Une maison avec une grande cour ! C’est le rêve que caressaient depuis deux ans Lunou Samson Poirot et son conjoint Jonathan Caron, qui viennent tout juste d’emménager dans leur première propriété, à Trois-Rivières. Mais la pandémie a bien failli tout gâcher.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Quand on s’est retrouvés confinés dans notre haut de duplex, l’hiver dernier, on a dû réviser nos plans, raconte Jonathan, 36 ans. À cause de la COVID-19, il n’y avait plus de visites de propriétés. On était bloqués. »

Si ce n’était que cela...

« Je misais sur mon REER pour la mise de fonds permettant l’accès à la propriété au moyen du RAP, mais du jour au lendemain, avec l’effondrement des marchés, il avait fondu de 30 %, ajoute le jeune pharmacien. Les choses n’allaient pas très bien. On a donc renouvelé notre bail, croyant alors qu’on allait rester locataires une autre année, dans notre logement du deuxième étage, dans Notre-Dame-de-Grâce. »

Malgré tout, le couple continuait de « magasiner passivement » sur le web… « On regardait les maisons à vendre, sans être vraiment impressionnés », se souvient Lunou, 40 ans, professeure de danse.

Puis il y a eu cette maison à Trois-Rivières...

De toute évidence, c’était bel et bien la maison dont ils rêvaient, puisque c’est la seule et unique propriété qu’ils ont visitée, vers la mi-juin, et ils l’ont acquise pratiquement sur-le-champ.

Nous sommes tombés en amour [avec la maison] dans les premières 30 secondes ! Moi, j’ai tout de suite crié en entrant : « Wow ! » Tout s’est déroulé rapidement. On l’a vue le mardi et le dimanche, on signait l’offre d’achat !

Lunou Samson Poirot

Entre-temps, comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le REER de Johathan avait repris du tonus, permettant ainsi de hausser la mise de fonds en vue de l’acquisition.

Et le pharmacien qui travaillait à L’Île-des-Sœurs venait d’avoir la confirmation qu’il aurait un nouvel emploi dans la région dès son arrivée à Trois-Rivières !

L’urgence de trouver une maison

Leur histoire est loin d’être unique. À vrai dire, depuis le déconfinement qui remonte au 11 mai, relève Jean-Marc Léger, chez Via Capitale Accès, nombreux ont été les premiers acheteurs à « vivre dans l’urgence de trouver une maison, en prévision de la rentrée de septembre ».

« Il faut comprendre qu’en mars et en avril, convient-il, tout le monde s’est mis sur pause. Les projets d’acquisition ont donc été reportés de deux mois. Mais depuis la mi-mai, c’est la folie. Ce qui fait qu’on est toujours dans un marché de vendeurs. »

Mais ce mouvement haussier, favorable aux vendeurs, tire-t-il bientôt à sa fin ?

« On peut s’attendre à ce que le marché, qui est en train de changer, retrouve un certain équilibre dès cet automne », relativise Nathalie Clément, à la tête d’une équipe de 60 courtiers, cette fois chez Via Capitale du Mont-Royal.

Elle parle d’un « redressement » et prévoit même que le marché « va se tranquilliser au niveau des offres », avec des délais de vente un peu plus longs.

« [Dans ces conditions], on ne sera plus dans la surenchère », ajoute la directrice d’agence active principalement dans les quartiers centraux de Montréal.

L’attrait des régions

Chose certaine, souligne pour sa part le courtier Raynald Demers, chez Century Nord-Sud, dans le secteur du mont Sainte-Anne, près de Québec, la pandémie et les mesures de confinement ont incité un nombre grandissant d’acheteurs à « sortir de la ville » pour élire domicile en région.

