Une construction neuve ? Un design contemporain ? Un quartier résidentiel dense ? Non, merci. Pour ces propriétaires, le présent se vit dans un passé riche en histoire. Leur maison, c’est un morceau de notre patrimoine architectural.

Charles-Édouard Carrier Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale

Une maison chargée d’histoire

• Philippe Archambault, 36 ans, et Marjolaine Viau, 35 ans

• Maison construite en 1767 dans les Laurentides

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Marjolaine Viau, Philippe Archambault et leurs enfants

À leur rencontre en 2016, Philippe Archambault et Marjolaine Viau possédaient chacun une maison. En attendant de trouver la propriété de leurs rêves, ils ont opté pour la location d’un condo neuf.

« On cherchait une maison ancienne à la campagne avec un grand terrain, pour que les enfants puissent grandir dans un environnement qui inspire la liberté », explique Marjolaine Viau.

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Cette maison de Saint-Benoît a été construite en 1767.

En juin 2019, après deux ans de recherches, leur choix s’est arrêté sur une maison de 1767 à Saint-Benoît, près de Mirabel.

« Au premier coup d’œil, on ne peut pas s’imaginer qu’elle date du XVIIIe siècle, poursuit-elle. Nous avons tout de même fait nos devoirs et demandé à un spécialiste en maisons anciennes d’inspecter la maison pour que tout ce qui pouvait être problématique soit évalué adéquatement. »

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Les histoires ne manquent pas dans cette demeure ancestrale. 

Au moment de signer, le couple savait que la maison avait appartenu à l’artiste Claude Léveillée, et qu’il l’avait achetée pour sa mère, mais la maison cachait bien d’autres secrets. 

On est des passionnés d’histoire du Québec, dont celle des patriotes. J’ai rencontré le descendant direct de la famille Saint-Pierre, qui l’a occupée pendant plusieurs générations, pour en apprendre plus sur l’histoire de la maison.

Philippe Archambault

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Le couple souhaite préserver le cachet de sa maison. 

Au fil des recherches, le couple a découvert que le village de Saint-Benoît avait été incendié au lendemain de la bataille de Saint-Eustache en décembre 1837, sous les ordres du général Colborne, mais que leur maison avait été l’une des trois maisons épargnées.

« C’était une maison populaire auprès des quêteux, et lorsque les Britanniques sont arrivés, il y avait un Anglais dans la maison et il les aurait convaincus de l’épargner », raconte-t-il avec enthousiasme.

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Un drapeau des patriotes est-il caché dans cette maison ? Peut-être bien !

Après plus de 200 ans d’histoire, est-ce à leur tour d’écrire un nouveau chapitre pour cette maison ?

« Notre but est de préserver la noblesse qu’elle a toujours eue. Avec l’amour qu’on a pour la culture et l’histoire du Québec, c’est un peu comme si c’était elle qui nous avait choisis », philosophe Philippe Archambault. 

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Le couple se prépare à célébrer un premier Noël dans cette maison chargée d’histoire. 

« On veut surtout la garder pleine de vie. On est très fiers de l’histoire de notre maison. D’ailleurs, un antiquaire nous a confié que la maison cachait peut-être un drapeau des patriotes… », ajoute Marjolaine.

Le couple prépare son premier Noël dans ce qu’il décrit comme un cadre exceptionnel, chaleureux, festif et enveloppant. Les oranges de nos ancêtres céderont sans doute la place à des cadeaux bien différents, mais aucun doute que la joie et l’amour feront tout autant partie des festivités.

« Quelque chose de féérique »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Andrée Anne Larochelle

• Andrée Anne Larochelle, 37 ans

• Maison construite en 1860 en Montérégie

Andrée Anne Larochelle a fait le choix de quitter Montréal pour revenir vers sa région natale : « J’attendais que mes enfants soient plus vieux pour faire un retour à la campagne. J’ai toujours été une fille de nature. Je voulais faire vivre ça à mes garçons de 9 et 12 ans et les amener à contempler les grands espaces même s’ils appartiennent à une génération électronique. »

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Pour animer cette impressionnante demeure, la propriétaire a fait le choix de trouver un chambreur et de partager cet environnement féérique avec des voyageurs sur Airbnb.

Elle a concrétisé son projet en achetant en juillet dernier une maison de 1860 à Cowansville, dans un secteur qu’elle connaissait bien.

« J’ai passé plusieurs fois devant la maison avant de me décider à la visiter. Je la trouvais immense, mais magnifique. En mettant les pieds dans la maison, j’ai tout de suite su que c’était elle. La journée où j’ai fait la visite, en décembre dernier, d’énormes flocons de neige tombaient au ralenti, il y avait quelque chose de féérique dans l’air », se souvient Andrée Anne.

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Les vieilles poutres et le plancher à larges lattes plaisent à Andrée Anne Larochelle. 

Pour animer cette impressionnante demeure, elle a fait le choix de trouver un chambreur et de partager cet environnement féérique avec des voyageurs sur Airbnb.

