienne partie de la nouvelle et assurer une certaine intimité à la pièce en contrebas.

  • Quand on se trouve dans la pièce additionnelle, on a l’impression d’être dans le jardin. Aussi, l’ajout affirme résolument son côté moderne, notamment avec ses grandes ouvertures et son plancher de béton.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    Quand on se trouve dans la pièce additionnelle, on a l’impression d’être dans le jardin. Aussi, l’ajout affirme résolument son côté moderne, notamment avec ses grandes ouvertures et son plancher de béton.

  • La cuisine est située au même endroit qu’à l’origine, mais elle a été entièrement redessinée pour répondre aux exigences de la vie d’aujourd’hui. Les luminaires — à cet endroit, ainsi que presque partout dans la maison — sont l’œuvre de Hamster & co.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La cuisine est située au même endroit qu’à l’origine, mais elle a été entièrement redessinée pour répondre aux exigences de la vie d’aujourd’hui. Les luminaires — à cet endroit, ainsi que presque partout dans la maison — sont l’œuvre de Hamster & co.

  • On trouve l’utilisation de mobilier intégré un peu partout dans la maison, notamment dans le salon avec sa tablette flottante en acier brut.

    PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

    On trouve l’utilisation de mobilier intégré un peu partout dans la maison, notamment dans le salon avec sa tablette flottante en acier brut.

  • L’entrée a été agrandie pour pouvoir bénéficier d’un peu de rangement. Elle jouxte aussi une salle d’eau.

    PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

    L’entrée a été agrandie pour pouvoir bénéficier d’un peu de rangement. Elle jouxte aussi une salle d’eau.

  • La petite salle d’eau attenante à l’entrée. Les travaux ont été réalisés par l’entrepreneur Le Pierre rénovation.

    PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

    La petite salle d’eau attenante à l’entrée. Les travaux ont été réalisés par l’entrepreneur Le Pierre rénovation.

  • Même si les architectes ont ajouté une pièce, ils se sont assurés qu’elle n’empiéterait pas trop sur la cour, dont les dimensions sont déjà modestes.

    PHOTO ADRIEN WILLIAMS, FOURNIE PAR LES ARCHITECTES

    Même si les architectes ont ajouté une pièce, ils se sont assurés qu’elle n’empiéterait pas trop sur la cour, dont les dimensions sont déjà modestes.

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Effectivement, la maison est étroite : construite sur un lot un peu moins large que la norme montréalaise, elle possède de plus un petit passage extérieur de côté, ce qui réduit sa largeur à aussi peu que 20 pi, et même 18 pi à l’intérieur des murs.

L’avantage, c’est qu’on n’y manque jamais de lumière, parce que le lot n’est pas profond non plus. Mais pour remédier à ce manque d’espace, les architectes ont ajouté une pièce à l’arrière. « C’est un petit salon d’hiver, qu’on appelle aussi la pièce jardin. Elle fait le trait d’union entre la propriété et la cour arrière », explique Guillaume Marcoux.

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L’espace où se trouvait l’ancienne salle de bains a été reconverti en petit espace bureau avec une bibliothèque intégrée.

À l’image du reste de la maison, cet ajout possède également des dimensions réduites afin de ne pas trop empiéter sur la cour, déjà petite. « On voulait quand même garder un jardin, puisqu’on aime beaucoup jardiner », précise Philippe d’Etcheverry.

Ce qu’elle perd en largeur, la pièce le récupère toutefois en hauteur. Puisqu’elle est située au niveau jardin, elle se trouve quelques pieds plus bas que le reste du rez-de-chaussée. Ce qui permet également de garantir un peu plus d’intimité aux occupants, en plus d’éviter quelques vues gênantes, dont celle sur la station-service qui se trouve sur la rue commerçante derrière.

Il y avait une volonté de s’ouvrir, mais il fallait quand même stratégiquement trouver des façons d’avoir des vues en diagonale plutôt que des vues directes.

Guillaume Marcoux

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La nouvelle salle de bains prend la place de l’une des quatre chambres que comptait la maison à l’origine.

« Quand on est debout dans l’agrandissement, on a l’impression d’être dans le jardin », ajoute Philippe d’Etcheverry.

Contrairement à la maison d’origine, où les ouvertures dans les murs de briques sont plus petites, la lumière entre à flots par les baies vitrées dans ce nouvel espace. « Cette pièce-là, elle n’a pas le caractère d’une pièce ancienne », remarque l’architecte Guillaume Marcoux, en référence notamment à ses ouvertures. « Avec la hauteur de la porte patio, qui va chercher l’effet plancher plafond, c’est un regard à la cour qui est complètement différent que les ouvertures anciennes permettaient à travers la brique. »

Les architectes ont d’ailleurs voulu que cet aspect plus moderne arrive progressivement dans la maison. C’est pourquoi l’ajout est situé derrière, et non dès l’entrée. Le comptoir-lunch, au bout de la cuisine, joue aussi le rôle de filtre entre ancien et nouveau. « Il fait une forme de transition entre la partie de la cuisine et le jardin d’hiver », note Guillaume Marcoux. Sa position stratégique en fait également un endroit agréable où s’asseoir. « C’est le petit îlot du matin et, de cette position-là, on a une vue à travers les grandes ouvertures de la pièce jardin vers l’extérieur », poursuit l’architecte.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

À l’étage également, on retrouve le même souci du détail, avec le mur de briques d’origine, l’escalier travaillé, les portes anciennes et les murs blancs qui mettent le tout en valeur.

À l’étage

Au milieu du rez-de-chaussée trône l’imposant escalier, qui a gardé tout son cachet d’époque avec ses barrotins peints en blanc. Il mène à l’étage, là où se trouvaient autrefois quatre chambres, une à chaque coin.

Même si la configuration d’origine a été à peu près conservée, quelques changements y ont été apportés pour une meilleure utilisation de l’espace. D’abord, l’une des quatre chambres a été transformée pour y aménager une plus grande salle de bains, à l’arrière. Là où se trouvait la salle de bains d’origine, au sommet du grand escalier, on a niché un petit espace bureau avec une bibliothèque intégrée, pour tirer le meilleur parti du puits de lumière. Les trois autres pièces sont composées de deux chambres, à l’avant, puis d’un bureau fermé, qui donne sur la cour.

Philippe et Gabriel ne regrettent absolument pas d’avoir tout fait pour préserver le patrimoine de la maison, en l’adaptant néanmoins aux besoins du jour. « Si tu achètes une maison comme ça, que tu mets tout à terre et que tu fais un immense loft, ça perd un peu de son âme, constate Philippe d’Etcheverry. C’était plus que de la déco, c’était vraiment de redonner une autre vie à cette maison-là. »