« Je peux vous assurer que j’ai beaucoup de clients de Montréal et de Québec, notamment, qui ont fait le choix d’aller vivre à la campagne, observe-t-il. Il y en a plusieurs qui m’ont dit, pour justifier leur décision : “Je ne veux plus revivre le confinement dans mon appartement. Si jamais ça reprend, je veux avoir la liberté d’aller prendre ma marche !” »

Nathalie St-Jean, courtière immobilière chez RE/MAX De Francheville, en Mauricie, fait sensiblement le même constat. Elle ne s’étonne guère de voir des acheteurs montréalais, de plus en plus nombreux, à découvrir la Mauricie, à tester le marché de Trois-Rivières et de Shawinigan, où le prix de vente des propriétés demeure largement en deçà de la moyenne provinciale.

« C’est vraiment intense, particulièrement à Trois-Rivières, où il faut faire vite si on veut acheter une maison dans les 250 000 $ à 300 000 $. Et il n’est pas rare de voir plusieurs offres d’achat sur une propriété. »

Cette courtière a d’ailleurs joué les intermédiaires dans la transaction qui a permis à Lunou Samson Poirot et Jonathan Caron de devenir propriétaires d’une maison de style canadien — avec un terrain de 11 000 pi2 — pour laquelle les vendeurs demandaient 320 000 $.

« Dans la région de Montréal, à ce prix, tout ce qu’on aurait pu trouver, c’est un condo de deux chambres à coucher », relève Jonathan Caron, heureux d’avoir pu trouver la maison « impeccable » où loge depuis le début du mois d’août la petite famille, le couple étant parent d’Arthur, 3 ans, et de la petite dernière, Éliane, 3 mois.

Et Lunou Samson Poirot d’enchaîner, enthousiaste : « Dans notre logement de Notre-Dame-de-Grâce, on manquait d’espace, il fallait descendre la poussette du deuxième étage. On a trouvé ça difficile durant le confinement. Mais là, on va enfin avoir de l’espace pour bouger et aller jouer dehors ! »

Tout juste installés dans leur « grande maison », Lunou et Jonathan ont déjà hâte de recevoir les membres de la famille — qui vivent à Portneuf et à Rivière-du-Loup — ainsi que leurs nombreux amis montréalais.

Paraît-il que des amis du couple songent maintenant à les imiter et à faire l’acquisition d’une maison… à Trois-Rivières.

Lingettes, masques, gants...

Pandémie oblige, les courtiers immobiliers disposent de tout un arsenal sanitaire quand vient le temps d’organiser des visites de propriétés. « J’ai mes lingettes, je nettoie, je fais très attention, souligne Nathalie St-Jean. Et j’évite qu’il y ait deux familles en même temps dans la propriété lors des visites. »

Raynald Demers admet pour sa part que ces nouvelles règles ont refroidi les relations humaines avec ses clients, qu’ils soient acheteurs ou vendeurs. « Avant la COVID-19, dit-il, quand il y avait une vente, on se donnait une sincère poignée de main. Ça voulait dire que tout le monde était content. Mais là, on garde nos distances. C’est plus froid. »

Nathalie Clément rappelle de son côté que les courtiers immobiliers, au sein de son équipe, ont dû s’adapter rapidement à cette nouvelle réalité. « Ça n’a pas toujours été facile, indique-t-elle. Les courtiers ont parfois dû jouer aux gendarmes pour faire respecter les règles sanitaires lors des visites de propriétés. »

Il faut comprendre que ce ne sont pas tous les clients — et tous les courtiers — qui étaient disposés à porter un masque et des gants avant d’entrer dans une maison ou un condo à vendre... Elle ne cache pas que les courtiers représentant les vendeurs ont eu à faire preuve de tact et de patience lorsqu’il y avait non pas un visiteur pour une propriété, mais bien « huit groupes de visiteurs » ! « À 20 minutes par visite, ça voulait dire qu’on devait consacrer jusqu’à deux heures de temps pour recevoir tout ce monde-là, souligne-t-elle. Mais ça fait partie de notre métier », conclut Nathalie Clément.