Celle qui a déjà possédé une moto Honda 1976 et une voiture MG TD de 1952 affectionne tout particulièrement les choses qui ont de l’histoire. Alors ne lui parlez pas d’un condo ultramoderne, il lui faut une maison où il y a du vécu, où c’est chaleureux : « Ici, il y a les murs de briques, les vieilles poutres, les planchers de larges lattes de pin, on voit encore l’ancienne porte cochère. »

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Cette maison de 1860 ne manque pas de cachet. 

Dans notre maison, il y a de l’histoire, il y a de la vie. C’est correct de garder nos bottes quand on entre de dehors, c’est correct si les enfants font rouler les skateboards à l’intérieur. C’est ça, une maison : ça doit vivre !

Andrée Anne Larochelle

Plusieurs grands projets l’attendent dans cette nouvelle demeure. Elle se prépare à y déménager sa ferme florale Rose Blanche, qui cultive des fleurs coupées et des fleurs comestibles, actuellement établie à Shefford.

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La propriétaire caresse plusieurs projets pour sa nouvelle demeure. 

Elle souhaite également planter davantage d’arbres fruitiers, exploiter à son plein potentiel le grand garage en créant une boutique qui mettrait en valeur des produits dérivés de fleurs comestibles et, ultimement, devenir une des destinations du Réseau des haltes gourmandes de la région.

L’entrepreneure n’a pas encore plongé dans le cartable d’histoire que les occupants précédents lui ont remis à la vente. Elle n’en sait encore que peu sur cette ancienne ferme qui aurait appartenu à la famille Greenwood.

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Le grand garage pourrait permettre à l’entrepreneure d’aménager une boutique pour mettre en valeur des produits dérivés des fleurs comestibles. 

« Je ne suis pas une fille qui a peur. Je me fais confiance, ça marche au feeling, aux coups de cœur. Je sais que j’ai fait le bon choix. Et puis, à force de discussion avec l’ancienne propriétaire et un bon verre de vin rouge, elle m’a avoué être convaincue qu’il y avait un trésor caché ici. Je lui ai dit que j’allais être celle qui le trouverait… », rêve Andrée Anne.

La maison idéale pour créer

PHOTO FOURNIE PAR FRANCIS FUGÈRE

Francis Fugère devant sa maison ancestrale

• Francis Fugère, 39 ans

• Maison construite en 1872 en Mauricie

Le musicien Francis Fugère adore tout ce qui est vintage : « J’ai plusieurs kits de drum vintage, des motos antiques, de vieilles voitures, un bateau rétro, une fourgonnette old-school. Je ne viens tout simplement pas de la bonne époque ! Pour ce qui est des maisons ancestrales, j’ai toujours su que j’en aurais une un jour. Dans ce type de maison, j’adore l’architecture, la façon dont on a utilisé les matériaux, la solidité de construction et toute l’énergie qu’on peut y retrouver. »

La maison idéale, il l’a trouvée en Mauricie il y a moins d’un an. « La structure est impeccable, elle est restée droite malgré les années. À l’intérieur, elle n’est pas au goût du jour, c’est exactement ce que je cherchais. Ça se dessine comme un beau projet que je vais entreprendre pièce par pièce. Je ne voulais pas partir d’une maison qui demanderait trop de travaux. » 

Répertoriée au Patrimoine culturel du Québec, la résidence vieille de près de 150 ans a été à la fois un magasin général et un bureau de poste. D’ailleurs, il y a encore une vieille sonnette manuelle à la porte avant. « J’ai rencontré un collectionneur au village qui me disait avoir mis la main sur les casiers de bois de l’époque du bureau de poste », raconte Francis Fugère.

Quand il est entré dans le grand salon, c’est le vieux piano qui l’a convaincu d’acheter : « J’ai demandé si je pouvais en jouer et s’il était inclus dans la vente. On m’a dit oui. Tout de suite, j’ai décidé que c’est dans cette pièce que je ferais ma chambre. » 

PHOTO FOURNIE PAR FRANCIS FUGÈRE

C’est ce vieux piano qui a charmé Francis Fugère.

Maintenant qu’il a ajouté un second piano, Francis Fugère assure que sa vie de musicien se reflétera dans l’aménagement et les rénovations de la maison. 

Tout va tourner autour de la musique. L’énergie est incroyable ici. Je préfère de loin une maison qui a de l’histoire. Juste imaginer tous ceux qui ont joué sur le piano… C’est beau que ce soit là, que ça existe encore.

Francis Fugère

« C’est pour cette raison, poursuit-il, que je veux m’inspirer de l’époque de la construction pour les travaux à venir. Je veux créer de la musique dans cette maison, en faire un studio, avec des pièces dédiées. »

Le batteur qui accompagne Jonas Tomalty depuis plusieurs années et qui a participé à de nombreux projets musicaux, dont The New Cities, a vécu 15 ans à Montréal avant de tourner la page sur l’effervescence de la ville. « J’ai grandi à la campagne, alors ce n’est pas de l’inconnu pour moi. Et j’ai choisi l’endroit pour ses routes magnifiques où je peux faire rouler mes bolides, mais aussi pour tous ces jeunes qui démarrent des petits commerces, des marchés d’alimentation, des microbrasseries, etc. Ça permet d’encourager l’économie locale. C’est quelque chose d’important pour moi. »