On reproche parfois aux émissions de réno-réalité un manque, justement, de réalisme. Parce qu’elle est conçue dans un format télévisuel de magazine, Vendre ou rénover au Québec s’efforce d’inclure des segments informatifs et de ne pas tronquer la réalité, assure la productrice au contenu de l’émission, Catherine Landry. Elle a accepté de décortiquer avec nous certains aspects de l’émission.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Qu’inclut le budget des travaux ?

Les participants déterminent un budget de départ qui ne peut changer en cours de route. À cela est ajoutée par Zone 3, la boîte de production, une somme équivalente à environ 25 000 $, qui se traduit en commandites, matériaux et main-d’œuvre. À l’écran, les deux sommes sont additionnées lorsque vient le temps de présenter le budget des participants.

Ces derniers doivent également prévoir une somme équivalant à 20 % de leur budget de départ pour les dépassements de coûts et les imprévus. La valeur réelle des travaux indiquée à la fin de l’épisode tient notamment compte de la somme puisée dans ce fonds de prévoyance. Et si, par exemple, les participants décident d’acheter de nouveaux meubles ou électroménagers. « C’est un peu une valeur pour dire aux gens : ce que vous voyez en ce moment, c’est ça que ça vaut », résume Catherine Landry.

La déco et les accessoires ne font pas partie du budget de rénovation. Les participants ont le choix de les acheter ou non après, au prix coûtant.

Quelle est la durée moyenne du chantier ?

La durée des travaux n’est jamais mentionnée dans l’émission, et ce, explique Catherine Landry, afin de ne pas créer d’attentes irréalistes auprès des téléspectateurs. D’un projet à l’autre, les travaux s’échelonnent sur une période de quatre à six semaines, un laps de temps extrêmement court. « Une grande différence, c’est qu’il y a toujours deux ou trois employés qui travaillent, explique Stéphanie Lévesque, l’une des quatre entrepreneures générales engagées par la production de Vendre ou rénover au Québec. Aussi, personne ne compte son temps, ce qui est différent d’un contrat régulier. On finit quand c’est fini, pour pouvoir passer à l’étape suivante. »

Dans la vraie vie, même avec un budget illimité, il serait difficile, selon elle, de trouver un entrepreneur et des travailleurs prêts à s’investir autant dans un projet, alors que dans le cadre d’une émission de télévision, ils sont plus enclins à accepter de faire des exceptions. Elle précise que les employés sont néanmoins payés pour toutes les heures travaillées.

Gabriel Perron, recherchiste pour l’émission, ajoute que ces délais sont aussi possibles en raison du lâcher-prise demandé aux participants.

Les imprévus sont-ils mis en scène ?

Les habitués de l’émission ont certainement senti le léger parfum de mise en scène qui plane à l’écran. Mais aucune scène n’est inventée pour ajouter du piment à l’histoire, assure Catherine Landry. « Quand il y a un vrai imprévu, on va appeler les clients pour les informer, précise Gabriel Perron. On ne cherche pas à avoir leur réaction en direct à la caméra. Ça ne se fait pas. On leur demande de participer à la solution. » Pour les besoins de la télé, l’annonce de cet imprévu doit ensuite être recréée devant la caméra.

Les visites de maisons se limitent-elles à trois ?

Trois visites sont filmées dans le cadre de l’émission, mais les participants peuvent choisir d’en faire davantage, en compagnie de Maïka Desnoyers ou seuls. Aussi, vu la vigueur du marché, ils n’ont pas à attendre que les rénovations de leur maison soient terminées pour déposer une offre d’achat. 

S’ils décidaient de vendre, les participants récupéreraient-ils leur argent ?

Contrairement aux franchises anglophones, jamais, dans la version québécoise, il n’est dit combien vaut la maison une fois les travaux terminés. Pourquoi ? Parce que le marché de Montréal est différent de ceux de Toronto ou Vancouver, répond Catherine Landry. « Une maison ne prend pas tout d’un coup 100 000 $ en trois semaines, ajoute-t-elle. Si la valeur est égale à la fin, le téléspectateur se dit : c’est plate, ils n’ont pas fait de sous. Mais, oui, parce qu’on donne 25 000 $. » Elle ajoute que le mandat de Daniel Corbin est de répondre aux besoins des clients, et pas de rénover la maison dans une optique de vente.

La courtière immobilière Maïka Desnoyers estime toutefois que « les participants à l’émission récupèrent généralement l’argent qu’ils ont investi dans les travaux parce que Daniel rénove souvent des cuisines et des salles de bains », des interventions qui ont un impact sur la valeur de revente.

Le verdict est-il arrangé avec le gars des vues ?

Depuis la première saison de Vendre ou rénover au Québec, environ 60 % des participants ont décidé de rester alors que 40 % ont choisi de vendre, selon une estimation fournie par la production. Celle-ci ne leur souffle pas à l’oreille le verdict qu’elle souhaite entendre. Pour les guider dans leur décision, la productrice leur demande : qui a le plus répondu à vos critères et qui vous a le plus déstabilisé ? « On veut la vraie intention », dit-elle.

Le verdict est-il final ?

« Évidemment, il n’y aura pas une police qui va les surveiller le lendemain pour voir s’ils ont vraiment mis la pancarte ! lance Catherine Landry. Une fois l’émission terminée, chacun fait ce qu’il veut. Il y en a qui changent d’idée, et ce n’est pas grave. Acheter ou vendre une maison, ce n’est pas une décision que tu prends en cinq minutes. »

Et Sophie et Pascal ? Ils songent maintenant à vendre. « On n’a pas mis de pancarte, mais on continue à regarder, a indiqué Sophie Charest lorsque nous l’avons jointe la semaine dernière. Nous sommes vraiment satisfaits de ce qu’ils ont fait dans la maison, mais on n’a toujours pas de garage. »

Pourquoi seulement à Montréal et aux environs ?

Bien qu’elle s’appelle Vendre ou rénover au Québec, l’émission ne présente que des participants habitant dans un périmètre de 80 km de Montréal, ce qui lui a attiré quelques critiques. « Il y a toujours des gens qui espèrent qu’on va en faire à Rimouski, Gaspé ou au Saguenay. Mais pour ce que ça implique, c’est difficile logistiquement », répond Gabriel Perron.